Histoire(s) du cinéma

Avis sur Once Upon a Time... in Hollywood

Avatar LilianCT
Critique publiée par le

(Contient des spoilers)

Le neuvième film de Tarantino (et peut-être son avant-dernier) poursuit l'évolution de son auteur et par conséquent divise un public pourtant longtemps acquis à sa cause. Surement conscient des limites propres à ses marques de fabrique (violence récurrente et stylisée, longues scènes de dialogue clamés par des acteurs remarquablement dirigés) qui ont trouvé leurs point d'orgue sur Django Unchained, Tarantino continue ce qu'il a entamé avec Les 8 Salopards, atténuer ses gimmicks afin de créer des mondes où peuvent vivre librement des personnages sous l'œil bienveillant de leur metteur en scène.

Le film nous fait suivre Rick (DiCaprio), ancienne figure héroïque et Cliff (Pitt, alter ego de Donald Shea), doublure de Rick et homme de l'ombre au passé trouble dans leurs tentatives de rester des figures importantes au sein du Hollywood de la fin des années 60.
Le film a pour seule intrigue la présence de Sharon Tate, dont le destin tragique suffit à donner un souffle dramatique au métrage.
Loin du portrait angélique critiqué par beaucoup, Tate est montré comme une actrice en quête de reconnaissance, dont la relation avec Roman Polanski est sous-entendue comme étant une relation intéressée au détriment des sentiments qu'elle éprouverait pour Jay Sebring. Cette quête va jusqu'à la conduire dans un cinéma où personne ne la reconnaît afin de voir un de ses films (The Wrecking Crew). Une scène particulièrement touchante où on voit Margot Robbie regarder la vraie Sharon Tate, le tout entrecoupé de scènes d'entraînements avec Bruce Lee, et on ne peut s'empêcher de réaliser la tristesse de la scène quand on voit Sharon se satisfaire des réactions du public envers un rôle pourtant des plus dégradants.

Pendant les près de deux heures de pellicules qui nous amèneront à la tragique nuit du 8 août 1969, Tarantino nous fait suivre la vie de ses deux personnages.
Rick cherche à donner un second souffle à sa carrière dans une industrie en pleine mutation. Il va demander conseil à Marvin Schwarz, interprété par Al Pacino, dans un rôle très méta (ce n'est surement pas un hasard si Tarantino a choisit un acteur phare du Nouvel Hollywood pour guider Rick dans sa carrière). Il va ainsi opérer à des changements et se conformer à une époque qu'il méprise et ira même jusqu'à tourner dans des westerns italiens, qu'il juge pourtant comme le fond de l'industrie cinématographique.

De son coté Cliff, ami fidèle de Rick déambule dans un Los Angeles magnifiquement recrée et peuplé par une impressionnante galerie de personnage. On y retrouve Bruce Lee dans un flashback nous éclairant sur la situation de Cliff, scène pleine d'humour où le mythe Bruce Lee est violemment remis en question, ce qui permet d'établir Cliff en tant que héros, en écho aux propos de Schwarz au début du film sur la nécessité de battre un héros pour en devenir un.

C'est à travers Cliff que Manson et sa famille s'immisce dans le récit : dans un premier temps lorsqu'il répare l'antenne de Rick et qu'il croise Manson dans sa seule apparition mais surtout à travers sa rencontre avec Pussycat qui amènera Cliff au Spahn Ranch, dans une séquence glaçante témoignant de l'aliénation de ce groupe, et plus globalement du désenchantement du mouvement hippie qui ne survivra pas aux années 60.
C'est également le moment où Tarantino va pour la première fois venger le réel par la fiction : le personnage de Cliff, inspiré par Donald Shea, un cascadeur qui a été assassiné par la famille Manson, va ainsi venger son alter ego en passant à tabac Steve Grogan, un des responsables de la mort de Shea.

Après deux heures passées avec ses personnages, Tarantino nous envoie, par le biais d'une ellipse, à la date du 8 août, où on retrouve Sharon Tate se baladant dans Los Angeles sous fond de 'Out Of Time' des Rolling Stones, annonçant l'imminence de la tragédie.

Tex Watson, Susan Atkins, Linda Kasabian et Patricia Krenwiekel se rendent à Cielo Dr. dans le but d'assassiner les résidents de la demeure Polanski.
Au cours d'un dialogue précédent les attaques entre les membres de la famille, Tarantino remet en question la version admise en émettant la possibilité que le réel commanditaire de ces assassinats soit Tex Watson et non Manson, dans un étonnant hasard du calendrier David Fincher et Joe Penhall émettent les mêmes questionnements quant à l'origine des meurtres dans l'épisode de Mindhunter consacré à Manson.
C'est à ce moment que Tarantino va déployer la puissance de la fiction par le biais d'un Rick complètement ivre qui va aller à la rencontre de la famille et les dégager de Cielo Dr. Conclusion trop simple, ils vont changer de plan et décider de s'en prendre à Rick dans le but de lui faire payer la promotion de la violence faite à travers ses films.

Tex et ses suiveuses se rendent donc chez Rick où ils retrouvent Cliff qui sous l'influence de la drogue n'en croit pas ses yeux, tout cela aboutit à un bain de sang surréel : coups de poignards, chien meurtrier et hippie écrasée contre les meubles. Le coup final sera porté par Rick et son lance-flammes, tout droit sorti d'une oeuvre de fiction, transformant ainsi la violence symbolique en violence réelle et mettant un terme à la menace que la famille exerçait sur nos héros et sur la réalité.

Déclaration d'amour pour une époque regrettée, manifeste sur le pouvoir de la fiction et ces intrications avec la réalité et surtout l'histoire d'une amitié entre deux marginaux, ceux que Tarantino met en scène depuis ses débuts, et qui par la force de la fiction, trouvent une place dans la lumière.

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