Le rock’n roll façon Dick Rivers

Avis sur Rock'n' Roll

Avatar l'homme grenouille
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Ah Guillaume Canet !
J’ai beau avoir trouvé « Ne le dis à personne » totalement creux, caricatural et surfait ; j’ai beau avoir trouvé « Les petits mouchoirs » incroyablement immature et superfétatoire – bref autant de signaux qui devaient m’annoncer la catastrophe qu’allait être « Rock n’Roll » – eh bah pourtant, je me suis quand même laissé tenter…

Bah oui… Comme quoi, face à une bande-annonce plutôt bien fichue, il y a toujours moyen de se faire avoir, même quand on est doublement averti !
Et là pour le coup : chapeau ! Alors que d’habitude les bandes-annonces ont souvent une fâcheuse tendance à gâcher des films, pour le coup celle de ce « Rock n’ Roll » a quand même su grandement m’enjoliver le truc.
Ça avait l’air sympa vu comme ça, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs, si au bout du compte je dois bien tirer mon chapeau à quelqu’un, c’est bien au gars qui a réalisé cette BA et à personne d’autre !
Parce que l’air de rien, ce type est quand même parvenu à regrouper tous les moments sympas du film en un concentré de deux minutes.
Mieux encore : il a même carrément su retransformer certaines scènes pour les rendre encore meilleures que dans le long-métrage !

(Petit exemple de ce moment où l’ami Canet se défroque en lançant quelques propos fleuris à sa belle. Dans la BA elle lui envoie juste un regard tueur qui le fait se rhabiller tout de suite. Efficace. Mais dans le film, Marion ne se contente pas d’un regard. Elle lui répond avec un accent québécois ridicule parce qu’elle travaille un rôle pour Xavier Dolan. D’ailleurs, dans le film, j’ai trouvé ce gag récurrent de l’accent québécois d’un moisi et d’un looooourd ! Je peux vous dire que, pour l’occasion, on s’est bien gardé de le mettre dans la BA ! Comme quoi les mecs savaient très bien ce qu’ils nous vendaient !)

D’une certaine manière, je pourrais presque commencer par ça pour vous parler de ce « Rock n’ Roll », histoire que vous vous fassiez une bonne idée de ce que j’ai vécu durant ces 2h03.
Je pourrais commencer par vous dire qu’au final, la BA est un bien meilleur film que le long-métrage de Guillaume Canet en lui-même.
Alors ça peut paraitre cruel de balancer ça de but en blanc, mais d’un autre côté, regardons la vérité en face.
Ce film c’est quoi ? C’est juste une idée – celle qui consiste à mettre en scène la crise de la quarantaine – et que le film va ensuite faire tourner en boucle toutes les cinq ou dix minutes avec toujours plus ou moins la même illustration.
Ah bah Guillaume on n’arrête pas de lui dire qu’il n’est plus dans la génération des jeunes qui montent ; qu’il n’est plus aussi sexy qu’avant ; qu’il n’est plus à la page ; qu’il est désormais davantage destiné aux rôles plus mûrs !…
Toujours la même chose. Ça loope et ça loope encore en permanence sans que rien de plus ne soit rajouté dans la machine.
C’est creux au possible. Ça s'étend de manière interminable sur chaque phase, gag, ou scène...

Du coup, on pourrait se demander pourquoi il étend son film sur plus de deux heures alors s’il n’a rien à dire…
Eh bah parce que justement, le vrai but de Guillaume Canet, ce n’était visiblement pas de raconter vraiment une histoire, mais plutôt – un peu comme pour « les petits mouchoirs » – de nous refaire le coup du film de potes.
Alors c’est parti : on met en scène la copine Marion, le pote Gilles, le clan Attal, et toute la petite famille du cinéma…
Ah ça ! C’est marrant de se mettre en scène, de jouer son propre rôle au bureau !
C’est finalement aussi fun que de faire un lip dub d’entreprise ou un petit film pour l’anniversaire d’un pote !

Et c’est là que le film de Canet devient vite agaçant, pour ne pas dire embarrassant.
Ce gars a vraiment l’impression – sincère en plus – que la mise en scène fantasmée de son quotidien passionne nécessairement tout le monde.
Le voir péter au lit alors qu’il a la belle oscarisée Marion Cotillard à côté de lui ; le voir trimbaler des packs d’eau comme monsieur tout-le-monde tandis que sa nana s’efforce de faire pousser des haricots dans son salon, le voir se préoccuper d’un petit pépin de santé bien gênant au niveau de l’entrejambe, désacraliser un peu son univers et ses copains quoi…

