Un cochon bien pudique

Avis sur Porco Rosso

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A quoi reconnaît-on une grande œuvre du cinéma ? Eh bien, c’est quand il ne se passe pas grand-chose mais que l’on a envie que cela dure. Ce peu est jouissif. En gros dans Porco rosso (Cochon rouge vif), il se passe trois choses : la récupération des otages, la réparation de l’hydravion et le duel avec l’amerloque. Mais l’atmosphère est tellement émouvante et drôle que cela a pris de part chez moi.

Commençons par ce second point, l’œuvre est hilarante grâce à l’idée de base : un halouf meilleur pilote au monde d’hydravion, affublé d’une subtile moustache et qui a un penchant certain pour la pignole et la picole (ça rime). De cela, le comique peut se répandre à tour de bras avec facilité, on a donc le droit à des : « Il y a un mandat contre toi [...] pour exhibitionnisme porcin » ou encore à « Marco tu vas finir en rôti de porc ». Mais l’humour ne vient pas que de cette idée qui favorise le décalage, non, le décalage est partout. Des petites filles amusées d’être kidnappées, incroyablement à l’aise et indépendante, à l’équipe de femmes de l’atelier de réparation d’hydravion de Piccolo, avec en prime une jeune génie Fio, éprise à la fois d’hydravion et de Marco qui doit avoir deux fois son âge.

Mais l’écart ne s’arrête pas là car l’œuvre se paye le luxe de mettre en premier plan des légèretés de dessins animés sur un fond d’horreur de la montée du fascisme italien des années 20 et la tourne même en dérision.

Le film est aussi émouvant car contrôlé dans les sentiments mais pas dans la poésie. Marco est un personnage entouré de mélancolie et de réserve dans l'aspect qu'il renvoie, mais aussi très pudique : bien qu’il ait deux très belles femmes à ses pieds, il choisit de continuer sa vie seul par peur de décevoir, de rendre triste et par risque de mettre en danger celle qu’il aime. Il a un cœur gros comme ça, préférant faire perdurer ses rêves de relation amoureuse plutôt que de prendre l’amour à bras le corps, peut-être par honte de lui-même. Pourtant ! Quand il est amoureux, il retrouve sa forme humaine. C’est l’amour à son paroxysme qui est le contre sort du charme cochonisant qui lui a enlevé tout charme humain. En échange de cette métamorphose, il a pu rester en vie durant un moment particulièrement périlleux de la première guerre mondiale : tu peux continuer à vivre, mais tu vivras seul et sans l’amour de tes proches en souvenir de tes camarades tombés au combat qui n’ont pas eu le droit à cette seconde chance, que tu as mérité pour avoir été le dernier de ton escouade à être en vie. Ainsi on est tiraillé entre rires et pincements de le voir accepter la solitude. Son aspect lui rappel constamment le passé et il n’a pas de futur car toujours en fuite du gouvernement qui cherche à l’éliminer, il est condamné à vivre dans le présent se contentant de plaisirs simples et éternellement ponctuels.

Alors certes, la fin est abrupte et un peu trop ouverte pour certain, mais quand on est enchanté par tant de poésie, nul besoin de rationnel, on se laisse juste guider par la mélodie du générique de fin qui nous sort progressivement du monde façonné par Miyazaki à la fois dur et onirique.

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