La vengeance d'un Autrichien est un plat...

Avis sur Revanche

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Genre : Viennoiseries

L'Autriche. Pays de Josef Fritzl et autres ravisseurs de Natascha Kampusch. Pays de l'actionnisme viennois, courant artistique radical des années 1960 (afin qu'il s'entraîne, donnez-lui de la viande fraîche à la place des carcasses congelées, et Rocky Balboa devient un actionniste viennois). Pays de Kurt Waldheim, qui réussit à devenir secrétaire général de l'ONU malgré un passé plus que trouble, voire nazi.

Revanche, de Götz Spielmann, est un film typiquement autrichien. Radiographie de la pulsion de mort, il séduira tous les amateurs de Michael Haneke. Je ne suis pas assez blindé en cinéma autrichien pour dire lequel s'est inspiré de l'autre en matière de composition de plans, mais on a vraiment affaire à un style très proche.

Alex (Johannes Krisch, excellent) travaille dans le même bordel que son amie Tamara (Irina Potapenko), jeune femme d'origine ukrainienne. L'établissement se situe dans le « quartier rouge » de Vienne, haut-lieu de la prostitution. Afin d'échapper à cette existence, Alex décide de braquer une banque, mais, au cours de leur fuite, Tamara est tuée accidentellement par Robert, un policier.

Revanche est une bulle de tension, de malaise, de violence refoulée, qui tire sa force de l'utilisation du premier degré. Les séquences de nudité frontale qui ouvrent le film sont volontairement choquantes. Dans un cadre sinistre, à savoir le bordel, Spielmann joue avec la complaisance du spectateur. C'est glauque, désagréable à regarder, d'autant que le réalisateur prend un malin plaisir à filmer toutes les scènes d'intérieur avec une caméra située (au choix) dans un recoin, un escalier, au fond d'un couloir, ce qui accroît le sentiment de voyeurisme.

Mais c'est la seconde partie de l'œuvre, où la tension fait son apparition, qui est la plus intéressante. Dépaysement total. Alex s'est réfugié chez son grand-père à la campagne. Le vieillard habite à la lisière des bois, la maison la plus proche est à quelques minutes à pied à travers la forêt. Quelle surprise ! Qui habite ce joli pavillon ? Robert et sa femme, laquelle rend visite régulièrement au grand-père d'Alex. Tout ce petit monde va désormais former un triangle bien malsain (grand-père exclu), avec au passage une vision très noire de l'existence bourgeoise (couple, maison, enfants). Dans le rayon « les personnages se fréquentent sans savoir tout les uns des autres et la divulgation de la vérité laisse présager un déchaînement de violence », Revanche mérite sa place à côté de Police Python 357 d'Alain Corneau.

Alex, bien décidé à se venger, ronge son frein en coupant mécaniquement du bois. La scie circulaire, stridente, fonctionne et grésille comme une métaphore de la tension. Crispé, on se demande si notre apprenti bûcheron va se faire justice lui-même avec un bras, une main, ou seulement un doigt en moins.

Sur le plan formel, le film est exceptionnel. Les plans fixes, à hauteur de l'entre-jambes, sont glaçants et déshumanisants, d'autant que le réalisateur semble se désintéresser des protagonistes. Plan fixe : Alex enfourche sa moto après un repérage à la banque. Il démarre et sort du cadre. Pan du mur pendant de longues secondes. A un autre moment, Alex sillonne les routes forestières. La caméra le suit mais ça commence à l'emmerder. Elle ralentit progressivement, et s'arrête, laissant le véhicule s'éloigner.

Scénario brillant, mise en scène cruelle, violence psychologique oppressante : Revanche est une réussite et une véritable expérience de cinéma. En 2009, il était en compétition pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Dommage qu'il reste confidentiel.

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