Un conte écologiste insolent

Avis sur Okja

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Okja est certainement LE rendez-vous de ce mois de Juin, parce que c'est le retour de Bong Joon-ho, mais aussi à cause de ce faux débat autour de la sortie du film, cinéma ? pas cinéma ?...Netflix court-circuite le parcours classique d'un film, qui plus est, d'un grand film, d'un très bon film.

Fable écologique et environnementale, pamphlet anti-capitaliste, message protecteur et respectueux des animaux, Okja peut être l'étendard de nombreux militants, les désormais très connus L214, les vegans, les protecteurs des animaux, les végétariens, les écologistes, les altermondialistes, etc...Le film traite tellement de sujet différents, qu'il en deviendrait même difficile d'en sortir un message précis. Mais, à la limite, chacun pourra, à sa convenance, sortir l'idée principale et le message, voir la philosophie de ce film.

Selon moi, au delà de la critique du capitalisme, on trouve enfin une critique viscérale, constructive et violente de l'agriculture industrielle, déconnectée de toute réalité et totalement déshumanisée. S'il fallait retenir une scène : je retiendrais cette scène où Mija se retrouve dans l'abattoir où sont entassés des milliers de "super-cochon". Outre la démesure du site, il est d'une affolante vérité et n'est pas seulement une extrapolation de la réalité. C'est une photographie de la réalité actuelle des choses. De la cadence, de la machinerie, de la déshumanisation.
L'homme et l'animal sont non-considérés, ils ne sont plus que les rouages d'une même machine : celle du productivisme, de la rentabilité et du billet vert mais aussi de la machinerie des con-somateurs qui demandent toujours plus pour moins cher surtout quand il s'agit de viandes, de fruits et de légumes.

Okja ne porte pas un idéal végétarien, il porte seulement l'idée d'une agriculture qui respecte à la fois ses hommes et ses animaux. Il porte l'idée d'un consomm'acteurs, d'un acheteur responsable. Car si la méchante société capitaliste est ici totalement caricaturée, c'est pour mieux dénoncer l'utopie de la non-responsabilité du citoyen.

Si Okja ne souffre quasiment d'aucune faiblesse, on trouvera tout de même quelques trous d'air, de scènes moins rythmées où le talent de B. Joon-ho ne ressort pas ou peu. Outre cette faiblesse, Okja est parfait. Visuellement le film est tout simplement impressionnant notamment sur l'apparence d'Okja. Si, par habitude, le cinéma tant à forcer les émotions des animaux, ici, Okja reste un animal et ne souffre jamais d'anthropomorphisme.
On ressent autant ses fureurs que ses incompréhensions devant un monde auquel il n'a strictement rien demandé. On ressent autant son intelligence que sa peur quand il faut sauver Mija.

Si le côté coloré du film pourrait rappeler Miyazaki, Okja s'en détourne rapidement grâce à la proximité que le film conserve avec le réel. Là où Miyazaki traite notre réalité avec beaucoup de distance, de rêverie et de métaphore, Okja est par moment insolent de pessimisme et de proximité avec notre monde. Il n'en est que l'extrapolation.

Insolent car il nous touche avec beaucoup de subtilité. Qu'on soit consommateurs ou non de viande d'ailleurs. Quand les gouteurs goutent la viande d'Okja, quand Mija rentre dans l'abattoir, quand Lucy parle des OGM, etc. Le film distille de nombreuses petites saillies dont chacun peut-être la cible.
Une Lucy portée par l'excellente Tilda Swinton, qui est tout simplement impressionnante dans ce rôle. Elle est accompagnée par un J. Gyllenhaal déchainé, qui est par moment insupportable et à d'autres incroyable, notamment dans le seconde partie du film.
Ahn Seo-Hyun, l'héroïne de ce conte écologiste, tient un personnage très réussi et crédible. Simple et touchante, elle incarne parfaitement cet enfant qui est totalement dépassé par le combat et qui ne tient qu'à récupérer un compagnon de vie qu'elle respecte. Car, finalement, Mija se trouve bien loin du combat d'ALF, ne comprend pas nécessairement toutes les problématiques autour de cette multinationale, elle ne comprend pas tout ça. Pour elle, Okja est simplement un compagnon avec qui elle aime passé du temps, avec qui elle aime aller chercher des fruits et faire la sieste.
Derrière on retrouve pas mal de tête de connue : Giancarlo Esposito (Breaking Bad), Steven Yeun (Walking Dead) : lobbying d'AMC ? Et Lilly Collins qui tient un rôle très secondaire mais plutôt réussi. Enfin Paul Dano continue d'enrichir une filmographie déjà très éclectique avec un rôle de militant extrémiste pro-animal. Un extrémisme quelque peu éludé et un peu trop facilement expliqué par une forme de désobéissance civile nécessaire.
Le tout est accompagné d'une bande-son qui vole très très haut tout du long.

B. Joon-ho signe l'un des coups de forces les plus marquants de 2017. A la fois formidablement réussi visuellement, Okja dénonce avec une insolence et une subtilité déconcertante les travers de l'industrialisation et du concentrationnisme. A travers un conte au rythme enlevé et une histoire très imaginative, Okja porte un regard profondément critique sur la passivité citoyenne, le pouvoir de l'argent mais porte aussi une vision profondément positive de la capacité de chacun à prendre ses responsabilités. Ni pessimiste, ni optimiste, Okja compte sur nous pour lui donner tort et raison.

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