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Le cinéma n'aime pas trop le jeu vidéo (la télé non plus d'ailleurs), il n'y a qu'à voir la quantité d'adaptations à gerber qui se sont étalées sur nos écrans au fil des années. Si on excepte "Les mondes de Ralph" ou "Scott Pilgrim" (et à la marge, "Silent Hill"), peu de films à gros budget ont traité le media et la pop culture autrement qu'avec mépris, sans en comprendre l'essence et, plus encore, en s'en battant sévèrement les roustons.

Seulement, "Scott Pilgrim" a fait un four et "Les mondes de Ralph" n'a pas vraiment mis tout le monde d'accord.

Et maintenant, c'est Spielberg, notre "Tonton Geek" qui s'y attèle avec ce "Ready Player One", annoncé comme une énorme ratatouille de références à la pop culture, au point qu'on craignait que cela ne donne un film inventaire, sans goût, noyé dans le fanservice putassier.

Et donc ?

Est-ce que tonton - Jurassic- E.T-Willow - Spielberg a compris cette pop culture à laquelle il a contribué ou lui a-t-il témoigné ce mépris propre aux chantres d'Hollywood ?


Difficulty mode : Easy



Nous sommes en 2045 : les inégalités et la surpopulation se sont creusées au point que la réalité, où une partie des humains vivent littéralement entassés les uns sur les autres dans des caravanes, n'est adoucie que par l'Oasis, une réalité virtuelle à laquelle tout le monde a accès via casques, gants et combinaison. On doit cet eden numérique à James Hallyday, un milliardaire mordu de pop culture, considéré donc comme l'ultime bienfaiteur d'une humanité qui souffre d'un besoin vital d'évasion.

Seulement voilà, ce bon Hallyday a cassé sa pipe et ne laisse derrière lui aucun héritier, donc aucun réel propriétaire de l'Oasis, seulement une quête, ouverte à tous les joueurs, où il s'agira de passer trois épreuves, emporter trois clés et devenir ainsi le propriétaire légitime de ce monde virtuel.

Wade Watts, ado orphelin vivant dans un de ces bidonvilles, fait partie des chasseurs d'Easter Egg, qui tentent de récupérer les trois clés avant la IOI, un vilain conglomérat contrôlé par le très méchant Nolan Sorento, qui souhaite exploiter l'oasis à des fins mercantiles.

Comme d'habitude chez Spielberg, scénario basique, très manichéen (les méchants sont très méchants, leurs avatars ressemblent à des avatar d'overwatch que darklucifer666, 15 ans, aurait tuné) et fin prévisible. Mais comme le pensent certains philosophes - et beaucoup de concepteurs de jeux vidéos - ce n'est pas tant la fin qui compte que le chemin qu'elle nous fait emprunter.

Et côté chemin...


Difficulty Mode : Medium



Si je dois donner un conseil à toute personne souhaitant voir Ready Player one : n'y allez pas fatigué(e). Je ne déconne pas, n'y allez pas après une journée de taf éreintante en pensant pouvoir éteindre votre cerveau une fois devant le film. Pas qu'il soit incroyablement cérébral (ça n'en fait pas pour autant un film con) mais il y a une telle concentration d'images, de couleurs, de sons, de mouvements et de références durant les scènes d'action que votre cerveau va ressortir de là en fumant. Si on pourrait considérer que cela s'apparente à un bordel incompréhensible et saoulant, pour moi cela a surtout contribué à rendre le film purement jouissif, comme un gros shot d'adrénaline multicolore : des dinosaures, des vaisseaux spatiaux, des robots, des lasers, des épées, t'en veux plus ? Y'en a encore !

RPO est extrêmement généreux dans ces scènes là, désireux de rendre cette intensité si particulière qu'on ressent lorsqu'on joue et à fortiori, lorsqu'on est immergé dans le monde virtuel. L'image de synthèse est comme de bien entendu incroyable et parvient à plusieurs reprises à troubler la frontière entre réel et virtuel. Le scénario n'hésite d'ailleurs pas à en jouer.

L'enquête menée par tous les chasseurs n'est pas en reste et recèle quelques petites énigmes pas mal foutues qui rappellent qu'apprécier le virtuel et en tirer tout ce qu'il peut nous apporter impose de ne jamais complètement s'éloigner de l'humain. Spielberg et Cline (l'auteur du livre) ont semble-t-il bien appréhendé la logique propre aux jeux vidéos, les fameuses règles tacites du media et se plaisent à voir leurs héros les détourner (J'aime particulièrement le prénom du méchant... les puristes comprendront). Comme je le disais, RPO est un film à grand spectacle mais n'est pas un film con.

Ce n'est pas non plus un film sans défauts, ceci dit.


