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Avis sur Parasite

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Un rapide coup d’œil à la liste des Palmes d'or rappelle à quel point il est rarissime qu'un film "de genre" décroche le trophée cinématographique tant convoité. A l'humble avis de la personne écrivant ces mots, ce n'est pas arrivé depuis le séisme Pulp Fiction il y a déjà 25 ans (quand même). Comme souvent, on ne pourra que constater le réveil un peu tardif pour célébrer certains réalisateurs/acteurs reconnus, puisque Memories of Murder et The Host n'avaient pas été retenus dans la sélection officielle du festival. C'est donc son 8ème film que nous allons détailler ici, marquant le retour en Corée de Bong Joon-ho, après être passé par une coproduction internationale et une exclusivité Netflix.

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Ce retour se fait par un film qui va disséquer, au travers d'un scénario malin et bien ficelé, les rapports de classe en Corée du Sud. Il est d'ailleurs étonnant de constater que le point de départ est très proche à de nombreux niveaux de la Palme d'or précédente, Une affaire de famille (une famille asiatique très pauvre, tassée dans un appartement miteux et exigu, cherche à survivre de petites combines en restant soudés). La famille de Ki-taek, joué par l'inénarrable Song Kang-ho, arrive à mettre le pied dans la porte des riches Park quand le fils doit remplacer un de ses amis étudiants pour donner des cours d'anglais à la fille des Park. Le rythme de la première partie est métronomique, avec le plan de la famille pauvre se déroulant à merveille et de façon assez jouissive, suivant quasiment la mécanique d'un film de casse. On sait d'emblée que tout cela n'est que temporaire, que le point de rupture approche inexorablement, le film nous ayant distillé les indices selon les codes du film d'horreur plus que du drame social à ce stade. Bong Joon-ho en profite donc pour disséquer durant cette première partie les tares de ces deux familles que tout oppose en apparence, sans tomber facilement dans les clichés sur les riches et les pauvres. Les Park ne sont pas nécessairement cruels et hautains, c'est plutôt le jeu de miroir entre les deux familles qui met en relief les différences criantes de préoccupations qu'elles peuvent avoir, tout en développant soigneusement les relations entres les différents personnages.

Quand l'évènement tant attendu provoque cette rupture (je ne le dévoilerai pas ici), on entre distinctement dans la deuxième partie du film, on entendrait presque les rouages qui accélèrent en coulisses à mesure que la tension monte et que les problèmes s'accumulent pour les personnages. C'est dans cette partie que s'empilent plusieurs séquences mémorables, où le talent du réalisateur pour mêler suspense à couper le souffle et humour visuel. On ne boudera jamais une production ambitieuse parvenant à allier pur divertissement et critique de société acerbe, pour autant si j'ai bien une chose à reprocher au film, c'est qu'au-delà de sa mécanique parfaitement huilée, j'attendais qu'il aille plus loin, surtout sur le second point. Les différentes métaphores sur la lutte des classes restent assez évidentes (les pauvres vivant dans un entresol d'un quartier miteux, littéralement sous les riches, se trouvant eux dans une maison d'architecte surplombant la ville), les interactions entre personnages sont tout à fait crédibles et promettent beaucoup, mais le jeu de massacre annoncé n'est pas aussi jusqu'au-boutiste que l'on pouvait attendre, que ça soit au propre ou au figuré. La résolution m'est en effet apparue un peu abrupte, et si la toute fin n'est pas dénuée d'émotion, je suis un peu resté sur ma faim. N'ayant pas vu le temps passer, je n'aurais pas été contre un film plus long qui aurait plus exploité la tension psychologique entre les deux familles.

Comme je le disais plus haut, on pourra arguer que cette première palme coréenne va plus à un film-somme pour son auteur (et le cinéma coréen récent) qu'à une œuvre réellement novatrice ou qui chercherait à casser les codes. On y retrouve la lutte des classes et le côté huis clos de Snowpiercer, le drame intime de Mother, la famille soudée de The Host, la comédie qui surgit au milieu du sérieux et du drame de Memories of Murder, et on pourrait intervertir certains de ces connexions. Si on rajoute une pincée de The Housemaid et une autre de Get Out, pour sortir du cinéma coréen, on a à peu près le tableau. Que dire de plus alors ? Pour moi cette simple énumération résume aussi bien les qualités que les limites du film, on a un pot pourri de bonnes influences réglé comme un coucou suisse, qui pourra plaire autant aux amateurs de cinéma coréen que de films de genre ainsi qu'au grand public (ce qui reste relativement rare pour une Palme), mais à mon goût ne transcende pas les différents thèmes qu'il aborde comme avaient pu le faire Memories of Murder et The Host, je n'y vois donc pas son film ultime. Ceci étant dit, contrairement à ce que pourrait laisser croire le ton de la critique, le film est bourré de qualités et c'est évidemment à voir au cinéma, à revoir avec plaisir même. Je ne peux simplement pas dire qu'il m'aura mis une claque ou m'aura laissé penseur pendant plusieurs jours comme certains de ses prédécesseurs, que ce soit côté Palme d'or ou chez Bong Joon-ho.

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