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le 16 sept. 2020
Sorte de prolongement de son court-métrage césarisé « Maman(s) », Maimouna Doucouré nous propose d’explorer le décalage entre l’enfance et l’univers adulte, qui dépasse de jeunes filles prêtes à s’émanciper, quitte à s’exhiber corps et âme. Et au milieu de ce développement sans jugement moral, le cadre familial oppresse et suggère d’autres problématiques, mais qui convergeront vers la même fatalité, celle d’une quête identitaire dans la préadolescence moderne. Il n’y a donc pas lieu de susciter de la mignonnerie comme le titre peut l’induire, car il en résulte une réalité plus dure, plus crue et plus authentique autour d’un protagoniste principale qui ne sait comment appréhender la féminité à son jeune âge.
Amy (Fathia Youssouf) s’apprête donc à entrer au collège et porte en elle de la curiosité, qu’elle refoule intentionnellement chez elle, influencée par une famille qui adoube la tradition, le patriarcat et bien d’autres enjeux qui amputent sa féminité en public. Sur les divers allers-retours, entre le domicile et les scènes publiques de danses lascives, le récit parvient à développer un langage autour de la fascination du corps féminin, afin d’évoquer ces « problèmes de fille » en période transitoire. Et que de problèmes ! Amy rencontre bien des difficultés à acquérir de la reconnaissance, que l’on confond avec solidarité, séduction ou l’art de duper un public qui convoite le trésor interdit, à l’image de l’héroïne qui n’a pas accès à la chambre voisine de son appartement. Et pourtant, c'est dans ces instants, ces proximités avec le corps qu’on identifie la liberté, celle qu’on finit par voler ou emprunter à l’esprit de rébellion.
C’est ce qu’il faut retenir, c’est ce qu’il faut capter dans ce point de vue dérangeant, mais qui suscite plus d’intérêt dans le cas d’une Amy, dépassée par ce qu’elle affronte quotidiennement. Un autre choix étonne justement, alors les personnages masculins se font rarement désirer. Il manque une confrontation afin de mieux explorer les failles et les ambitions de cette fille. Ils ne font que de la figuration, justifiant au passage un déséquilibre, comme au coin d’une récréation bien trop agitée et bien trop compétitive, pour que chacun prenne du recul sur ses actions. Le cadre nous invite alors à partager ces moments intimes et ces malaises qui questionnent fondamentalement les fonctions de la femme dans une société. L’éducation nous rabat sur la mère au foyer et l’autre plus ouverte à la spontanéité et sans attache pour le cercle familial. Il s’agit d’une réalité qui confine la plupart d’entre-elles à choisir, voire même de subir, l’un ou l’autre.
« Mignonnes » surprend donc par sa précision et les émotions qu’il dégage, notamment par le prisme d’une mère enchaînée et également miroir d’une destinée repoussée par sa fille. Elle adopte ainsi la danse comme une parade pour la liberté, la sensualité étant une passerelle. Doucouré met ainsi en évidence la perversion d’un monde qui brise les frontières de l’âge, de la décence du jugement social. Cet écart de conduite résulte d’une peur de la conformité ou bien de l’obsession d’un certain succès, qui résonne comme l’indépendance dont nous aurions besoin, si toutefois le collectif ne compte plus ou ne fonctionne plus.
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le 8 sept. 2020
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