C'est une question de principe.

Avis sur Michael Kohlhaas

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Quelle ne fut pas ma surprise face à ce petit bijou que je qualifie de chef-d'oeuvre, sans rougir ou trouver cette appellation exagérée. Ce film que je n'étais aller voir à l'origine avec pour unique raison la présence de Mads Mikkelsen (car deuxième acteur favoris). Mais j'ai trouvé bien plus qu'une bonne performance d'un acteur que j'admire, j'ai trouvé un "CHEF-D'OEUVRE".

(Si vous en avez marre de toujours lire ce synopsis, sauter ce paragraphes) Adapté du roman du même nom de Heinrich Von Kleist, se film narre l'injustice de Michael Kohlhaas, vendeur de chevaux. Il ira jusqu'à lever une armée pour obtenir réparation et ceux même au prix des siens.

Alors pourquoi je qualifie ce film de chef-d'oeuvre. Et bien, parce que ce film riche et fort en émotion est magnifique. Il est bien filmé, éclairé avec une cruelle douceur, interprêté avec sentiment, dans des décors splendides, des costumes sobres mais somptueux, le tout accompagné d'une musique tantôt calme, tantôt puissante.

Tout cela participe à créer une alchimie qui donne vie au film, ce qui pour ma part ne m'a pas laissé indifférent. Je suis encore sous le choque de la scène finale qui est à la fois aguerri et éclatante. La fin m'a saisit de tous ses doigts et n'a toujours pas relâchée son emprise sur moi.

Mais je peux comprendre qu'on aime pas ce film, il y a des défauts. Comme les accents des acteurs étrangers (ça ne m'a pas dérangé), certains disent que cela provoque un décalage, moi j'ai plutôt pris ça pour un mélange de culture fructifiant. D'autant que si Mads Mikkelsen a un accent danois, ça colle car à l'origine le personnage est allemand, même si Arnaud des Pallières à francisé l'oeuvre. Et d'autres défauts mais là je ne vois pas quoi. Ce n'est pas un film que je recommande, parce qu'il m'a énormément plu à moi. Parce que l'alchimie m'a atteint, mais vous n'aimerez pas forcément.

Voilà, mais comme j'ai été surpris face à la note moyenne du film et aux critiques négatives, je voulais le défendre ne serai-ce qu'en disant ce que ce film est pour moi. L'un de mes dix films favoris.

Mise à jour 2015 : Bresson's Legacy

Aujourd'hui j'ai plus de maturité qu'il y a deux ans (ou crois seulement en avoir plus), disons plutôt un peu plus de culture cinématographique. Cette mise à jour de ma critique consistera en trois points très déséquilibrés au niveau du contenu contenu.

Premièrement, je ne démens rien de ce que j'ai pu dire il y a deux ans, ce film est toujours un chef-d'œuvre à mes yeux et toujours dans mon top 10, alors que du remue-ménage il y en a eu !

Deuxièmement : j'ai beaucoup réfléchis au processus ou plutôt à la démarche de la création artistique. Et plus j'y réfléchis plus je suis en accord avec Tarkovski qui place Bresson et Mizoguchi au panthéon de la création artistique (au cinéma). Cette idée de simplicité, de modestie, de noblesse, qui m'avait déjà tant séduite il y a deux ans avec "Michael Kohlhaas" mais que je ne comprenais pas encore. J'avais ressenti avant de comprendre, et là est tout le propos de cette démarche.
Le but n'est pas de prendre le spectateur par la main, d'essayer à contre-cœur ou en se compromettant éthiquement et artistiquement de lui faire plaisir ou encore de l'impressionner ou de le flatter avec de lourdes références, ni de tout lui expliciter.
L'esprit du spectateur n'aura fourni aucun travail, tandis que si on fait au plus simple (ce qui est dur et nécessite beaucoup de rigueur en réalité) dans la création, on donne le moins de repères possible au spectateur, le forçant ainsi non pas à réfléchir au sens cérébral du terme, mais au sens émotionnel, puis ensuite au sens cérébral. Car confronté à quelque chose que l'on ne comprends pas ou que l'on arrive pas à saisir on ressent avec notre sensibilité les choses (à mon sens les arts fondamentalement poétiques n'ont un intérêt que sous cet angle). On parvient avec notre sensibilité à ressentir des choses au-delà de notre inconscient, avec une plus grande matrice encore que notre subconscient, ce qui est impossible en rendant l'art trop explicite. On atteint alors "un niveau de conscience supérieur" comme les personnages à la fin de la plupart des films de Tsukamoto.
Un tel procédé rend le spectateur libre dans son interprétation, mais aussi l'artiste dans son expression. Le but étant d'éviter au maximum l'utilisation de technique de mise en scène pour appuyer un sentiment, le cabotinage, le symbolisme, le montage académique, les dialogues, l'esthétique, la musique etc... Mais bien sûr si on respectait toutes ces règles le cinéma ne serait pas un art si riche, les règles sont faites pour être brisées. Le plus important est de suivre sa propre voix. Comme Bergman qui à l'encontre de se principe de création se focalise énormément sur les dialogues, Antonioni sur l'esthétique, Tarr avec la musique, Jodorowsky avec le symbolisme etc... c'est leur manière d'enfreindre cette règle qui fait d'eux des génies et des artistes accomplies. Heureusement que Tarkovski ne soit pas parvenu à respecter tous ces principes, autrement ses films seraient sans personnalités. Mais Bresson et Mizoguchi sont deux réalisateurs qui se caractérisent par un respect quasi absolu de cette règle sans en pâtir. Je vais peut-être dire une bêtise, mais peut-être même que trop respecter cette règle est leur manière de l'enfreindre (non c'est stupide, je suis arrivé au bout de mon raisonnement je pense).

Troisièmement : Enfin bref, je pense qu'Arnaud des Pallières s'inscrit directement dans cette mouvance, et à mon sens n'est pas sans ignorer cette règle. Lui qui a volontairement demandé un budget plus maigre que ce qu'on lui avait proposé, lui qui a voulu des costumes sobres, des dialogues réduits (la plupart des scènes contenant des expositions de point de vu ont été supprimées), une mise en scène sans fioritures, pas ou très peu de symbolisme, une musique discrète durant tout le cours du film. Et bien sûr il enfreint à certains moments certaines règles, ce qui profite énormément au film. Mais dans son ensemble le film est modeste, simple, noble et en l'occurrence majestueux, sa force est là.
Je pense que je peux dire sans prendre trop de risques que Bresson et Tarkovski auraient beaucoup apprécié le cinéma des Pallières, et j'espère que le temps fera de lui une grande référence du genre.

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