Sous le ciel de Paris

Avis sur Playtime

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Depuis la découverte des Vacances de M. Hulot il y a peu, Jacques Tati est un de ces créateurs singuliers dont les œuvres m'intéressent beaucoup et parviennent à me happer dans leur petit monde sans difficulté. J'ai attendu avant de me lancer dans le visionnage de Playtime, chaudement recommandé par un professeur de cinéma de mon université. Et l'attente a valu le coup !

Playtime est l'un de ces films qui sont tout de suite marquants. Dès le début, le long-métrage dévoile son identité si particulière, qui rappelle fortement l'atmosphère de Mon Oncle, mais qui s'en affranchit pour proposer quelque chose de nouveau et de beaucoup plus ambitieux. Tati ne se contente plus d'une maison moderne. Il lui faut un nouveau terrain de jeu : il choisit une ville.

Le pari est risqué, mais difficile de rester indifférent face à l'entreprise. Le film est une véritable merveille esthétique. Malgré un gris tenace dominant la plupart des scènes, les couleurs ne ressortent que mieux et apportent la vie qui semble manquer à ce drôle de Paris futuriste et cosmopolite faisant presque figure de prolongement naturel de l'aéroport. Certains plans fixes sont incroyables, parvenant à sublimer le mouvement contenu à l'intérieur du cadre, que ce soient les gesticulations pressées des employés ou les déambulations des touristes. Et au milieu, on prend plaisir à suivre la silhouette maladroite et attachante de Tati, qui évolue avec une sorte de grâce angélique au milieu de ces décors monumentaux du Paris de demain -qui n'est pas sans me rappeler Le Procès d'Orson Welles, tout aussi brillant visuellement, de par le gigantisme de l'environnement et l'insignifiance du protagoniste.

De fait, découvrir le film aujourd'hui donne presque l'impression de regarder un miroir idéalisé de notre époque. Les tours de verre, les grands magasins et les anglicismes omniprésents m'ont, du moins, fortement fait penser à certaines choses très actuelles.

Si Playtime dresse un portrait assez peu flatteur d'une société de consommation encore en plein essor, on y retrouve une douceur, une tendresse chères à Tati que l'on voyait déjà dans Mon Oncle. Les petits moments d'humour prêtent souvent à sourire et à se moquer gentiment de tous les personnages qui peuplent la ville-monde de l'avenir, en proie à une agitation constante. Le paroxysme étant la longue scène du restaurant, comme si cette agitation ne pouvait plus se contenir, se traduisant par un enchaînement de maladresses et de gags physiques sur fond de musique énergique.

Au point de vue sonore, justement, la mise en scène est là encore de grande qualité. La musique n'est pas omniprésente, mais elle sait accompagner à merveille l'atmosphère du film. C'est davantage le bruit que Tati sublime : il y a les bruits de pas dans le hall de l'aéroport, les conversations qu'on n'entend qu'à moitié, et ces sons plus insolites qui parsèment le parcours du sympathique M. Hulot...

Un beau film, grisant et touchant, qui laisse le sourire aux lèvres.

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