Neuf ans plus tôt, John Huston ouvrait l'âge d'or du film noir américain avec Le Faucon Maltais. Sorti en 1950 comme Boulevard du Crépuscule, The Asphalt Jungle est passé à la postérité pour une de ses vertus secondaires, la présence de Marilyn Monroe dans son premier rôle marquant. Elle n'a que trois scènes où elle interprète une amante ingénue, captive et anxieuse. C'est son sixième film, juste avant Ève (où elle fait face à Bette Davis) et un nouveau contrat avec la Fox : elle devient une star dans les années suivantes.


Quelques points techniques distinguent davantage ce film de la masse. D'abord, sa photo magnifique (de Harold Rosson), avec un noir et blanc des plus sublimes. Ensuite, son parti-pris de ne se focaliser sur aucun 'héros' (même anti) et répartir cette fonction sur plusieurs individus ; l'attention pour les personnages est grande, ils sont plus importants et exotiques que le scénario. Enfin, le choix de placer l'ensemble de l'action dans des intérieurs confinés, bourgeois et un contexte nocturne.


Le peuple de Asphalt Jungle est composé exclusivement de prisonniers ; les prédateurs et les dominateurs eux-mêmes sont aliénés par ce monde urbain cynique et dévastateur. Ils rêvent d'une vie simple et innocente, parfois en revenant vers le cadre de leur enfance ou dans des espaces bucoliques, où il n'y aurait plus les corruptions présentes ni ces bas-fonds, même lustrés ou d'élites, dans lesquels ils se trouvent et jouent leurs partitions (de diables principalement).


C'est un peu l'après Liberty Valance : les bandits sont dans la ville et doivent composer avec ses règles, ainsi qu'avec des véreux ou des voyous issus de ce cadre. La jungle s'étend dans l'ombre, refoulée et finalement maintenue dans cet arrière-plan par l'ordre en surface. Les décors sont très froids, l'ensemble est souvent raide au point de laisser sceptique un public s'attendant à plus de brutalité ouverte et de poisseux frontal, bien que ce film noir-là soit réellement pessimiste.


Les personnages sont joliment croqués, quoique parfois otages des jeux et conventions du scénarios ; il y a des décrochages, des caractères avec des angles morts, mais l'écriture est pétillante et pleine de philosophie. Le casting est assez lourd, avec des belles gueules pouvant manquer de contenu et des vieux loups, dans des registres très divers, nuancés. D'un abord railleur et sarcastique, le film se révèle emphatique envers sa galerie de crapules et de corrompus. Une tragédie moderne, théâtrale et précieuse, avec des élans comiques.


https://zogarok.wordpress.com/2016/08/01/quand-la-ville-dort/

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le 3 juin 2015

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Zogarok

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