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Pusher, la trilogie

Avis sur Pusher II : Du sang sur les mains

Avatar Morrinson
Critique publiée par le (modifiée le )

(cf. Pusher n°1)
Pusher est une trilogie écrite et réalisée en 1996, 2004 et 2005 par Nicolas Winding Refn. Avant le biopic décalé consacré au criminel Bronson, l'essai esthétisant de Valhalla Rising centré sur le très magnétique Mads Mikkelsen, le tumulte du Driver consacrant l'introversion de Ryan Gosling, et avant le dédale œdipien dans les rues de Bangkok Only God Forgive, le réalisateur danois à la carrière pour le moins composite s'était donc intéressé au milieu de la drogue de Copenhague.

Nous voilà ainsi projetés dans les rues de la capitale danoise, dans ses quartiers qui transpirent une certaine forme de misère que seule la drogue dure semble faire oublier. Pusher s'articule autour de trois personnages assez différents issus de ce milieu, avec trois centres de gravité autour desquels tourne chaque élément de la trilogie. Si le premier film dépeint la descente aux enfers de Frank (petit dealer typique, interprété avec talent par Kim Bodnia (1)), le deuxième adopte un point de vue plus empathique pour son pote Tonny (Mads Mikkelsen à ses débuts, imprimant déjà la rétine) alors que le dernier prend de la hauteur dans la chaîne de l'industrie de la drogue, en se concentrant sur Milo, un seigneur de la drogue serbe joué par Zlatko Burić (dont on a tôt fait d'oublier la prestation dans 2012). Chacun de ces trois films-portraits apporte ainsi une coloration bien particulière au récit, en passant du dealer entraîné dans la spirale infernale classique à un épisode plus sensible faisant intervenir des aspects familiaux intéressants, une lueur d'espoir à l'horizon, avant de terminer par un plongeon dans le monde noir et glauque de Milo.

L'aspect le plus réussi de cette série restera certainement le degré de réalisme proposé au spectateur, happé de manière implacable dans le quotidien de ces personnages dont on ne s'éloigne à aucun moment, et qu'on a finalement l'impression d'avoir personnellement côtoyés. Cette immersion ultra-réaliste et quasi-documentaire s'avère cela dit à la fois jouissive et nauséeuse, mais avec une construction peut-être plus fine et moins gratuite que dans Bleeder, réalisé un an après le premier Pusher. Ce souci de vérité, de réalisme, participe indéniablement de l'atmosphère brutale et saisissante de la trilogie, et confère à ce titre un éclairage assez passionnant sur les débuts du réalisateur de Drive (porte par laquelle j'ai découvert Nicolas Winding Refn), à la source d'une certaine forme de violence.

Les références et/ou clins d'œil m'ont paru ici moins prégnants que dans Drive, même si les rapprochements avec le drame social à la Ken Loach ou le radicalisme de la description à la Martin Scorsese sont inévitables et peuvent parfois gêner. Sans évoquer l'hommage (si l'on peut ainsi le nommer) à Ruggero Deodato et son Cannibal Holocaust dans le dernier volet, consistant à substituer le dépeçage d'un être humain à celui d'une tortue – le caractère réel de l'entreprise en moins. Quoi qu'il en soit, Pusher est une expérience de spectateur peu ordinaire qui nous invite dans un monde dont l'unique matrice semble être la drogue et ses déclinaisons, à l'instar des trois notes finales : l'angoisse (Frank), l'optimisme (Tonny) et le noir (Milo). Avec, en filigrane, ce profond sentiment de solitude qui parcourt la trilogie et qui colle à la peau de ses héros, prisonniers de leur univers.

(1) Lionel, je t'ai reconnu ! ;-)

La critique complète ici : http://www.je-mattarde.com/index.php?post/Pusher-la-trilogie-de-Nicolas-Winding-Refn-1996-2004-2005

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