Déserts blancs et boyaux glauques

Avis sur Priest

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Coincé entre les sorties de "Fast & Furious 5" et de "Pirates des Caraïbes 4", "Priest" risque de passer à côté de son public. Ce serait dommage. Cette histoire sait faire converger plusieurs thèmes porteurs: l'opposition entre une ville totalitaire baignant dans une idéologie lénifiante (ici, une Eglise chrétienne - mais la démocratie droit-de-l'hommiste sécrète des opiums analogues) et une nature sauvage non seulement par son décor, mais par la primitivité de ses habitants (invasion de vampires, dont la morphologie hésite entre Alien, les dinosaures, et des formes plus traditionnelles de locataires d'antres souterrains, familiers des films d'horreur); cette opposition est accentuée par le caractère hyper-industriel et vertical de la ville-cathédrale, hérissée de cheminées fumantes - pour quelle industrie, et avec quel combustible dans ce désert ?

Autres thèmes: celui du héros en rupture avec l'ordre imposé, qui, par sa lucidité et son courage, va sauver une humanité inconsciente et endormie sous l'effet de ses sermons religieux rassurants. Celui des prêtres-guerriers (thème oriental, curieusement concilié avec un christianisme réputé pacifiste), qui nous change des récitations hypnotiques de bondieuseries inopérantes, seul rôle traditionnellement supposé au clergé en Occident.

Les relations entre les personnages principaux, réduits au minimum, sont assez intenses pour que se forment des couples aux relations ambiguës, et aux motivations parfois contradictoires, d'où des moments de tension entre eux.

Autre qualité: le mélange réussi entre des références narratives de nature fort variée: le thriller mystique, le western (avec un beau pistolero à chapeau), le couple en soutane qui rappelle "Matrix", les boyaux ovales et glauques creusés dans les entrailles de la Terre (la "ruche" des vampires, que je jurerais avoir visitée), la confrontation éternelle entre l'humanité et le Mal, et les amours plus ou moins possibles, plus ou moins réprimées.

Les décors sont très travaillés, entre la ville-cathédrale intestinale, où les habitants vivent à couvert derrière des murailles titanesques, les galeries souterraines, issues de l'action fouisseuse de créatures immondes, les statues et les montagnes inclinées qui servent de bornes dans le désert, le désert lui-même, incroyablement plat et blanc.

Gros travail sur les couleurs copieusement désaturées, souvent proches du noir et blanc, les poussières, les perspectives et les symétries.

Paul Bettany joue son Jason Statham sans se surmener sur les expressions faciales. Christopher Plummer semble un peu raide dans son fanatisme lénifiant de chef d'Eglise tyrannique. Christopher Young a réalisé une jolie bande musicale, bien construite, avec des emprunts au "Requiem" de Verdi.

Par contre, j'aimerais bien que, de temps à autre, la 3D serve à autre chose qu'à payer 2 euros de plus et à flouter l'image. Ici, à part quelques reflets de soleil et quelques débris d'explosion, on aurait pu s'en passer.

La fin du film suggère l'attente d'une suite.

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