Le pire c’est que ça aurait pu être intéressant, c’est vrai… Mais pour ça il aurait fallu que ça réunisse trois conditions.
D’une part, il aurait fallu que ce soit fait honnêtement. Oui, je sais, j’ai dit que Canet était sincère dans sa démarche, mais pour moi on peut être sincère sans être honnête.
Le quotidien qu’il nous montre est totalement reconstruit, artificiel, grotesque.
Le pire c’est qu’il ne s’en cache même pas ! Ce n’est pas une vision qui se moque du quotidien des acteurs, c’est une vision qui montre à quel point les acteurs doivent être funs et sympas en vrai parce qu’ils savent super bien se moquer d’eux-mêmes !
D’autre part, il aurait fallu que ce soit fait avec talent. Parce que oui, pour moi, ça reste quand même le principal défaut de Guillaume Canet : c’est un gars qui selon moi n’a aucune subtilité de réalisation. Il copie vaguement ce qu’il a vu chez les autres ; il fait ça assez grossièrement ; et au final ça ne dit pas grand-chose.

La seule intro en mode « Birdman » de ce film… mais elle m’a fait juste saigner du nez tellement elle puait d’amateurisme !
D’ailleurs, cette seule intro dit tout selon moi. Personnellement, j’ai y clairement vu l’intention de Canet de faire comme dans le film d’Innaritu – explorer les tourments intérieurs de l’acteur en mal de notoriété – mais de raccrocher ça à la culture du cinéma français. Or, en ce moment, le cinéma français académique, c’est un cadre peu clair, une image dégueulasse et un rythme approximatif.
Le pire, c’est qu’il commence un plan séquence qu’il ne termine même pas jusqu’au bout. Puisque son personnage principal est Guillaume Canet, alors le plan séquence sensé l’introduire dans son univers aurait dû finir sur Guillaume Canet en train de se remette les roupettes en place, plutôt que de se finir sur la porte de son camion-loge pour ensuite transiter sur un gros plan mal foutu de ses fesses.
Le pire c’est que tout le film est comme ça : un peu crassou, pas logique dans ses artifices, si bien que lorsqu’il se risque à des parenthèses de mise en scène très codifiées à l’américaine, ça tranche encore davantage parce qu’en plus, il faut que l’ami Canet nous la joue à chaque fois assez archétypal...

(Le passage où Marion Cotillard chante en playback sur du Céline Dion est, dans cette logique là, un cas assez révélateur)…

Mais bon, dans tout ça, plus que de l’honnêteté, plus que du talent, je pense surtout que ce qui aurait rendu service au film, ça aurait été qu’il soit fait avec intelligence.
Et je finirais d’ailleurs là-dessus : mais qu’est-ce que ce film est mal pensé ! J’entends par là qu’il n’a quasiment aucune structure.
Comme je le disais plus tôt, ce film est une sorte de loop perpétuelle qui illustre sans cesse la même idée, et on dirait que l’effort de l’ami Guillaume face à ça, ça a été de chercher les perles qu’il se devait d’enfiler pour qu’au final il ait un joli collier.
Or, là, j’ai vraiment l’impression que le pauvre gars a un petit peu laissé dériver son imagination parce que, à la fin, on sombre dans une sorte de freestyle assez navrant où je ne voyais plus du tout où le gars voulait en venir… Expliqué vite fait, ça donne ça :

Puisqu’on le recale à tous les rôles de jeune parce qu’il est fait trop vieux, Guillaume Canet décide de se faire botoxer une fois, puis deux fois, puis il passe carrément au bistouri. Il devient difforme. Parallèlement il décide de se resculpter le corps. Il dégoûte Marion dans un premier temps mais – mystère – au bout de son processus de mutation, comme Guillaume se sent bien dans sa peau malgré le fait que tout le monde le raille, il redevient à nouveau attirant pour Marion. Ils font l’amour lors d’une scène de sexe absolument ridicule (…et cette scène n’est pas ridicule parce que Canet la voulait ridicule, juste parce que, quand Canet veut rendre un truc ridicule, ça le rend doublement ridicule.) …Et tout cela finit à Miami, où Guillaume décroche un rôle pour une série américaine de seconde zone… Mais qu’importe, parce que Guillaume et Marion s’aiment. Et que ce qui compte dans la vie, ce n’est pas l’image que se font les gens de vous. Ce qui compte, c’est que vous soyez aimé par votre chérie… Fin.

Non mais voilà quoi…
Tout ça pour en arriver à un message aussi cul-cul et ridicule que ça !
Mais quelle misère franchement !
C'est tellement triste de voir un gars qui essaye de faire une œuvre méta alors qu'il n'a clairement pas le recul pour ça. Pour moi, c'est à cela que se résume au fond toute l'histoire de Guillaume Canet dans le cinéma français : un auteur qui affiche du vide en pensant que c'est du fond.
Mais bon, peut-on lui en vouloir ? Car du vide qui prétend être du fond, n'est pas là finalement ce qui résume le mieux le petit milieu du cinéma français ?

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