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Nobody Knows

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Nobody knows travaille sur la durée, la répétition, on pourrait presque dire la scansion, plongeant le spectateur dans un rythme particulier, qui peut sembler à certains agaçant par la lenteur revendiquée et parfois dogmatique de l'entreprise. Mais la récurrence de certaines images (la rue, l'escalier, la magasin), la langueur enveloppant la vie de cette fratrie livrée à elle-même, abandonnée par une mère qu'on devine irresponsable sans qu'elle n'apparaisse jamais antipathique, contribuent à créer une certaine magie que la tristesse de l'histoire ne laissait pas supposer. Cette errance au quotidien, la vacuité, le confinement en un espace réduit puis l'inverse, le refus des responsabilités, la libération par l'espace: tout cela organise une réflexion sur le temps qui passe, le lent mûrissement des êtres, que la subtilité de la mise en scène dessine parfaitement à coups de plans signifiants bien qu'anodins. Cet apprentissage accéléré de la vie de famille (et de la vie, aussi), qui s'accompagne paradoxalement d'une quête de l'innocence, pourrait laisser de marbre, la faute à une absence si forte de pathos qu'elle empêche parfois l'émotion d'affleurer. Mais le film n'aurait assurément pas la même saveur sans la figure d'un gamin de 12 ans s'improvisant chef de famille, puis fuyant le poids trop lourd de la charge, constamment déchiré entre désir d'enfance et exigences de la vie: cette capacité à faire porter à un seul personnage tout le poids d'une histoire, jusqu'à ce qu'elle l'imprègne physiquement, fait de Nobody knows un grand film.

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