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La chair de l'opprimé

Avis sur Sangue del mio sangue

Avatar Fritz Langueur
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Si l’on m’avait dit il y a encore de cela quelques mois, que Marco Bellocchio s’attacherait pour son prochain film à une ténébreuse histoire de démons et de vampires, je pense que j’aurai bien ri… Et pourtant, le réalisateur de « Le saut dans le vide » et de « La belle endormie », qui se veut un peu le chantre des êtres libres et affranchis, signe là une œuvre gothique, dont la flamboyance se justifie par sa grande ironie.

« Sangue del mio sangue » est une approche satirique et philosophique d’une Italie qui mène un combat séculaire entre progrès de l’histoire et drame de la fatalité, gangrénée depuis toujours par un état d’esprit mafieux. Et le parallèle entre le XVIème siècle et le notre n’en est que plus judicieux, « le mal » survivant malgré le temps qui passe et quelque soit les circonstances, à l’image du vampire.

Frederico, souhaite laver l’honneur de sa famille en réhabilitant la mémoire de son frère, prêtre défroqué ayant eu une relation coupable au couvent avec une novice et s’est suicidé ensuite. La novice est Benedetta, selon le pouvoir inquisiteur, elle concentre en elle toutes les forces du malin et subira outrages et sévices sans jamais faillir. Son charme ne le laissera pas insensible non plus…

De ce combat entre le bien et le mal, Bellocchio dresse un portrait parabolique, et au final assez dur, de son pays, tout autant qu’il lui adresse la plus belle des déclarations d’amour. Le film est d’ailleurs somptueux dans son approche historique, lumière très picturale (clairs obscurs à la Caravage cruauté à la Artemisia Gentileschi…) décors saisissants, contexte de l’inquisition bien traité. L’incursion à notre époque reste par contre plus mineure car menée avec moins de force de détail semble t-il. Le travail musical est lui aussi remarquable, les compostions de Carlo Crivelli et le mixage de Roberto Cappannelli ajoutent un degré irrationnel et nostalgique non négligeable à l’ensemble.

Le sans de mon sang, traduction littérale du titre, est sans équivoque. Marco Bellocchio, 75 ans, se penche une ultime fois sur une Italie qu’il n’a cessé de remettre en question et de réveiller, ces années durant, avec des films durs le plus souvent. Cette Italie qui coule dans ses veines est sienne. Et ce film de famille (beaucoup de ses proches y ont contribué) en est la plus saillante des démonstrations.

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