La maman et l'idiot

Avis sur Mother

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Mother est un film qui plaira aux adeptes du cinéma coréen, de ses codes et de son ambiance glauque. On y retrouve, en toile de fond, l'enquête du meurtre sordide d'une jeune lycéenne. Policiers, suspects, interrogatoires musclés, aveux arrachés, incompétence… le décor est planté. Mais là où le film se différencie et s'émancipe de son carcan, c'est dans cette intime relation et l'extrême dévouement d'une mère envers son fils. Son réalisateur et scénariste, Bong Joon-ho, auréolé du succès de ses deux précédents films, dont l'immense Memories of Murder, exploite et mélange, avec passion, le drame social et le thriller.

Une veuve, dont le nom n'est jamais mentionné, élève seule son fils, Do-Joon. Celui-ci, proche de la trentaine, a un léger handicap mental l'exposant régulièrement au danger. Un danger envers lui-même avant tout. Sa mère ne vit que pour lui, distraite dans tout ce qu'elle entreprend car constamment accaparée par la surveillance de sa progéniture. Un jour, une lycéenne est assassinée. Des témoins ayant vu Do-Joon la suivre juste avant le meurtre, celui-ci devient le principal suspect. Facilement manipulable et impressionable, Do-Joon signera rapidement lors de son interrogatoire ses aveux de culpabilité. Sa mère, va alors tout faire pour prouver son innocence.

Dans le personnage de cette mère courage, beaucoup de choses passent par le regard. L'angoisse permanente au sujet de son fils, la honte et les remords d'un acte inavouable, la détresse et la solitude suite à l'incarcération de la chair de sa chair, tous ces sentiments et états se lisent sur ses traits tirés et fatigués. Touchante et terrifiante à la fois, le personnage de la mère est interprété par Kim Hye-ja, remarquable dans son rôle. L'actrice exprime avec une énergie insoupçonnable pour ce physique si chétif, ce feu sacré, cet instinct séculaire, celui d'une mère prêt à tout pour défendre son enfant.

Les actions de la mère afin de prouver l'innocence de son fils sont le moteur du film de Bong Joon-ho. Distribution de tract à une foule apathique lors de la reconstitution du crime, visite lors de l'enterrement de la jeune lycéenne, recrutement d'un célèbre avocat, vol de ce qu'elle pense être une pièce à conviction... Les actions menées par cette mère montent crescendo à mesure que la panique la gagne, mue par une sorte de compte à rebours démarré lors de l'arrestation de Do-Joon.

La figure de la mort dénote fortement avec ce que l'on retrouve majoritairement dans le cinéma européen ou américain. Dans Mother, et le reste du cinéma coréen, la mort est laide. Le corps n'est pas montré au spectateur dans une apparence paisible, les yeux clos, le visage le plus neutre possible si ce n'est une couleur de peau légèrement blafarde (histoire de montrer que la personne n'est pas en train de piquer un roupillon, mais est bel et bien morte). Le corps est torturé, désarticulé, crispé dans son dernier élan de vitalité, son dernier souffle. Il est retrouvé meurtri dans des positions improbables et sinistres comme celui de la lycéenne, retrouvée sur une terrasse, la tête et la moitié du buste basculés dans le vide, les cheveux prolongeant le corps, attirés par l'implacable attraction terrestre. Cette représentation des victimes est d'ailleurs essentielle à celle des assassins, reflets matériels d'un acte immonde.

Mother est un récit sombre où la folie couve dès la scène d'ouverture avec sa danse fiévreuse, chamanique, dans un champ d'herbes hautes. Satire sociale où ni les pauvres, ni les riches ne sont épargnés, Bong Joon-ho dresse le portrait d'une société putride et moribonde. Le niveau de toxicité de cette relation entre une mère et son fils ferait passer celle de Romain Gary et de sa mère, décrite dans le livre La Promesse de l'aube, pour une ennuyeuse banalité.

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