La maison de la réussite, mais quelle réussite ?

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Tout leur paraît facile d'abord, et la première partie du film voit cette famille de misérables issus des ghettos en sous-sols de la ville, pénétrer dans un univers social aisément. Et pas nimporte comment, par une duperie consistant à se jouer des craintes de la haute-bourgeoisie : hygiénisme, cours particuliers, nombrilisme infantilisant considérant l'enfant comme le roi du monde.
La famille parvient donc à se hisser à un niveau de vie tout à fait honorable, générant des revenus confortables. Mais la duperie ne dure jamais longtemps.
Ce que j'ai beaucoup apprécié, c'est le face à face violent entre les deux "gouvernantes", les deux familles prêtes à tout pour parvenir. Le portrait de l'ancienne gouvernante hébergeant son mari dans le sous-sol bunker de la maison souligne toute la misère du couple. Dans une société sud-coréenne où les inégalités font froids aux yeux, on voit ce couple qui a dû se séparer pour cause de dettes, et vivre à la petite semaine, le mari mangeant un jour sur deux.
Finalement, cette maison est métaphorique : elle représente la société sud-coréenne : en bas, les pauvres, et en haut, les hauts-bourgeois, totalement aveugles devant la misère qui habite leur propre demeure...
Ces bourgeois, aveugles, mais pas que, ils sont aussi pétris de préjugés (ce côté caricatural est à moins sens un point faible du film). Leur habitus bourgeois les a conditionné à ne juger les gens qu'à travers leur "diplômes" et à s'arrêter à un jugement purement sociale, et non humain. Ainsi, pour le mari, une bonne gouvernante, un bon chauffeur, ce n'est pas un homme auquel il va se confier sur ses sentiments amoureux, mais quelqu'un qui sait garder la bonne distance, et ne pas "franchir la ligne". Cette ligne, invisible, entre les "serviteurs" les pauvres, et eux, qui ont le pouvoir.

Jusqu'à ce que cette ligne soit franchie, après l'énième geste de mépris devant le "bruit et l'odeur" de ceux qu'on ne regarde que comme "au service de soi", de ceux dont on ignore tout (même qu'ils cachent deux personnes dans votre sous-sol) par un coup de couteau en plein coeur.

Voilà, j'ai adoré ce meurtre en apothéose : meurtre qui signe la solidarité des "méprisés", puisque le père venge l'"autre" mari, méprisé, qu'il va d'ailleurs remplacer dans le sous-sol ensuite.

Bref, tout cet enchaînement de cause à effet qui mène, au bout du conte, à une dissolution de la famille. Alors, une interrogation demeure : le héros (le fils) va t-il enfin trouver le chemin de la réussite en ne cédant pas aux chemins "faciles" de la duperie. Réussir, comme il le désire, dans cette société inégalitaire, est-ce possible ? Et à quel prix ?

Le plus beau plan est pour moi le retour de la famille dans leur sous-sol, après une nuit cauchemardesque. Ils rentrent à pied, sous la pluie diluvienne qui bat le pavé, et qui rappelle que la nature reprend ses droits. La nature à travers l'élément aquatique va tout emporter : leur foyer misérable, mais rempli de souvenirs (une médaille, un caillou) est inondé. C'est comme si l'eau venait rappeler l'éphémère de chaque chose, tout en en soulignant la profonde importance. Leur foyer, ce n'est rien, mais c'est tout.
La descente des marches sous la pluie, c'est comme revenir à cet état de misérable, et à la fois à un état de pure humanité : l'eau les mouille et les lave de leur "péchés", ils ne sont que des hommes ayant joué avec le feu, et s'étant un peu brûlés. Enfin, la symbolique de l'eau dans le film est vraiment puissante, au-delà d'un élément ô combien esthétique.

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