Oh Brother Let's Go Down

Avis sur O'Brother

Avatar SwannDemerville
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Huitième film des frères Coen, O’Brother a énormément plu au public américain lors de sa sortie, en 2000. Librement inspiré à la fois de L’Odyssée d’Homère ainsi que du roman de James Joyce intitulé Ulysse, ce long-métrage nous raconte l’histoire de trois ex-prisonniers, en cavale depuis qu’ils sont parvenus à s’échapper de leur prison. Nos trois protagonistes, Ulysses, Pete et Delmar, ont pour objectif de récupérer un magot qui aurait été laissé à un endroit bien précis après qu'Ulysses lui-même ait effectué un braquage. Ils vont alors traverser l’Etat du Mississippi en pleine période de Grande Dépression, et rencontreront, durant leur périple, toute une panoplie de personnages atypiques.

Avec O’Brother, on retrouve avec plaisir les éléments qui constituent le style si particulier des frères Coen. Personnages farfelues, humour absurde et dialogues bourrés de punchlines, ce long-métrage tient plus des films comme Arizona Junior (1987) ou The Big Lebowski (1998), sorte de gros délires hystériques dont le principal but sera d’amuser le spectateur, plutôt que d’autres films des frères Coen comportant une certaine complexité, une certaine noirceur, comme Fargo (1996) ou l’incroyable Barton Fink (1991). Et si l’on peut préférer la complexité de ces-derniers, force est de constater que même lorsqu’ils se contentent de faire marrer la galerie, les frères Coen s’en sortent avec brio.

En décidant de planter leur action en pleine période de Grande Dépression et d’en faire une réinterprétation de l’Odyssée d’Homère, les frangins parviennent à marier deux types de mythologies : la mythologie grecque mais aussi celle liée au Far West. Ainsi, pour ceux qui ont lu, ou qui connaissent quelque peu, la légende écrite par Homère, le film devient une sorte de qui est-ce passionnant. Les personnages ont, bien évidemment, été changés par rapport à ceux que l’on peut retrouver dans la légende, de sorte qu’ils puissent coller au décor mis en place : le cyclope Polyphème qu’affrontait Ulysse devient un grand homme borgne membre du KKK, les trois sirènes deviennent trois femmes qui hypnotisent les protagonistes et transforment vraisemblablement l’un d’eux en crapaud, etc…

Et bien que le film s’attache énormément, dans son déroulé, à l’Odyssée, il n’oublie pas pour autant d’installer une véritable ambiance propre aux films se déroulant au Far West. Cela passe principalement par l’incroyable photographie de Roger Deakins, qui travaille régulièrement avec les frères Coen depuis Barton Fink, dont le processus s’avère assez particulier : en effet, un travail de désaturation des couleurs a été effectué sur la pellicule, afin que celle-ci soit retravaillée numériquement par la suite, donnant alors au long-métrage un aspect daté, vintage. Le processus nous est d’ailleurs plus ou moins montré en début et en fin de film, lors de ces plans qui débutent en noir et blanc, et qui finissent par avoir cette couleur jaune particulière propre au film. L’image paraît alors poussiéreuse, voire boueuse, correspondant donc parfaitement au climat aride propre au Far West. On note également la composition d’une BO, supervisée et produite par T-Bone Burnett, composée principalement par des musiques country et du blues, et qui, à sa sortie, aurait eu presque plus de succès que le film lui-même.

Au milieu de ce paysage desséché, les trois protagonistes que nous suivons rivalisent de charisme. Si John Turturro et Tim Blake Nelson sont attachants, George Clooney parvient tout de même à se démarquer dans sa manière d’interpréter Ulysses Everett McGill, un beau-parleur soi-disant philosophe dont la seule considération serait l’état de ses cheveux. Dans ce rôle, Clooney semble s’éclater, et nous offre toute une panoplie d’expressions faciales : qu’il fasse les gros yeux, qu’il affiche son plus beau sourire ou qu’il dévoile son regard interrogateur lorsqu’il philosophe dans le vide, ce bon George en fait dix fois trop, pour notre plus grand bonheur. De plus, l’alchimie qui règne entre les trois acteurs est tout à fait visible, notamment lors des phases musicales, achevant de rendre ce trio de criminels pas si méchants que ça éminemment sympathique.

Si l’on peut avoir des réserves quant à l’efficacité de l’intrigue qui nous est présentée (l’intérêt du spectateur se portant plus sur les divers personnages qui parsèment le film, et non sur l’évolution du récit en elle-même), O’Brother demeure un long-métrage réjouissant, au concept rare : dans une nation, alors en pleine cristallisation de certains mouvements et certaines idées, une forme de folie passive va émerger. On assistera alors aux plus grandes extravagances que le pays ait connues, un pays qui, pour survivre, se verra opérer une certaine mutation, alors que l’intrigue se formera autour d’une légende vieille comme le monde. Pertinent, mais le film prendra le parti de raconter son histoire sous la forme d’une sympathique fresque délirante, plutôt que d’y asséner un véritable propos. En résulte une heure et quarante-six minutes de pure joie, bien que ce ne soit pas le long-métrage des frères Coen que j’affectionne le plus.

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