L'oeuvre la plus sous estimée d'Oshii?

Avis sur Patlabor

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[ ATTENTION AUX RISQUES DE SPOILERS ]

On a pris l'habitude de placer Patlabor 2 devant son aîné ce qui n'est pas une place volée disons le clairement. Pourtant j'en viens tout de même a élever le premier film au rang de meilleur épisode de la trilogie des Patlabor et je vais tenter de dire pourquoi.

Dans le vaste de monde de l'animation japonaise il est difficile de classer Patlabor premier du nom dans une catégorie bien définie. Polar? Science Fiction anticipation? Animé de mechas? D'ailleurs j'aurais tendance à tout de suite l’écarter de cette dernière catégorie malgré le fort a priori contraire. Pourquoi ? :

Premièrement les Robots.

En effet je ne classerais pas Patlabor 1 dans la catégorie « animés méchas » comme pourrait le laisser entendre le titre et l’affiche ciné. Tout simplement parce qu’ici les Robots n’ont pas le premier rôle contrairement aux Eva ou aux Gundam. Premier pied de nez de la part de l’auteur envers le spectateur. Les Labors sont relayés au second plan voir au troisième, ils ne sont pas au centre du nœud scénaristique du film et n’en constituent qu’une attraction secondaire. Cela s’explique par le fait qu'ils ne sont que des « outils » de travail, d’ailleurs leurs appellation de "Labors" est bien là pour marquer cet état de fait. Il en ressort qu’ils n’apparaissent que très peu à l’écran (au tout début et à la fin du film). C’est déjà un des éléments que je mettrais au crédit de Patlabor 1 et qui le place déjà au-dessus de certains films/animés du genre ou les robots et autres méchas prennent une place beaucoup trop importante au point de faire de l’ombre aux personnages centraux et à l’histoire.

En suite beaucoup reprochent à Patlabor 1 sa "première partie" qu'ils qualifient de lente et inintéressante. C'est un fait, le premier tiers peut paraitre lourd et banale sur certains points mais au risque d'en surprendre plusieurs, cette direction narrative est selon moi un point fort du film!

Oui c’est lent, oui il y a quelques passages qui peuvent paraitre grotesques, oui il y a des scènes banales etc. Mais c’est justement cette lenteur et cette banalité qui dans mon cas m’ont permis d’entrer progressivement dans l’histoire et d’être attentif à l’intrigue. Pour rappel Patlabor 1 (tout comme les deux suivants) nous décrit une enquête policière. L’auteur prend donc le temps de placer les pions et les composants scénaristiques qui feront avancer le schéma d’investigation. Et pour ça il a utilisé un procédé narratif peut-être peu ingénieux (vu qu’il n’a pas fonctionné sur tout le monde) mais qui dans mon cas avait complètement réussi à faire son œuvre. Je veux bien évidemment parler de cette alternance de rythme dans la composition narrative du film. Ca commence avec cette introduction ultra dynamique et soutenue durant laquelle un commando de l’armée engage le combat face à un Labor hors de contrôle dans une forêt dense et en pleine nuit. Combat d’une violence rare ou l’on voit la machine de plus en plus criblée de balles au fur et à mesure que les soldats lui tirent dessus et qui rappelle dans sa façons de se mouvoir un animal sauvage abattu par des braconniers… S’en suis une scène percutante ou l’on s’aperçoit qu'après l’avoir abattu, le cockpit du Labor est vide… Ce qui renforce le sentiment qu’il s’agit de quelque chose de bien vivant (le tout accompagné d’une musique qui maintien la tension)… Et cela vient complètement en contraste avec le reste du film ou comme je le disais plus haut les Labors sont apparentés à de simples machines, des grues de chantiers ou véhicules de police…

