Richard le Barbant: "Quand les Américains me regardent, ils se voient tels qu'ils sont"

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Présenté à sa sortie (deux ans après la mort de Richard Nixon) comme un film sulfureux sur le plus sulfureux des présidents américains, que reste-il de ce BioPic fleuve de plus de 3 heures?

Autant dire qu'à vouloir être trop exhaustif (le film retrace la carrière politique de Nixon de 1960 et sa présidentielle perdue contre Kennedy jusqu'à sa démission de la présidence en 1974 au cours de son second mandat, suite au scandale du Watergate), on frôle l'indigestion. Il faut dire qu'à vouloir suivre deux fils conducteurs (l'ascension de Nixon semée de revers politiques... et le cambriolage du Watergate avec le scandale qui s'ensuivit), tout en les mêlant de flashbacks incessants dans la jeunesse de Nixon des années 1920 à 1940, on finit véritablement par perdre le spectateur en route. N'est pas Coppola qui veut (le Parrain 2ème partie ayant réussi avec brio ce périlleux numéro de trapèze volant chronologique)...

Et que de lourdeurs parfois pour mettre en relief les nombreux complexes de Nixon (né dans un famille Quaker très modeste, ayant fait une faculté de droit sans grade grâce à la mort de ses deux frères suite à la tuberculose, souffrant d'être le mal-aimé de la politique des années Kennedy...). Une scène bien lourdingue et artificielle vers la fin du film illustre parfaitement le message asséné à coups de hache par Oliver Stone lorsque Nixon proche de la démission et dans une ambiance de fin de règne se tourne à la Maison Blanche vers le portrait de Kennedy et se faisant la réflexion suivante à haute voix: "Quand les Américains te regardent, ils se voient tels qu'ils rêvent d'être. Quand ils me regardent, ils se voient tels qu'ils sont". Et des passages comme ça, il y en a plein d'autres...

Et que dire de la mise en scène parfois très prétentieuse d'Oliver Stone qui alterne parfois jusqu'à l'overdose les scènes en noir et blanc (la jeunesse de Nixon), le Super 8 ou quelque chose s'y apparentant et les scènes au format traditionnel (le tout rappelant un peu le Raging Bull de Scorsese par moment)...

Reste tout de même une fresque historique par moment passionnante sur l'ascension de Nixon vers le pouvoir, sur les années Nixon-Kissinger au niveau de la politique internationale américaine (la guerre du Vietnam et l'invasion du Cambodge, l'ouverture de la Chine de Mao et le rapprochement avec l'URSS) et évidemment sur les dérives barbouzardes irréversibles qui conduiront à l'implosion de l'administration Nixon avec le Watergate. Restent également quelques morceaux de bravoure sur la personnalité parfois "couillue" de Nixon (notamment la scène où il se rend seul avec un conseiller en pleine nuit -sans service de protection- au memorial Lincoln de Washington au beau milieu d'un campement d'étudiants opposés à la guerre du Vietnam pour se recueillir suite au décès de plusieurs étudiants contestataires abattus sur le campus de Kent State University en 1970 par la garde nationale). Reste enfin évidemment la performance extraordinaire d'Anthony Hopkins.

Mais il faudra supporter les nombreuses longueurs du film pour en tirer la véritable quintessence. On lui préfèrera sans doute sa suite chronologique (Frost-Nixon: l'Heure de Vérité... sur les interviews fleuves au cours desquelles Nixon finit par avouer son implication directe dans le Watergate et la prestation non moins excellente de Frank Langella).

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