Melina Matsoukas n’est pas la plus connue dans la peau de réalisatrice, si ce n’est dans la majorité des épisodes de la série de comédie américaine “Insecure”. Il fallait donc la rencontre entre la scénariste Lena Waithe et l’auteur de livres James Frey pour lancer un road-movie, empreint de racisme et d’une croisade spirituelle à travers des Etats au lourd passif sudiste. Qu’attendre donc sur ce voyage d’infortune ? Un léger contre-pied à “Green Book”, qui œuvrait avec une poésie déchirante, mais dans le contexte d’un feel-good movie. Ici, nous plongeons les pattes dans une violence grossière et réelle, révélant de nouveau les caprices d’une société blanche et qui semble ne pas vouloir prendre le train vers un progressisme épanouissant. Or, tout le monde ne peut se permettre une telle liberté et deux personnes en font les frais.


Le fait d’être noir dans cet état d’Ohio, frontière de la liberté durant la guerre de Sécession, est incroyablement bien illustré. Entre le harcèlement ethnique et les inégalités judiciaires, de nombreuses œuvres ont déjà exploré ce terrain boueux et chaque année, de nouvelles propositions se manifestent avec plus ou moins de style. Pour ce Bonnie & Clyde improvisé, il faut admettre qu’on relâche rapidement les enjeux moraux sur deux citoyens ordinaires, ceci malgré leur opposition qui deviendra le fil conducteur de ce long-métrage romancé. Nous prenons ainsi la route, ironiquement vers le sud, lieu des cicatrices les plus profondes d’une nation qui ne guérit pas aussi rapidement qu’on pourrait le croire. La légitime défense est compromise, car la loi vient de l’homme, au sens propre et il finit par se confondre avec sa justice, qui le place en tant que témoin, victime et bourreau. Et du côté des véritables victimes, ce sont les reflets de Malcolm X et de Martin Luther King qui apparaissent, jusqu’à inverser le rapport idéologique au cours du récit.


Cependant, il faut avouer une certaine perte de rythme, compensée par une visite commémorative à travers les états du Sud. C’est pourquoi les protagonistes Slim (Daniel Kaluuya) et Queen (Jodie Turner-Smith) captivent l’audience, dans un élan pop-lyrique et une romance qui tient à la fois de l’hommage et de la provocation. Ils dégagent une énergie qui en fait presque oublier la consistance scénaristique, prétexte simplet pour veiller sur la tension. Leur relation devient nette, mais est souvent détournée sous une contrainte confuse, cherchant à développer des émotions contradictoires. Issue de l’univers des clips, la réalisatrice a tenté une approche complexe, mais qui s'emmêlent dans ses longueurs et dans ses états des lieux redondants. Il y a donc comme une perte d’identité, laissé quelque part sur des routes dont les décors évoluent vers le point chaud. Un indice qui met irrémédiablement nos héros d’occasion dans une position déconvenue, mais justifiable si l’on se fie au dénouement qui tranche radicalement avec l’introduction.


Pour son premier long-métrage, Matsoukas tombe quelquefois dans l’écueil, ce qui ne condamne pas pour autant “Queen & Slim” qui cherche à s’appliquer par moments, notamment lors d’une caractérisation symbolique de deux archétypes qui entretiennent l’espoir et la révolte aux yeux d’une Amérique, toujours en perdition. D’ailleurs, on rejette souvent la faute à un objet mortel, mais la classe sociale attaquée sera, elle, toujours désarmée sur le plan psychologique. Ce rapport de force est frontalement dénoncé, même si l’effet de style cherche à nuancer une partie de cette injustice, notamment au sein des forces de l’ordre, déconnectées de l’intégrité ou de l’impartialité.

cinememories
6
Écrit par

Le 14 février 2020

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Théloma
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