Le dessin animé qui flirte avec l'excellence

Avis sur Princesse Mononoké

Avatar Sébastien Decocq
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Si tout le monde connait aujourd’hui Hayao Miyazaki, il n’en a pas toujours ainsi. Et pour cause, le célèbre cofondateur des studios Ghibli n’a connu le succès en Occident qu’en 1999. Alors qu’il avait déjà à son actif Nausicaä, Le château dans le ciel, Mon voisin Totoro, Kiki la petite sorcière et Porco Rosso. Cette soudaine renommée, il le doit à Princesse Mononoké, qui a dû attendre 2 ans (sorti en 1997 au Japon) pour être reconnu par la Terre entière. Offrant à Miyazaki le titre de maître de l’animation mondial. Retour donc sur ce bijou qui traverse et traversera les âges.

Pour ce dessin animé, Hayao Miyazaki nous plonge dans le Japon médiéval. Où l’on suit le parcours d’Ashitaka, un prince qui, après avoir battu un démon, se retrouve rongé par celui-ci et se doit de partir en quête de guérison. Sur le chemin, il va être le témoin de diverses batailles, qui voient affronter les hommes et la nature (représentée par des animaux de taille assez gigantesque). Et surtout, son destin va croiser celui de San, une jeune fille élevée parmi les loups et qui voue une haine sans pareil à l’humanité.

Une simple histoire de princesse, ponctuée par un amour entre Roméo et Juliette (2 clans : les humains et la nature), sur fond de batailles pour juste relever un peu le niveau du divertissement ? Sur le papier de n’importe quel dessin animé, peut-être. Mais là, ce n’est pas un quelconque film d’animation ! Pour ceux qui connaissent bien l’œuvre de Miyazaki, ils savent bien que le réalisateur ne fait pas dans la simplicité. Et en voyant Princesse Mononoké, vous verrez qu’un dessin animé peut se montrer amplement supérieur à un film classique. Aussi bien dans le fond que sur la forme !

Dire qu’il a fallu à Miyazaki d’une visite dans l’ancienne forêt de Yakushima pour avoir l’inspiration. Une idée qui donnera naissance à l’un des scripts les plus travaillés de tous les temps ! Un scénario bâti sur une métaphore. Celle du combat entre l’Homme et la Nature, qui continue encore de nos jours, et de plus belle ! Et pour cela, Miyazaki met en valeur les tenions entre chaque clans : la Nature se révoltant contre les hommes qui détruisent les forêts (pour agrandir les cités et permettre l’amélioration de leur mode de vie), ces derniers se faisant sauvagement attaqués et qui décident donc de contre-attaquer. Sans réellement prendre parti : d’un côté les animaux qui tombent sous les tirs d’armes à feu reflétant la modernité (l’évolution de l’homme sur la Nature), de l’autre des humains qui subissent de lourds dommages collatéraux qui n’ont pas grand-chose à voir avec les conflits qui sévissent.

Mais tout de même, tout porte à croire que Miyazaki reste en faveur de la Nature. En insistant bien sur le fait qu’ici, les animaux en question (des loups, des sangliers, des orangs-outans) ne sont pas de vulgaire êtres vivants mais bien des dieux. Des personnages divins qui savent parler et faire preuve d’honneur qui perdent peu à peu leur puissance (symbolisé par ces animaux qui rapetissent au fil des années). Et cela se confirme via les explications de l’attaque au début du film. Celle où un sanglier démoniaque fonce sur le village d’Ashitaka. Une créature dont le côté obscure (ne voyez rien en là une référence à Star Wars) est d’origine humaine (du moins, l’acte qui en est à l’origine, mais je n’en dirai pas plus !). Dès lors, il est certain que Miyazaki a pris parti et nous le partage pour nous faire prendre son point de vue.

Se penchant pour la Nature est également exprimé via les décors et l’ambiance qui se dégage de Princesse Mononoké. Il n’y a pas photos, avec des forêts verdoyantes, la douceur des lieux (les cours d’eau et les oiseaux qui chantent), une petite part ténébreuse pour renforcer la puissance décrite plus haut, des êtres divins organisés et respectueux, la Nature à tout pour plaire ! Tandis que les humains vivent dans des paysages déserts (vides de toute nature) et gris (synonyme du feu, ennemi de la végétation), ils sont désorganisés n’arrêtent pas de « taper dessus » (les femmes qui parlent aux hommes comme des chiens, les villageois repoussant l’attaque de samouraïs dont le but d’affronter la Nature est pourtant identique…). Sans compter cette poésie qui règne du côté de la Nature. Une ambiance unique mis en valeur par des dessins somptueux (quelques effets numériques à compter tout de même) et une bande son de toute beauté (les musiques sont tout simplement irrésistibles !). On ne peut que tomber sous le charme !

Mais aussi, Miyazaki se permet d’enfreindre quelques clichés via les personnages. Ashitaka est un prince moraliste, mélancolique et réfléchi qui se retrouve maudit bêtement (juste en défendant son village) et non gai et insouciant comme nous avons l’habitude de voir. San dite Princesse Mononoké (« des esprits vengeurs »), une jeune femme combattante et prête à mettre l’amour de côté pour défendre les siens quitte à se sacrifier au lieu d’une fille à papa en détresse. Dame Eboshi, une femme en guise de leader qui dirige toute une armée d’hommes, sûre d’elle, ambitieuse (prête à se sacrifier, elle et ses hommes, pour atteindre son idéal, allant même jusqu’à refusé l’autorité de l’Empereur, point de vue révolutionnaire pour l’époque) et ayant une forte personnalité (faisant croire à un lourd passé qui ne sera jamais révélé) plutôt qu’une mégère grande gueule en tant que personnage secondaire inutile. Et enfin Jiko Bou, un protagoniste secondaire fort complexe qui cumule les rôles de ninja, d’espion de l’Empereur, de membre d’un groupe religieux et de quelqu’un de bien au lieu d’un second couteau qui aurait apporté une touche comique à l’ensemble. Alors, quand des personnages sont aussi intéressants que cela, aucune raison de ne pas être intrigué par leur destin respectif et donc par l’histoire générale.

Quelque peu déçu par un générique de fin qui arrive de manière brusque (laissant quelques personnages sur le banc de touche, sans que l’on sache ce qu’ils vont devenir), Princesse Mononoké n’est « entâché » (terme un peu fort, je le reconnais) que par ses 2 dernières minutes qui concluent l’ensemble un peu trop facilement. Mais que l’on fasse l’impasse ou pas sur ce défaut, il n’y a rien à redire : le dessin animé d’Hayao Miyazaki livre un chef-d’œuvre majestueux et poétique incontestable. Sans hésitation l’un des meilleurs films d’animation qui puissent exister ! Pas étonnant que la sortie d’un long-métrage des studios Ghibli soit toujours une interminable attente !

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