Le cas Nicolas Cage : nous étions pourtant prévenus.
Soyons honnête, je n’aurais jamais accordé un regard à ce film s’il n’était signé par l’un des géants de l’histoire du cinéma, dont la carrière est décidemment un bien grand mystère.
L’idée, réexploitée depuis avec de plus grands bonheurs, d’un retour dans le passé est un point de départ pour le moins séduisant. Il occasionne une bonne tranche de nostalgie de tonton Coppo, qui revit une fois encore cet âge d’or du teenage des 60’s. Si quelques menues scènes (la grand-mère au téléphone, les retrouvailles avec la sœur) semblent générer des embryons d’émotion, le tout se noie très vite dans une ineptie assez généralisée. Sans enjeu, sans épaisseur, le carton-pâte passéiste décline l’imagerie traditionnelle d’une galerie qui semble être un quartier de Disneyland. Mais le récit conduit en outre à une morale assez intéressante : notre femme mure dans un corps de lycéenne aura fait l’erreur de s’affirmer sexuellement ou d’aller goûter ailleurs du côté du beatnick pour mieux savourer le retour à la norme, à savoir un mariage à 18 ans et un pardon serein à la vie de merde qui l’attend, adultère et frustration au bout du tunnel temporel.
Non, la valeur de ce film est ailleurs. Elle nous conduit aux racines du mal, c’est un document d’archives précieux qui nous avertissait très tôt des ravages à venir.
Nous avons sous les yeux l’un des premiers grands rôles de Nicolas Cage.
Dès l’origine, sa coiffure est une flaque de vomi sur l’autel du brushing.
Sa première apparition, séminale, concentre toute la carrière future de la star : surjouer une descente d’escalier n’est pas donné à tout le monde.
Atrocement grimé lorsqu’on veut lui donner 40 ans, il chuchote et distend ses yeux de cocker fétide en bon père de famille lessivé par la vie et ses épaulettes crème.
Mais c’est bien là le moindre des maux : jeune, le voilà affublé d’une voix de castra au gasoil éreintant chacune de ses répliques.
Le silence comme solution ?
Non.
Cage, lorsqu’il ne parle, joue encore. L’inflexion ne faisant pas partie de son vocabulaire, c’est un stretching facial constant, faisant passer The Mask (Jim Carrey fait par ailleurs aussi ses débuts ici, éclipsé cependant par ce prestigieux jeune premier) pour un pasteur danois chez Dreyer. Il faut voir ces simples échanges où on lui parle, et où sa tête dodeline, sa bouche entrouverte tel un demeuré, marquant, apparemment, les émotions de son personnage.
https://www.youtube.com/watch?v=Z0vDnjyyXOY&feature=youtu.be&t=28s
Il fallait, à l’époque, avoir le courage de se lever et de dire « Plus jamais ça ».
Personne ne le fit.
Mais nous savions.
Cruelles leçons que celles de l’histoire et de ces erreurs dont nous n’apprenons rien : une prise de conscience aurait pu nous éviter sa carrière, et celle de James Franco.
Un petit florilège : https://www.youtube.com/watch?v=Z0vDnjyyXOY