Je voudrai exprimer mon transport

Avis sur Midsommar : The Director's Cut

Avatar Fabien B.
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Pour le transport vaut mieux la brouette.

Mais un bon film, ça fonctionne aussi… Que ça fait du bien de voir des réalisateurs talentueux monter en puissance, il est parfois des réalisateurs qui débarquent de nulle part et nous surprennent avec des films exceptionnellement bon dès leur début. Des années 2010 je retiens deux noms, deux réalisateurs qui se sont distingués par leur talent dès leurs premiers films, je parle de Damien Chazelle avec à son actif Whiplash, La La Land et First Man et bien sûr Ari Aster avec Hérédité qui est un très bon film d'horreur mais qui vient tout humblement nous révolutionner ce genre avec Midsommar.

Midsommar est un voyage de presque 3h dans les paysages et le folklore scandinave. Le scénario part d'une base simple, un étudiant étranger invite ses amis en vacances en Suède dans son village natale. Mais un scénario simple n'est pas forcément vide, loin de là, ce film traite du deuil, de la rupture amoureuse, d'amitié, de trahison, de confiance, de la découverte d'une culture et traditions étrangères et évidemment c'est sur ce dernier point que tout va partir en couille.

Ari Aster sait la tenir sa caméra et nous avait déjà prouvé avec Hérédité qu'il avait un réel talent pour ses cadrages qui jouent avec une mise en scène inventive. Ici il reprend ses gimmick, filme des personnages souvent immobiles au "quasi" centre de l'écran et commence un lent travelling avant, seulement au lieu d'approcher la caméra du personnage elle va continuer sa route vers une fenêtre ou un autre élément du décor ressemblant à un cadre pour y fusionner, sortir de la pièce, et démarrer une nouvelle scène. Ce genre de détail de réalisation qu'on apprécie.

Le film se découpe en deux parties distinctes avec chacune leur style visuel. On a au début un style plutôt sombre avec des scènes de nuits, qui met en scène un nombre limité de personnage à l'écran, on a un début très intimiste avec le propos réellement centré sur le drame qui va frapper le personnage principal Dani et donc initier le récit. L'autre partie que je situerai après un plan séquence au drone magnifique, la caméra suit la voiture des protagonistes et passe sous une banderole en faisant une rotation à 360°. Signe que la fête est terminée, que le début des emmerdements s'annonce. Dès cette scène, le film s'ouvre enfin sur des paysages extérieurs et Aster filme d'autres personnages à l'écran que ce groupe de pote et annonce le ton visuel qui restera constant jusqu'à la fin du film.

Et c'est sur le visuel justement que Midsommar fait toute la différence, c'est juste fabuleux. Le film est d'une clarté absolue, la grande majorité des scènes se passe de jour sous un soleil nordique et un ciel bleu sans nuage, misant tout sur la mise en scène de la découverte progressive du folklore locale pour faire monter le malaise jusqu'à un final coloré à t'en décoller la rétine et dont la photo restera dans les mémoires. Ce film prend à contrepied la grosse majorité des films d'horreur que j'ai vu et ça fonctionne tellement bien.

La mise en scène donc des traditions folkloriques de ce charmant village si l'on peut dire fait monter le niveau de malaise progressivement mais ne le fait pas n'importe comment. Le film ne se transforme jamais en vulgaire slasheur ou en film d'horreur ou les comportements des personnages sont vus et revus non, c'est bien plus que ça. Le sentiment de malaise qui envahit de plus en plus le spectateur à chaque scène choque vient justement du fait que tout est fait pour banaliser ce qu'on voit. Il y a une volonté de rendre complètement normal et acceptable aux yeux du spectateur les atrocités qui y sont montrées. Ce n'est jamais forcé, même la seule scène de nuit en Suède justement coupé de la version ciné rajoute un moment de tension qui casse une longueur que le spectateur aurait pu ressentir à ce moment-là. De plus les décors fourmillent de détails qui en disent plus si on s'y attarde sur la culture locale justement via des objets en second plan, des dessins sur les murs …

Je tiens à saluer pour finir la performance extraordinaire de Florence Pugh que j'ai découverte via ce film. Elle est d'une justesse folle, la scène d'ouverture ou elle appelle son copain pour avoir de ses nouvelles et se met à pleurer en se retenant en même temps, sans cut, la performance est là et rappellera à beaucoup la scène finale de "Call me by your name" avec Thimothée Chalamet.

Je ne suis plus objectif avec ce film, j'ai trouvé l'ensemble absolument génial et je ne vois rien à dire de plus sans dévoiler des éléments de l'intrigue, je ne peux qu'encourager quiconque à se faire son opinion, de mon côté je vais suivre de très près ce que Ari Aster va nous proposer pour ses prochains films.

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