Confessions d'un artiste déchiré

Avis sur Ne croyez surtout pas que je hurle

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Le patchwork d'extraits des quatre-cents films vus par Franck Beauvais d'avril à octobre 2016 vient illustrer les réflexions personnelles et la critique sociale du réalisateur. Le ton morne, taciturne et désillusionné est sans pareil. Ce flot imperturbable de paroles colle avec la densité des scénettes que constitue ce collage cinématographique.

Beauvais se définit comme un autiste social, un boulimique du film, ce dernier medium agissant pour lui comme une thérapie. Les pensées que déroule le réalisateur avec une faconde intarissable sont d'une part personnelles - la séparation amoureuse, la mort de son père, le retour à Paris. D'autre part, elles sont d'ordre politique - les écueils de notre caste politique, les travers du capitalisme, l'Etat d'urgence, le positionnement délicat face à Nuit Debout.

Ce film se voit et s'écoute comme la confession d'un homme pris entre deux feux : la solitude indécrottable d'un artiste déchiré, néanmoins animé par une critique viscérale du système, qui se traduit par un attrait curieux si non malsain pour le cinéma Est-Allemand. On a affaire à un film à vif, dérangeant, vindicatif parfois. Une expérience particulière où l'on peut se féliciter de (re)connaître ne serait-ce qu'un film issu des quatre-cents sélectionnés.

Raison de vivre pour l'auteur, ce film est une occasion de se confronter avec les tourments d'un artiste marginal. Mais le procès du capitalisme et du bonheur facile cache un délabrement existentiel dont on ne peut que souhaiter se préserver.

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