Dure réalité

Avis sur On achève bien les chevaux

Avatar Satané
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"On achève bien les chevaux" est un film coup-de-poing, exploitant la misère humaine historique aussi bien qu'a pu le faire le redoutable "Requiem pour un massacre", avec tout autant de tact sans avoir à montrer ouvertement tout acte de violence ; en le suggérant, au mieux.
Relatant ces marathons de la danse inhumains de la Grande Dépression, espèces de sociétés du spectacle de la mort de l'époque, le chef-d'oeuvre de Pollack veille à ne jamais prendre son temps & à ne jamais laisser ni les acteurs, ni les spectateurs, ni les téléspectateurs reprendre leur souffle. Malgré les petites pauses accordées, les participants à cette horreur ne se reposent jamais vraiment, on leur laisse simplement le temps de se rendre compte dans quel enfer ils se sont embarqués. En effet, la pauvreté est telle, ici, que de nombreux couples concourent des centaines d'heures durant, des semaines entières, les yeux cernés à outrance, la peau cadavérique, l'homme retenant la femme, & vice-versa, pour la modique somme de 1500 dollars. Le spectacle est désastreux, épuisant pour celui qui regarde le film, au même titre que pour ceux qui le pratiquent. Les pires scènes restent celles montrant les "sprints" que les participants doivent endurer : on y perçoit leurs visages qui souffrent (la femme enceinte), certains sont au bord de la mort (le vieux qui meurt...), la transpiration suinte de leurs cheveux.. C'est tout bonnement horrible, percutant, je n'ai que rarement été mis aussi mal à l'aise.
Tous deviennent fous, éradiqués par le manque de sommeil, par la fatigue corporelle, par la musique de cirque incessante & ironique, par l'entrain continu de ceux qui les regardent dépérir. C'est ignoble, c'est inhumain, & c'est la pauvreté qui les force à en venir à cet état anormal de déchéance.. Finalement Jane Fonda, déesse déchue tout au long du film, demandera à la fin de ce dernier de se faire achever par son partenaire, dont les yeux ne reflètent plus qu'un vide spirituel, personnage dont toute la substance vitale aurait été arrachée par la violence de cette épreuve, le barbarisme de celle-ci. La police lui demande la raison de son acte, crédule, & lui répond, très justement, & pourtant dans un accès de folie inexplicable : "on achève bien les chevaux, non ?". Jamais une phrase ne m'avait auparavant foutu une telle baffe, j'ai trouvé cela grandiose...

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