Quand on Tente sans Tenter

Avis sur Rebecca

Avatar Raphaële Martinat
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Une jeune fille s’amourache de Max de Winter et devient la nouvelle Mrs. de Winter. Mais la présence de la précédente épouse, Rebecca, se fait sentir dans leur couple.

Il y a quelques temps, un article m’a appris que Ben Weathley était devenu célèbre pour sa filmographie particulière qui mélangeait adroitement humour et violence. A la britannique, quoi ! L’auteur de l’article parlait de cette filmographie particulière de manière si saisissante, qu’un instant j’eus aimé que Weathley eut fait un film de cette trempe. Ça aurait été du grand n’importe quoi mais au moins, ça aurait été intéressant.
Parce que là, pour parodier Molière, qu’allait-il faire dans cette galère ?
J’ai dit dans une précédente critique que la version de Hitchcock avait besoin d’un peu de modernisation mais n’exagérons rien non plus. UN PEU ! Inutile de me transformer entièrement la relation amoureuse pour le coller à nos critères modernes, on casse tout le sens de leur relation et si on le casse, on casse les trois quarts de l’histoire ! Ce n’est pas rien qu’une partie de leur amour soit sous le sceau de la bienséance anglaise des années 30 !
Encore que, je pense que le but était de les montrer comme fous amoureux avant de montrer le changement radical de comportement de Max à Manderley, faisant douter sa nouvelle femme de ce qu’ils ont vécu à Monte-Carlo. Ça aurait probablement été bien fait si 1) on avait perdu moins de temps sur la relation amoureuse pour montrer plus les-dits changements ; 2) le rythme s’était arrêté plus longtemps pour nous montrer la vie à Manderley.
Le problème avec ce film est qu’il enchaîne les événements du roman sans aucune énergie. Hitchcock avait parfaitement découpé son histoire en trois parties : Monte-Carlo, Manderley (avec l’apothéose du bal) et Meurtre (c’est pour la figure de style, on dira plutôt « Enquête » ou « Procès »). Là, on suit le tout avec une fluidité insipide qui touche la consternation. Hello ? Un moment fort ? De tension ? Vous avez ça en réserve ou on peut aller se recoucher ?
Apparemment non. Etrange car Weathley assurait que plus il touchait à un genre qui ne l’intéressait pas, plus il tirait son inspiration. La seule chose qu’on peut vraiment se demander c’est : à quel point est-il talentueux quand il fait quelque chose qu’il aime ?
Parce que la mise en scène est d’un calme plat affligeant, aucun symbole particulier pour désigner Rebecca (à part une nuée et une apparition fantomatique qui m’ont un moment fait espérer que le film allait virer au film d’horreur), aucune ardeur au travail. On filme, point. Netflix a toujours su proposer de la qualité mais force est de dire que le film de Weathley rappelle plus une vulgaire série TV lambda qu’un support cinématographique fait pour le grand écran. Ça reste du bon lambda mais c’est tout ce qu’il a à offrir, in fine
Mais si cette adaptation a fini de m’énerver, c’est parce que j’ai enfin compris ce que je détestais avec les adaptations modernes. En plus de marcher à pas de velours, comme si on avait peur de réveiller Hitchcock et de se faire pincer les oreilles pour OSER reprendre une de ses œuvres, il y a deux problèmes particulièrement horripilants dans ce film :
1) on modifie un ou deux détails pour, par exemple, transformer l’héroïne en quelqu’un de moins effacé, mais on ne transforme pas l’œuvre en profondeur pour que ce détail colle avec le reste. Non seulement c’est une mauvaise appropriation de l’œuvre pour soi, puisque, du coup, cette appropriation est bancale mais en plus c’est un détail qui ne sert à rien car il n’est pas mûrement réfléchi. De ce fait, ce détail apparaît et disparaît comme un cheveu sur la soupe. Et le film comporte BEAUCOUP de petits détails modifiés, par rapport au livre, qui n’ont aucun intérêt parce qu’ils ne sont pas mûrement réfléchis.
2) on ne prend pas le temps de se poser, surtout pour LA scène des révélations. C’est un défaut moderne que j’ai vu partout, dans Harry Potter (les films) notamment, qui s’explique par la mentalité des gars qui fabriquent le film. En effet, c’est une mentalité propre aux adaptations modernes (surtout aux romans de jeunesse, mais passons). Cette mentalité dit « ou les gens qui vont voir le film ne sont pas ceux qui lisent le livre » (voire qui lisent tout court) et dans ce cas, on peut modifier comme bon nous semble l’œuvre pour en faire ce qu’on veut jusqu’à ce que ce soit un gloubiboulga indigeste ; « ou les gens qui vont voir le film sont AUTOMATIQUEMENT ceux qui ont lu le livre ». Clairement, c’est la deuxième option que l’équipe artistique a choisi pour faire le film et ça pose problème parce que, en plus de traiter d’inculte le spectateur qui découvrirait du Maurier avec ce film, ou qui n’aime pas lire, c’est une excuse de paresseux que de ne pas faire attention à celui qui pourrait découvrir Rebecca sans avoir la moindre idée de son sujet. Cette mentalité est d’autant plus énervante que, peu importe quelle partie on prend, le spectateur finit en subissant exactement les mêmes conséquences : on ne fait plus un digne film qui doit marquer le spectateur, on fait un film de moyenne qualité pour temporairement divertir le spectateur (qui aura tôt fait d’oublier ce film).
Le casting sauve plus ou moins l’ensemble avec Kristin Scott Thomas qui réussit à surpasser Judith Anderson dans le rôle de Mrs. Danvers et Armie Hammer qui a un accent anglais plutôt correct. Plutôt. A améliorer pour Mort sur le Nil
Le problème vient de l’actrice principal, Lily James, dont j’ai enfin compris pourquoi elle m’énerve : elle joue TOUT LE TEMPS la même chose. Comme Katherine Heigl, elle joue toujours la même chose, à savoir les jeunes filles un peu délurées mais pas trop non plus, complexées mais en même très simples, effacées mais aussi avec une forte personnalité… bref, vous l’avez compris, elle joue une de ses chieuses de films romantiques qui ne savent pas ce qu’elles veulent dans la vie, seulement qu’elles veulent. Alors, parfois, c’est de la très bonne qualité, son jeu. Mais ça dépend généralement de la qualité du scénario : plus il est vide, plus elle patine pour donner de la consistance à son personnage et plus son personnage fait forcé et enquiquinant. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie se trouve sa version de Mrs de Winter (qui, plus que jamais, m’a rappelé Juliet dans Le Cercle Anglais de Guernesey).
PS : par compte, bon point d’adaptation du livre : dans le film, ils ont vraiment essayé de justifier un peu mieux le fait que Mrs de Winter arrive à tomber dans le panneau quand Mrs Danvers lui propose une robe pour le bal qu’elles sont en train d’organiser. La scène de la pseudo-démission n’était pas terrible mais, temporairement, le fait de les voir amies justifiait un peu mieux toute l’intrigue autour du bal.
Re-PS : le sous-texte féministe de la fin était bien vu car c’était certainement une grille de lecture du personnage de Rebecca. Après, c’est bien que ça ne fasse pas deux minutes du film.

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