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" J’aime me beurrer la biscotte "

Avis sur OSS 117 : Le Caire, nid d'espions

Avatar Jokalex
Critique publiée par le

" Chien.
-Tss , tss commençons tranquillement voulez-vous ? "

" Nous avons besoin d’un expert sur place, d’un spécialiste du monde arabo-musulman.
-Arabo ?
-Musulman
-Mmh … "

" Combien as-tu d’enfants Sliman ? 8,9 ?
-2, Sidi.
-… Embrasses les quand même Sliman. "

" On peut dire que le Soviet éponge "

" J’ai été réveillé par un homme qui hurlait à la mort du haut de cette tour ! J’ai dû le faire taire.
-Quoi ? Vous avez faire taire le muezzin ?
-Ah ! C’était donc ça tout ce tintouin… "

" Lucien, il y a une réception ce soir à l’ambassade de Grande Bretagne.
-Oh ! A la bonne heure, ce sera l’occasion de porter mon smoking en alpaga.
-Oui, si vous voulez ce sera surtout l’occasion de rencontrer le gratin cairote.
- Mmmpff Et non pas le gratin de pommes de terre ! Non parce que ça ressemble à carotte, cairote. Le…, le légume, puisque vous avez dit gratin … Gratin de pommes de terre… C’est, c’est une astuce … "

Et ma préférée pour la fin :
" Je n'ai jamais pu refuser quoi que ce soit à une brune aux yeux marrons.
- Et si j'étais blonde aux yeux bleus ?
- Cela ne changerait rien vous êtes mon type de femme Larmina...
- Et si j'étais naine et myope ?
- Et bien je ne vous laisserai pas conduire. Ça n'a pas de sens. "

C’est sur ces belles paroles que nous pouvons nous tourner vers cette comédie des années 2000 rendant hommage aux films d’espions.

Dans OSS 117 Le Caire nid d’espions, on assiste aux tribulations de l’espion des services de renseignements français : OSS 117 aka Hubert Bonisseur de la Bath aka Lucien Bramard au Caire, la ville aux mille minarets, dont la mission est de découvrir qui a tué Jack Jefferson tout en essayant de calmer les querelles intestines qui agitent le pays. Et oui entre les Aigles de Khéops, les nazis et la fille du Raïs dont le but est de parvenir au pouvoir ou de créer un semblant d’hostilité xénophobe à l’égard des ressortissants étrangers la tâche de ce bon vieux Hioubert va s’avérer ardue.

Le film entier est porté par les épaules de Jean Dujardin qui incarne OSS 117, agent des services de renseignement français. Hubert Bonisseur de la Bath représente l’archétype même du français du milieu du XXème siècle : séducteur, prétentieux, aveuglé par les clichés, ayant une ouverture d’esprit limité, misogyne et xénophobe. Le jeu de sourcils de Jean Dujardin et son sourire niais participent à la mise en perspective d’un personnage dépassé par les événements et ayant toujours un train de retard que ce soit dans la réflexion qu’il génère sur l’enquête qu’il mène ou dans la tournure des opérations. Homosexuel refoulé, OSS est brimé dans sa sexualité par une société sectaire et conservatrice et ne peut la faire éclater au grand jour, Hubert Bonisseur de la Bath n’ayant jamais eu de plaisirs charnels partagés (j’insiste sur le terme partagés Bérénice Béjo et Aure Atika étant attachées lors de relations sexuelles durant le métrage, Hubert repoussant même de son lit Larmina pour la déposer délicatement sur le canapé telle une fleur fragile). Le fait qu’il soit brimé contraste avec son attitude décomplexée, extravertie mais est corrélé par son côté naïf.

Michel Hazanavicius, réalisateur de The Artist, prend le risque d’amener un humour franchouillard à l’accent colonialiste mais, qui, ajouté à certaines scènes grotesques du film amène un cocktail détonant dans le paysage cinématographique français.

Parodie hilarante de films d’espionnage des années 50, le film va jusqu’à imiter leur réalisation. Avec une mise en scène soigné, proche des films d’espionnage des 50’s avec des plans sur les personnages dont le fond cadre avec des paysages désertiques. Le classique plan de la voiture avec en arrière-plan un paysage défilant de droite à gauche n’est pas omis .Sans temps mort, le film réussit à allier mise en place des enjeux et développement des personnages avec brio. OSS 117, pastiche moderne des films d’espions ira jusqu’à emprunter leurs codes les tournant en dérision avec en point d’orgue magistral, la scène du baiser entre Larmina et OSS 117 sur le ponton du port cairote sous une pluie de feu d’artifices provenant du bateau de contrebandiers. Classique, mais efficace happy end digne d’un James Bond.

Quelques acteurs réussissent à sortir de l’ombre de Dujardin à l’instar de François Damiens et Bérénice Béjo, tous deux excellents. L’un en belge, éleveur de poulets dont la verve et la répartie sont aussi efficace que sa capacité à astiquer son revolver et l’autre en espionne à la solde des Aigles de Khéops (groupuscule xénophobe révolutionnaire) mais qui finira par se résoudre à se détourner de cette voie comprenant que leurs objectifs divergent.
Certaines scènes sont jubilatoires et permettent de se prendre de sympathie pour le personnage principal notamment à travers la scène culte où OSS interprète Bambino avec une orchestration de oud ou bien quand Hubert s’amuse à allumer et éteindre la lumière dans la SCEP (Société Cairote d’Elevage de Poulets) provoquant l’affolement de la volaille.
En restant allègrement sous la barre des deux heures de film et en cela ne tirant pas trop sur la corde des gags et autres calembours, le film parvient à rester léger tant d’un point de vue humoristique que narratif.

Plusieurs visionnages peuvent être nécessaires pour comprendre OSS 117 Le Caire nid d’espions et ses décalages subtils et autres références historiques qui y sont disséminées à l’instar de ce cher Klade qui s’y est pris à deux fois avant d’apprécier le film.

Sur ce, chers lecteurs, lectrices et comme dirait ce bon vieux Hioubert « merci d’avoir choisi OSS 117 Airways. » Bon vent à vous.

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