Difficulty Mode : Hard



Outre le joyeux bordel cité plus haut qui peut déplaire aux gens qui n'aiment pas qu'on file des palpitations à leurs neurones ou qui font de l'épilepsie, le film souffre de plusieurs facilités d'écriture, y compris une, à la toute fin, que je ne révélerai pas mais qui m'a grandement fait tiquer. Disons que la victoire des héros est conditionnée par cette facilité, ce qui fait perdre de son intensité dramatique au tout.

On peut également critiquer le manque de traitement des personnages secondaires qui épaulent Wade et Art3mis, alors même qu'ils incarnent cette petite réflexion sur l'avatar et ce qu'il masque. À ce sujet, j'aurais apprécié que la logique derrière l'avatar soit poussée jusqu'au bout (concernant Art3mis, par exemple) mais je suppose que ce n'est pas Spielberg aux commandes qui aurait permis de le faire.

Enfin, parlons des références pop : si le scénar se suit bien et que les scènes d'action font le café, le film est un déluge de références constantes, jeux vidéos, cinéma, film, il faudrait presque faire une checklist. Le vrai problème ici, c'est que ces références sont parfois utilisées avec la subtilité d'un kratos piétinant un pokemon (oui, on en est là) soit en sous-titrant ladite référence - ce qui du coup la rend lourdingue - soit en en collant dix dans le même plan, ce qui les rend presque invisibles. Tout ça manque un peu de finesse à mon goût mais heureusement, ne gâche pas vraiment le plaisir (c'est plutôt jouissif même si trop brouillon). Ce n'est pas systématique non plus, certaines références sont bien employées sans trop en faire, mais cet élément qui aurait pu donner une force supplémentaire à Ready Player One tient un peu plus du gadget sympa, si on excepte la longue séquence hommage à un film que je ne nommerai pas et qui rappelle que la pop culture puise aussi dans de nobles références. Ça c'est dit.

Quoique tout ceci fasse un peu figure de manqués pour RPO et l'empêche d'être totalement une pièce maîtresse, reste le propos. Chez spielberg il peut aussi bien être puissant et bien administré que mièvre et cliché.

Et ici...


Difficulty Mode : Nightmare



Si je parlais de l'industrie hollywoodienne et même du cinéma dans sa globalité et sa vision du jeu vidéo, ce n'est pas pour rien. Avec sa manière peu délicate de manier les références, RPO pourrait basculer dans le film popcorn au fan service trop appuyé, qui se contente de faire plaisir aux geeks.

Seulement voilà, aussi gentillet que soit le scénario et sa conclusion, reste qu'on parle ici de Spielberg. Et Spielberg est lui-même un geek, ou l'a été : je ne dis pas ça parce que je connais la bio du bonhomme mais tout simplement parce que cela se ressent dans RPO. Le film est extrêmement bienveillant, pas seulement pour la pop culture mais aussi pour ses fans et ses enfants, masse de tout âge, tout sexe, toute couleur de peau qui partagent à l'unisson l'envie de rêver. Oui, bien sûr que c'est un brin niais - le héros le dit lui-même - mais qu'est-ce que ça fait du bien, un film à gros budget qui ne nous traitent pas comme des attardés tout justes bons à cracher du pognon et se paye même le luxe de balancer une pique aux business man du jeu vidéo qui EUX ne s'en privent pas. À l'heure ou le DLC et les micros-transactions pourrissent nos expérience vidéo-ludique, s'apercevoir que Spielberg a mieux compris que les EA et autre Actipognons ce qu'est un joueur, ça a quelque chose de rafraîchissant.

Pour autant, tout bienveillant qu'il soit, le film n'est pas une ode à la pop culture et au virtuel sans nuance : il nous rappelle que le virtuel doit puiser sa force dans le réel et dans l'humain, sous peine de se vider de son sens. On ne peut apprécier le virtuel que si l'on a pris en main sa réalité. La fuite n'est jamais la solution... sauf dans le jeu vidéo, bien entendu.


Game over



Au final, est-ce que je conseille RPO ? Oui, si vous êtes un amoureux du Jeu Vidéo, de ce qu'il peut apporter, de la pop culture et de ce qu'elle a pu nous apporter. Le film reste manichéen, prévisible et pas toujours très fin dans ses références mais est un vrai bon moment d'adrénaline visuelle, réjouissant et profondément amoureux de l'univers dans lequel il puise. Plus ambitieux que "Les mondes de Ralph" mais moins subtil que "Scott Pilgrim", Ready Player one complète avec brio la trinité de ce cinéma qui ne considère pas le jeu vidéo comme un cousin débile mais comme une véritable source d'inspiration.

SubaruKondo
8
Écrit par

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