Le film d’auteur qui se prenait pour une comédie

Avis sur Notre dame

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Je n’aime pas les comédies françaises. Du moins je n’apprécie pas la forme que ces dernières prennent depuis quelques années. Notre dame de Valérie Donzelli s’apparente à une comédie sur, je cite, le mariage et l’échec au coeur de Paris. Soit, après la projection du film en salle, je dois bien reconnaitre que ce film ne vas pas contribuer à améliorer ma vision des comédies françaises.

Je n’ai pas aimé ce film et je vais tenter à travers ma critique d’expliquer pourquoi. Tout d’abord, l’histoire est assez simpliste, et même, assez futile car selon moi, le film sous couvert de traiter le réaménagement du parvis de notre dame de Paris, va traiter en fait de la reconstruction d’un personnage, Maud Crayon, auquel je soupçonne Valérie Donzelli d’y avoir injecté un peu de sa vie personnelle.

Comme Valérie Donzelli, son personnage Maud est enceinte à nouveau une troisième fois de son ex compagnon, qui est dépeint dans le film comme un comic relief, un boulet qu’elle n’arrive pas à dégager de sa vie. Et par le biais de la magie ( le film se veut une sorte de conte fantaisiste, ce qui m’a clairement sorti du truc) un jour, son projet de réaménagement du parvis est accepté par une actrice ressemblant vraiment à la maire de Paris, ainsi que son adjoint joué par Philippe Katerine, d’habitude excentrique mais dans ce film, il est vraiment relégué au second plan.

Parallèlement, Maud va rencontrer son amour de jeunesse Bacchus, un journaliste qui couvre l’évènement et un dilemme va s’imposer à elle. Bon inutile de tourner autour du pot, le film est un film d’auteur selon moi, et non une comédie. Parce que finalement, en ayant détesté chaque scène qui s’offrait à moi, j’arrivais néanmoins à percevoir ce que Donzelli cherche à dire dans ce film.

Le film retranscrit assez bien le quotidien des parisiens depuis quelques années. On parle des SDF/immigrés qui dorment dans la rue, on parle des gens qui ont des problèmes d’argent, on parle de la vision que les gens ont de l’art ( y a clairement une référence à l’œuvre controversée du Louvres), on a aussi le mauvais temps caractéristique parisien, on se fout de la gueule des journalistes qui maquillent parfois certains sujets, bref le film n’est pas vide et ça c’est une bonne chose.

Le film parle à un moment de l’uberisation, et même si je trouve la forme filmique de la scène pas adaptée à une comédie parce que foncièrement pas drôle, il y a un effort de fait, je ne reprocherais pas à ce film d’aborder des sujets de société même si des fois on ne sait pas sur quel pied danser. Il y a une scène où Donzelli semble se moquer de la récupération féministe dans les médias, et une autre scène où une personnage se plaint que les femmes font tout.

Le développement de personnage est à mon sens catastrophique. Déjà au début du film, on va s’apercevoir que des gens se mettent des claques dans la rue et spoiler, c’est plus ou moins expliqué à la fin. C’est un running gag pendant TOUT le film, mais qui moi m’a fait sortir du film. J’ai eu l’impression que l’on sacrifiait sur l’autel de l’absurde la construction narrative des personnages pour faire une sorte d’humour à la monty python, mais qui n’est jamais passé pour moi. Le moment où la soeur du personnage, Coco interprétée par Virginie Ledoyen, demande à Maud le nom de son collègue est ultra malaisante car on te tease une relation amoureuse et sexuelle entre les deux alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés ! C’est absurde.

Le moment de la « rencontre » entre Bacchus et Maud est aussi absurde, car on précise qu’ils se connaissent depuis longtemps bien des minutes après. C’est perturbant pour le spectateur. On a du mal à y croire. Bacchus est comme littéralement scoché à Maud pendant le film, et on y suit des déboires amoureux pas vraiment passionnant. Une femme en cours de séparation, non mariée, 2 enfants et qui va avoir un troisième avec l’homme avec qui elle veut couper les ponts. C’est pas passionnant.

Parallèlement une idée sympathique mais peu exploitée par la suite montre que son projet de parvis ressemble vulgairement à un phallus, et provoque une colère de la part de la population. Maud fait donc appelle à une avocate pour plaider en la faveur de son projet. Encore une fois, le film joue avec ses ficelles scénaristiques car Maud est censé être soutenue par la mairie de Paris... Et pourtant elle paie son propre avocat en louant sa maison sur Air Bnb.

Le film se termine par l’explication de la gifle que les gens se mettent dans la rue. Cette gifle c’est en gros les parisiens qui acceptent de se faire marcher sur les pieds si j’ai bien compris. On développe l’idée de la gifle comme étant finalement l’opposition entre le conservatisme et le modernisme que le projet de Maud est censé incarner.

Malheureusement ce n’est pas la mini chanson de fin ni les moults péripéties qui sauvent ce film d’un certain naufrage. Alors oui, Maud a échoué, dans sa relation avec son ex mari, et dans le projet, et cet échec lui a permis d’avancer dans sa vie comme on le voit à la fin. Elle a son propre cabinet, et un nouveau mec. Cool. Mais j’ai eu du mal personnellement à voir l’aura comique de ce film.

Il faut prendre notre dame comme ce qu’il est finalement. Un film d’auteur de gauche qui se prend pour une comédie, et qui en soi, en est une, mais le problème c’est qu’il ne va pas toucher un grand public, et que si tu n’adhères pas à cette vision un peu vieille france de Paris, un peu fantasmée même si il y a un fond de vérité derrière, tu n’accroche pas. Ce film est peut être trop travaillé pour être comique.

Les acteurs sont bons, la réalisation est bonne, pas mal de thématiques contemporaines abordées ok mais le ressort comique du film est assez faible. On est plus sur un rire gêné que sur un vrai rire. Mais si vous voulez voir le dernier film où apparait notre dame en bon état, alors ce film est probablement fait pour vous.

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