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Nymphomaniac : Volume 2

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Nymphomaniac 2 s'ouvre sur une nouvelle donne : excessivement labourée, Joe a perdu toute sensibilité. Elle partage une vision de ses 12 ans, où lui sont apparues les deux nymphomanes les plus éloquentes de l'Histoire pendant une masturbation à ciel ouvert. Son confident Seligman lui annonce que s'il se sent si qualifié pour l'écouter et lui apporter un éclairage avisé, c'est qu'il est vierge et asexuel.

Les péripéties se poursuivent et cette fois c'est Charlotte Gainsbourg qui apparaît dans les flash-backs, alors que Stacy Martin, sa cadette de trente ans, s'en chargeait dans le premier opus. Dans celui-ci, Joe faisait part de ses fantasmes, ses constructions, du laborieux développement d'une éthique personnelle, exprimée notamment au travers du manifeste anti-amour. Ce second opus marque une radicalisation de cette misanthropie banale, revendiquée avec plus de clarté.

Lars Von Trier fait de Joe son porte-voix. Elle évoque régulièrement la société dont elle se sent étrangère et avec laquelle elle entretient un rapport tumultueux. Mais Joe n'est pas Lars ; et Joe charge la société de maux et de pressions qu'elle entretient elle seule. Tout en luttant contre le jugement extérieur, elle y cède en s'estimant mauvaise. Dans le cercle de parole des nymphos, elle accuse les bourgeoises et revendique la légitimité de sa nymphomanie. En somme, cet état n'est aucunement une déviance ou le résultat d'un traumatisme, mais une manifestation de son élan vital prosaïque, qui n'aura jamais à se justifier, pas plus qu'on ne doit se justifier d'être ou de désirer.

Se justifier, c'est pourtant c'est ce qu'elle passe son temps à essayer de faire, elle, la malade se repliant pour porter son fardeau. Mais tout en le déniant consciemment. Par conséquent elle s'exprime de façon confuse, émotionnelle et, malheureusement, contradictoire. Son cynisme a l'avantage de canaliser ce trop-plein, lui donner un ordre moral, un filtre structurant pour aborder le monde, même s'il est particulièrement toxique. Nymphomaniac 2 est rempli de réflexions ou anecdotes intéressantes, perdues dans une longue traversée du désert.

Ce second opus est plus transparent et catégorique. Joe et Lars ne louvoient pas, ne font plus dans le ludique. Ca ne les rend pas plus cohérents, mais ils se donnent clairement. C'est grotesque et attachant. L'absence de la moindre distance dans la conception finit par payer sur le plan sentimental d'abord, un peu, mais surtout à un degré plus instinctif. Il aura fallu trois heures pour que le tri s'opère.

http://zogarok.wordpress.com/2014/09/20/nymphomaniac-1-2/

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