Alternance de cette intro super rythmée qui précède ainsi ces phases lentes et calmes, très contemplatives ou l’enquête se pose et dont les détracteurs reprochent l'inutilité dans l'histoire mais qui pour moi n’a d’autre but que de nous placer du de point de vu de l’antagoniste principal, Eiichiro Hoba et de nous donner «sa» vision des choses… Procédé intelligent étant donné qu’il n’apparait jamais à l’écran (excepté lors de cette courte ouverture d'une beauté glauque et captivante avant l’intro ou l'on aperçoit a peine une partie de son visage). Selon moi toute la force de Patlabor premier du nom réside dans ce personnage qui est sans aucun doute la donnée essentielle de l’œuvre. Personnage qui meurt avant même que l’histoire débute mais qui parviendra tout de même à atteindre son objectif en réussissant (au moyen d'un plan étudié à la perfection) l’exploit de piéger les héros de l’histoire post mortem. Et ca c’est fort !

Pour ma part je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un « méchant » que ce soit au cinéma ou dans l’animation, atteindre en fin de parcours le but qu’il s’était fixé…Et à fortiori après son propre suicide !!! Hoba de Patlabor 1 est le seul. D'autant plus que son plan sera mené à terme par les personnes même qui sont justement sensés l’empêcher de nuire (en l’occurrence la deuxième section dirigé par Goto). C'est quand même un coup de théâtre hyper astucieux qu'on ne voit pas souvent...

Même si on ne le voit jamais, qu’on ne l’entend jamais parler et qu’on ne connait même pas son visage (ce qui renforce le sentiment qu’il s’agit d’un être vraiment mystérieux) et qu’on ne le connait que par son suicide au tout début du film, l’auteur arrive à nous faire une description de lui vraiment originale et que je n’avais encore jamais vu ailleurs dans quelques œuvres que ce soit. Il parvient à nous faire connaitre ses sentiments, ses goûts, ses motivations et même ses doutes métaphysiques sans le faire apparaitre à l’écran mais au travers par exemple de ces passages méditatifs et rêveurs durant les investigations des deux inspecteurs dans les anciens quartiers délabrés, mais aussi par les rapports d’enquêtes ou encore lors des déductions du Capitaine Goto songeur et lui-même admiratif d’Hoba d’une certaine manière! Avec ce personnage Oshii donne une véritable leçons à ses confrères pour ce qui est de la confection d’antagonistes fort et énigmatiques symbolisée par cette magnifique scène à la fois surréaliste et terrifiante avec les corbeaux aux yeux rouges encerclant Noa sur le toit de l'Arch!

J’avouerais aussi que j’ai personnellement été touché par la critique d’Oshii sur l’urbanisme sauvage opéré dans Tokyo au travers de l’Arch et renié par Hoba. Une critique admirablement menée et qui brille par cette mise en abîme da la Tokyo moderne et la ville métaphorique de Babylone ou l'on voit que l'auteur s'amuse a utiliser l'ancien testament comme grille de lecture des sinistres dessins d'Hoba (rappelons qu'Ohsii aime bercer son publique dans des références philosophiques et métaphysiques et c’était déjà le cas pour Patlabor 1, ce qui le place tout à fait dans la droite lignée des autres productions du maitre). Sans oublier le petit clin d’œil pour les fans de GITS, par le biais du système d’exploitation SHO (babel) inventé par Hoba qui n’est rien d’autre que « l’ancêtre spirituel » du Puppet Master…

Alors oui il y a peut-être des défauts dans Patlabor 1, mais qui pour la plupart peuvent facilement se transformer en points positifs selon nos petites affinités particulières. Je ne dis pas que ce film est parfait ou qu'il est le meilleurs de Mamoru Oshii mais je le classe incontestablement dans le haut du panier pour son ambiance, son enquête policière, ses quelques personnages aux caractères bien trempés et superbement doublés en francais (le Capitaine Goto, l’inspecteur Matsui, l’opérateur Noa que j’ai trouvé touchante dans sa simplicité et sa naïveté) ou encore dans sa critique de l’urbanisme brut et indompté, mais surtout pour Eiichiro Hoba son antagoniste principal.

Sans parlé du superbe combat final entre Alphonse et le Labor Zero sur fond de levé du soleil en pleine mer pour clore cette belle aventure de la deuxième section des véhicule spéciaux (peut être aussi ce qui aura manqué à Patlabor 2...).

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