Poucelina, le conte de fées de Don Bluth

Avis sur Poucelina

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La découverte d’un dessin animé de Don Bluth et de son fidèle compère Gary Goldman est toujours remplie de promesses, le duo ayant été l'un des rares concurrents des studios Disney dans les années 1980-1990.

Après la rococo rockomédie Rock-O-Rico, Poucelina aborde des rivages plus connus, celui de l’adaptation d’un conte de fées d’Andersen, mais avec une fantaisie qui dissipe quelques aspects trop mièvres.

Car Poucelina, comme toute bonne jeune fille, est née dans une fleur, littéralement. Pas plus grande qu’un pouce, d’où son nom, elle est élevée par une vieille dame dans une ferme où tous les animaux sont ses amis. Mais sa petite taille l’interroge et la complexe, elle se sent seule. Un beau soir, le prince des fées s’arrête à sa fenêtre et fait sa connaissance. Ils s’aiment, c’est certain.

Mais elle est enlevée le lendemain par un crapaud pataud pour la marier, puis se retrouve dans d’autres situations, poussée à faire ce qu’elle ne veut pas, parfois manipulée, parfois qui accepte de guerre las. Poucelina peine à rentrer chez elle, les pièges sont toujours sous ses pas. Elle peut compter sur Jacquimo, oiseau au grand coeur, belle création esthétique entre le moineau et l’arlequin, pour l’aider, tandis que, sans qu'elle le sache, le prince est à sa recherche.

La morale du conte originel d’Andersen, plus connu chez nous sous le nom de Poucette, avait été jugée ambiguë par ses contemporains, pas assez affirmée. La production de Don Bluth Ireland Ltd. conserve cet aspect, et peut-être peut-on lui reprocher de ne pas avoir mieux affirmé son message.

Poucelina peut rêvetir les atouts d’un conte de fée traditionnel, où l’amour est plus fort que tout. La petite femme haute comme trois noisettes n’a guère son mot à dire dans les évènements qu’elle subit, et malgré tout le rocambolesque de ces situations, son comportement un peu effacé crée une certaine gêne, mais aussi l’amorce d’une réflexion.

Peut-être est-il possible d’envisager l’histoire de Poucelina sous un angle féminin moderne, et notamment de ce poids de l’environnement qui pèse contre elle. En dehors de son foyer et de son prince, et de quelques amis, tous les personnages rencontrés ont une idée du rôle que Poucelina doit jouer, le plus souvent femme à marier, mais aussi créature chantante, puisqu’elle est jolie et qu’elle a un don pour le chant. Notre petite héroïne peut négocier ou protester, cela ne change souvent rien, elle sera alors manipulée, parfois même kidnappée.

Don Bluth et Gary Goldman ayant déjà utilisé des personnages féminins forts, à l’image de la mère courage de Brisby et le Secret de NIMH ou de l’aventurière Anastasia en 1997. Cette fois ci Poucelina est une héroïne malgré elle, plus victime que responsable de ses choix. Ils démontrent alors que la condition de la femme n’est pas toujours de son ressort, que l’environnement peut-être une chance, mais aussi constituer des barrières.

Le spectateur ne le perçoit peut-être si facilement, car Poucelina reste un film familial, avant tout destiné à nos charmants enfants. Sa structure, de rencontres en rencontres, de péripéties en péripéties, renouvelle le rythme du film, celui-ci n’hésitant pas à user de passages musicaux hauts en couleurs. Barry Manilow est en charge de cette bande son, l’artiste n’est guère connu de ce côté ci de l’Atlantique, mais ses disques se sont vendus à plus de 75 millions d’unités et il a collaboré avec de nombreux musiciens et chanteurs. Ses compositions pour Poucelina sont accrocheuses, et la naïveté des paroles des chansons n’est guère regrettable, le tout s’écoutant comme une agréable sucrerie. D’ailleurs, si la version française est de qualité (la voix française de Jaquimo, chaude et chaleureuse, par Michel Elias est excellente), le doublage original le surpasse de loin, il faut le privilégier.

L’adaptation de Don Bluth si elle reprend les grandes étapes du conte les enrobe avec une belle fantaisie. Le crapaud fait maintenant partie d’une troupe de cirque, dont le numéro musical aux forts accents espagnols et à la rythmique aux danses du soleil fait taper du pied. Baltringue, hanneton vil mais amusant, enlève Poucelina pour en faire un numéro de cabaret, accrocheur mais voyeuriste et avilissant. Une autre séquence, inédite par rapport à l’oeuvre d’Andersen, est un beau moment de tension, avec Poucelina emportée par les eaux, quasiment impuissante, où le fracas des eaux est bien rendu, l’angoisse bien présente.

Ce n’est guère une surprise, car le film est une production ambitieuse, à l’animation soignée, à l’esthétique recherchée. Don Bluth semble vouloir retrouver la magie de l'Âge d'or Disney et de ses contes de fées, beaux et envoutants. Si Poucelina possède des mouvements copiés sur ceux des humains, qui en révèlent aussi toute sa sensibilité, ses compagnons et menaces sur la route ont ce trait cartoon et cette palette de gestes amplifiée qu’on retrouve aussi dans les productions de Disney des années 1970 et 1980. Ce qui n’est guère un hasard, Don Bluth et d’autres ayant été formés chez la firme aux grande oreilles et au gros carnet de chèques. Certains décors sont magnifiques, le Paris moyenâgeux de l’introduction est fabuleux, les détails sont nombreux, les couleurs bien choisies.

Malheureusement, comme d’autres films signés Don Bluth à cette époque, le film fut un échec commercial. Ses allures de conte de fées faussement désuet quand Disney de son côté renouvelait son catalogue a pu jouer contre lui, alors que le film est lui aussi rempli de fantaisie. L’ambiguïté de son message a pu être mal comprise. Mais de nos jours, Poucelina peut s’analyser sous de nouveaux angles et s’apprécier pour ses qualités certaines. Il est inutile de le bouder à nouveau.

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