Un film trop ambitieux

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Avatar Floridjan
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Ce film présente beaucoup de qualités : une atmosphère underground bien rendue (belle photographie des personnages éclairés par la seule lumière des néons rouge ou bleu), un contexte social (la vie en foyer et les bullshit job d'un coté, la menace d'expulsion de l'autre) et artistique (le voguing) convaincant, des acteurs et actrices charismatiques, seconds rôles comme personnages centraux.

Qu'est-ce qui fait que je n'ai pas aimé le film ? que j'ai fini par m'ennuyer, trouvant le temps long (alors que le film ne dure qu'1h34) et regardant ma montre ?

L'histoire d'amour n'est sans doute pas assez incarnée. J'ai plutôt adhéré assez facilement à la fascination de Paul, petit blanc venu de Pittsburg et se retrouvant SDF à New york, pour le groupe de sympathiques vogueurs, jeunes noirs homosexuels au centre desquels se trouve la belle Wye, bien que cela m'ait laissé interrogatif tant les deux univers que renvoient les personnages semblent éloignés l'un de l'autre (mais on ne sait pas grand chose de Paul et de sa vie d'avant, excepté qu'il est en liberté conditionnelle pour avoir fait des conneries).

Par contre, la brusque volte face de Paul qui accepte finalement plutôt très facilement le fait que sa nana soit en réalité une trans, malgré un rejet brutal au démarrage, est assez inexplicable, trop rapide pour être crédible (il doit s'écouler dix minutes max entre le rejet et l'acceptation), mais le scénario ne souhaitait surement pas s'appesantir là-dessus, ce n'était pas le sujet. Ou plutôt ce n'était qu'un sujet parmi de nombreux autres. Dommage.

Il m'a manqué quelque chose pour vraiment croire à cette histoire d'amour et à ce conflit qui agite le personnage qui va devoir tôt ou tard choisir entre le groupe du pote qui lui a tendu la main au moment où il en avait cruellement besoin, mais qui le force à effectuer un travail dont il a honte, et la "maison" qu'il souhaite intégrer, où curieusement il se sent à sa place malgré sa différence avec le reste de la "famille" et où vit la femme qu'il aime.

Peut-être le film se lance t'il dans trop de sujets à la fois sans vraiment approfondir aucun, et de ce fait nous perd un peu : quasi documentaire sur le voguing filmé caméra à l'épaule, histoire d'amour à la Roméo et Juliet menée au pas de charge alors que tous les ingrédients sont là pour que ce soit très compliqué, personnage central type anti-héro perdu au milieu de ses mensonges (la présentation de sa copine à son pote, au cours de laquelle il se trouve contraint de mentir au deux en même temps, avec des mensonges différents, au risque de se faire griller, m'a paru la meilleure scène du film), conflit cornélien : la nécessité de devoir choisir son camp entre deux mondes antagonistes : les potes du foyer détestent les homosexuels et expulsent les mauvais payeurs, dont font partie Wye et sa famille de cœur.

On voit arriver très vite la grosse ficelle qui mènera un jour le groupe d'expulseurs à l'appartement des vogueurs. Ficelle trop grosse que l'on repère dès le début du film et qui manque de subtilité. Paul se retrouve obligé de faire un choix parce que brutalement mis au pied du mur par une facilité scénaristique plutôt que par un cheminement interne.

Je n'ai pas compris pourquoi Paul s'est enferré dans un mensonge sur sa situation sociale vis à vis de sa copine, elle même dans une situation sociale difficile (la meuf est menacée d'expulsion, elle ne se serait peut-être pas formalisée d'être avec un mec qui vit en foyer d'accueil). Alors que tout les sépare, cette proximité sociale aurait pu les rapprocher. Au lieu de cela, les mensonges de Paul menace de les séparer. Pas d'explication là-dessus. Les décisions de Paul demeurent très énigmatiques, peut-être même pour lui aussi (ce n'est pas inintéressant mais là encore c'est un aspect noyé parmi les autres).

Bref, beaucoup de sujets passionnants mais sans doute pas assez approfondis, car trop nombreux et trop complexes pour pouvoir être traités superficiellement.

Ainsi, malgré ses qualités, le film a finit par me laisser sur le trottoir, comme ce pauvre Paul, personnage trop ambiguë pour être véritablement attachant.

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