Poop culture

Avis sur Ready Player One

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Dans les années 2010, pour faire réussir un film, il y a une recette gagnante : abreuver ad nauseam le spectateur de clins d’œil à la pop culture. Bien que ce procédé commence à être remarqué et moqué (par exemple avec les member berries de la saison 20 de South Park), il semblerait qu’il soit toujours aussi prégnant, comme le montre le succès critique récent de Ready Player One.

Hormis le sentiment de connivence et de nostalgie que peut susciter le torrent de références (et peut être le nom de Spielberg à la réalisation), qu’est-ce qui rend un tel film remarquable ? Certes les scènes d’action sont légion et il n’y a pas de temps mort, mais c’est le cas de bien des navets.

Le film ne fait même pas nécessairement honneur à toutes ces références qu’il aligne : Shining y est présenté comme un film d’horreur trivial, les quelques poncifs connus (les fillettes, la hache…) semblent posés là juste pour l'animation. On évacue toute la profondeur que peuvent contenir ces œuvres pour en faire la check-list du parfait petit geek intégré. D’ailleurs, la société qui a créé l’OASIS s’appelle carrément Gregarious World ! Ce n’est pas une blague !

Si seules les références pouvaient être alignées superficiellement… Malheureusement, ce n’est pas le cas : à part ce répertoire indigeste (et les effets spéciaux), tout semble négligé.

Le scénario et les personnages sont des plus banals, de vraies coquilles vides. Le déroulé est celui d’un jeu vidéo classique, avec une logique de quêtes et de récompenses. Évidemment, des méchants capitalistes très méchants parce qu’ils sont méchants sont là pour corser l’affaire, mais cela était attendu. On n’échappe pas à toutes sortes de raccourcis et grosses ficelles.

(personne, dans la Terre entière, n’avait trouvé cette astuce de la marche arrière en 5 ans !?)

Les personnages sont un véritable festival de clichés : le héros geek et gentil, la fille qui a l’air de se trouver monstrueuse et se cache derrière son avatar (hideux)

alors qu’elle est évidemment jolie (mais avec une tâche de naissance !),

la dream team multi-ethnique parce qu’on est en 2018 mais inutile et clichée au possible (les noirs en side-kick, les asiatiques en ninja/samuraï, comme d'hab)… Tous ces personnages n’ont aucune consistance au-delà de leur rôle dans l’histoire.

La tante du protagoniste est même dégommée sans que cela ne suscite le moindre émoi.

Ce qui compte, c’est : l’avancement de la quête, l’histoire d’amour et la célébration de l’esprit d’équipe, comme dans tout film familial qui se respecte (pas).

Le cadre de l’histoire est lui-même flou voire incohérent. On est dans un monde triste, laid et appauvri, où le virtuel est devenu plus attractif que le monde réel. Postulat plutôt intéressant. Mais après ? Pendant longtemps j’ai cru qu’il s’agissait d’une sorte de dystopie libertaire où des chefs d’entreprise pouvaient capturer et trucider des adolescents pour une bête histoire de jeu vidéo, mais il s’avère plus tard qu’il existe une police. On ne sait pas vraiment non plus comment les gens gagnent leur vie, ni par quel moyen même les plus miséreux semblent dotés de tout l’attirail pour se connecter dans la réalité virtuelle. Clairement, le background a été négligé.

Plus gênant, l’OASIS, supposé être le nouveau monde, le clou du film, est lui-même d’une banalité sans nom. On parle de réalité virtuelle… les possibilités devraient être infinies ! Pourquoi nous inflige-t-on cet univers de 3D moche alors qu’on pourrait avoir des paysages et des êtres fantasmagoriques ? Même le bâtiment de la « mémoire » du créateur ressemble à la médiathèque de Pétaouchnock inaugurée il y a 3 ans. C’est là que le travers de cet univers ultra référencé devient problématique, en plus d’être trivial : c’est comme s’il bloquait toute créativité. Depuis 2018, aucune référence nouvelle ne semble être apparue. Et cela n’est remis en question en aucun instant. Tout serait parfait s'il n'y avait pas ces vilains capitalistes (comme si un tel monde n'était pas capitaliste par essence).

Au final, une fois la quête accomplie, on concèdera que le réel est mieux que le virtuel (oui, car lui est réel… très spirituel !). Mais la remise en question n’ira pas plus loin.

(à part une demi-concession avec l’OASIS fermé 2 jours sur 7)

L'important, c'est que le héros ait eu ce qu'il cherchait, peu importe que le monde réel reste aussi fade qu'injuste. L’humanité tournera à vide dans ses références régressives, aseptisées de pop-culture vieilles de 60 ans et tout est bien qui finit bien, parce que c’est ce qu’elle veut. Finalement, ce film est bien une dystopie, du début à la fin.

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