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Mission

Avatar Gérard Rocher
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C'est vers 1740 que se déroule cette histoire. A cette époque, les empires d'Espagne et du Portugal s'étendent jusqu'en Amérique du Sud. Dans cette région vivent les indiens Guaranis, peuple pacifique mais considéré comme "sauvage". C'est dans leur région située vers le Paraguay que s'installe une communauté de jésuites à la tête de laquelle officie Frère Gabriel, un homme courageux, obstiné et idéaliste. Mendoza, un mercenaire et marchand d'esclaves sans scrupule, à la suite du meurtre de son frère, rejoint la communauté à sa sortie de prison, au prix d'un châtiment hors du commun, puis se convertit. Quelques temps plus tard, à la suite de pourparlers avec le Portugal, l'Espagne décide de rappeler les jésuites de cette région d'Amérique du Sud. Sur les ordres du Pape et sous la pression des portugais, l'un de ses émissaires se charge de cette mission en ordonnant, pour les intérêts financiers des colons, un véritable génocide des Guaranis et par la même occasion des membres de la petite communauté religieuse.

Roland Joffé nous fait basculer dans un drame affreux et méconnu du 18ème siècle. C'est au beau milieu d'épaisses forêts, au bord des impressionnantes chutes d'Iguazu, que le Frère Gabriel a choisi de convertir les indigènes. Sa méthode est surprenante mais efficace: la musique. C'est ainsi que les Guaranis deviennent les meilleurs amis des Frères Jésuites et se convertissent à la religion catholique en laquelle ils vouent une confiance et une dévotion absolues. Malheureusement, l'Espagne et le Portugal règnent en maîtres dans cette région et sèment la terreur. Leur méthode? Mettre sur pied un trafic d'esclaves afin de fournir de la main d'oeuvre à bon marché aux colons de la région. Mendoza fait partie de ces chasseurs d'esclaves. Le jour où, en tuant son frère, il commet l'irréparable,il se retrouve en prison. Au bout de quelques temps, le jésuite rend visite à Mendoza, plongé dans un profond mutisme, et le sort de sa cellule. Fou de désespoir et de repentir, Mendoza va se convertir et prendre avec ardeur fait et cause pour les indigènes. Pendant ce temps, l'Espagne et le Portugal aiguisent leurs vues sur cette population "sauvage", dont l'obstacle à leurs méfaits est la position du Pape vis à vis des Jésuites, alliés des Guaranis. Comme souvent, suite aux tractations, les autorités papales prendront la décision de soutenir le puissant en exterminant les plus faibles et en sacrifiant sans vergogne, par la même occasion, les Frères Jésuites. C'est ainsi que le Frère Gabriel, dépité mais sûr de la cause qu'il défend, se pose la réflexion fondamentale: "si nous n'étions pas venus les convertir, ils seraient restés libres". Puis les soldats, après s'être signés, vont massacrer la population et les membres de la communauté, allant même jusqu'à brûler, entre autre, l'église...

C'est en fait en deux parties bien distinctes que Roland Joffé divise très adroitement son oeuvre. La première prend la tournure d'un film d'aventure s'attachant plus particulièrement au personnage de Mendoza, s'infligeant pour son repentir une épreuve aussi éprouvante pour lui que spectaculaire. Les chutes d'Iguazu ne sont pas étrangères à la beauté de cet épisode prenant et émouvant. La seconde partie nous entraîne carrément dans l'histoire des débuts de la colonialisation de l'Amérique et des conséquences dramatiques de celle-ci. Là aussi, tout est merveilleusement bien réalisé et percutant dans l'image et le propos. Côté acteurs, Jeremy Irons et Robert De Niro sont absolument sublimes dans leurs styles de personnages que tout oppose dans le comportement, mais que tout unit dans la foi et l'espérance. La réalisation de ce film est parfaite au milieu de ces décors grandioses et vertigineux. Les images bouleversantes décrivent fort bien cette nature sauvage d'une rare beauté, mais ausi les scènes de batailles avec ces visages d'enfants innocents, éperdus de musique et d'amour pour Dieu, se laissant tuer face à l'ennemi en lequel ils avaient autrefois toute confiance. Le propos est convaincant et nous relate sans aucune concession une réalité historique que nul ne peut nier. On ne vantera jamais assez cette musique du célèbre Ennio Morricone, musique féérique et prenante au possible, qui nous accompagne tout au long de cette Histoire.

Voici une oeuvre majestueuse et qui ne peut laisser le spectateur indifférent. Il faut voir et revoir cette fresque captivante et inoubliable qui est certainement la plus grande réussite, jusqu'à présent du réalisateur.

Ce film a obtenu :
- La "Palme d'Or" du Festival de Cannes 1986.

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