Mes reproches sont un tas de pavés qui ne veulent plus former une critique cohérente

Avis sur Nos étoiles contraires

Avatar Nolwenn-Allison
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Autant j'avais adoré le livre de John Green, autant je ne me faisais pas trop d'illusions sur ce qu'allait être le film. Quand on voit la hype qu'il connaît auprès des jeunes filles de 12 à 15 ans, on se doute bien qu'on aura le droit à un énième teen movie avec une histoire d'amour impossible qu'on oubliera comme on a oublié Twilight pour laisser place à Fifty Shades of Grey. Pour tout dire, ma préparation mentale n'aura pas suffi.

La trame principale est toute con-con : Hazel a le cancer et lors d'une réunion de soutien, elle rencontre Augustus, un type un peu crâneur en rémission. Maintenant que les personnages féminin et masculin sont mis en place, pas besoin de détailler ce qui leur arrive après. Mais à cela se greffe une intrigue qui est clairement l'intrigue principale du livre : Hazel cherche à savoir ce qui arrive après la fin de son livre préféré qui s'interrompt brutalement en plein milieu d'une phrase. L'histoire d'amour est importante, mais sert tout de même à faire avancer cette "quête" littéraire.

Dans le film, on oublie l'équilibre. L'amour avant tout pour faire plaisir à la cible visée, le reste en second plan. De toute façon, pour ce que les ados en ont à faire des bouquins, mieux vaut leur envoyer du rêve avec une image du petit copain idéal et une histoire d'amour condamnée par avance. Donc on évoque le livre de manière très succincte, diffusant quelques infos aussi vite balancées qu'oubliées. La visite à Van Houten sert plus de prétexte à partir en Hollande en amoureux. De toute façon, le moment clé de l'histoire, ladite rencontre avec l'auteur d'Une Impériale Affliction, est très anecdotique. Dommage pour Dafoe qui aura été quasi autant exploité que Jim Carrey dans Kick-Ass 2, pour donner un ordre d'idée.

Ceci étant dit, passons au côté romantique de la chose *soupirs*. Le matériau de base n'est pas exempt de moments vraiment niais : John Green n'étant pas très au point sur la règle "Show, don't tell", tu en bouffes du "Augustus était vraiment sexy". Et je passe le passage dans la maison d'Anne Frank... Mais on est à Hollywood, on peut toujours faire pire, ils ont la recette. Nous avons donc ici :

1. La rencontre en se rentrant dedans. Premier contact physique, premier regard, on s'intéresse à la personne. Essayez la prochaine fois que vous voulez sortir d'un métro bondé, ça marche à tous les coups.

2. La fille qui pouffe de rire à chaque réplique du garçon en faisant les gros yeux. Qu'ils sont ahurissants, ces messieurs...

3. Le monde qui porte un regard bienveillant envers ce couple. Parce qu'outre l'histoire chez Anne Frank, il y a aussi les serveurs du restaurant. Si tu n'aimes pas ce couple, sache que tu es une métastase.

4. Le papa qui a une relation un peu compliquée avec le copain de sa fille. Elle n'est pas conflictuelle, mais le père est mal à l'aise et aime à mettre des distances entre les tourtereaux.

Les personnages sont de même parfaitement lisses et bien clichés :

1. La fille. Dans le livre, elle s'appelle Hazel, elle a un cancer et de l'eau dans les poumons, ce qu'elle arrive à vivre avec une certaine lucidité. Elle aime lire, elle va à la fac, elle est végétarienne, elle fréquente de temps à autres des filles de son âge. Bref, elle a une vie. Dans le film, elle s'appelle toujours Hazel, mais derrière ce nom se cachent deux choses : le cancer et Augustus. A aucun autre moment, on ne voit Hazel sous un autre jour, et si tant est qu'il y ait des scènes qui sortent de ces cadres, notre héroïne sera vue en permanence le téléphone à la main, guettant un message de son cher et tendre.

2. Le garçon. Augustus, rescapé du cancer, orgueilleux un peu fantasque, craint qu'on ne l'oublie. Il est certes en position forte mais reste somme toute un personnage touchant. Il est à mille lieues d'être le douchebag que Boone en a fait.

SPOILERS : le personnage étant devenu extrêmement caricatural, on n'éprouve au final que peu d'empathie pour ce qu'il lui arrive. Qui plus est, le cheminement de la force à la faiblesse est à peine esquissé : on a certes un peu de vomis, mais Gus reste glam' et "impertinent" jusqu'au bout.

Et cinématographiquement ? Ralentis quand ça ne va pas, flous dégueulasses pour les flash-backs et bande-son tirée d'une playlist Fun Radio. Rien de plus à ajouter.

Qu'on s'entende bien, je ne suis absolument pas une intégriste voulant que les adaptations cinématographiques soient une copie conforme des matériaux originaux. Clairement, c'est une impasse : on ne peut pas tout adapter et une adaptation qui colle à la virgule près n'est pas intéressante à voir. J'aime à ce qu'on me surprenne avec des scènes sorties de nulle part mais qui sont cohérentes avec l'histoire qui est racontée. J'aime à ce qu'on injecte du nouveau dans la vision que j'ai d'une oeuvre.

Mais si je renvois tout le temps le livre et le film dos à dos, c'est parce que je n'ai pas envie qu'on fasse d'amalgames entre les deux. Le livre, au-delà de l'histoire d'amour, délivre des messages, des questionnements, ne prend pas son public pour des attardés et est réfléchi dans l'élaboration de ses personnages. Le film n'en a rien à faire de ça : il a repris un univers et y a calqué un schéma vu et revu jusqu'à l'indigestion. Concrètement, il aurait pu tout aussi bien s'appeler "Coup de foudre aux soins intensifs", ça n'aurait strictement rien changé.

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