Revoir Showgirls à la faveur d’une rétrospective intégrale fait du bien à l’un des grands fours de Verhoeven : bien entendu, on est bien loin du chef-d’œuvre, mais tout autant l’est-on de l’étron honteux dans sa souvent passionnante filmographie.


Showgirls est un film sur la vulgarité et la bassesse, bassesses humaines dont le catalogue est le premier sujet de fascination chez le cinéaste : l’érotisme et le monde du spectacle subit le même traitement que l’univers militaire dans Starship Troopers, policier dans Robocop ou historique dans La Chair et le Sang, Black Book ou Le choix du destin : sans concessions faites au glamour potentiel du sujet.


Las Vegas, temple du paraître et des trajectoires fulgurantes suscite la fascination de ceux qui l’arpentent, bien moins de celui qui les donne à voir : dès la première séquence, l’autostoppeuse dégaine son couteau, se fait voler sa valise et vomit dans la rue avant de se rincer le gosier au soda : tout est dit.
Le personnage joué (très mal à partir du moment où elle parle, au point qu’on finit par se questionner sur ce que tout cela peut avoir de volontaire) par Elizabeth Berkley est un archétype, et tous les lieux ou personnages qu’elle croisera en seront tout autant. Showgirls emprunte au soap ses codes comme une sorte de camouflage lui permettant de se fondre dans la vulgarité ambiante. Qu’il suffise pour s’en convaincre de lister les éléments qui la composent : évocation des règles, viol collectif, violence, machisme et prostitution jalonnent cette Babylone rutilante et kitsch.


Il n’est pas innocent de tenir compte, lors de la première scène en boite de nuit où Nomi jouit de voir se déclencher une bagarre à cause d’elle, de la bande son : le superbe I’m afraid of americans, programme on ne peut plus en adéquation avec l’appréhension du cinéaste hollandais.


Les personnages eux-mêmes semblent avoir conscience de leur médiocrité, assumant leurs aphorismes bas de gamme : Life sucks. Shit happens. I'm a student of t-shirts, résume ainsi James, tandis que s’affrontent la blonde et la brune sur le modèle d’un cliché déjà mis en image dans Total Recall.


Showgirls ne laisse aucune chance : le personnage aux origines douteuses et forcément criminelles est le symbole minable d’une nation forgée dans le crime et l’avidité. C’est All about Eve dénué de son sens du dialogue, Le père Goriot sans aristocrates : le spectacle est plus effrayant qu’affriolant, les protagonistes des minables ayant compris, dans ce monde violent où l’on se fait virer tous les quatre matins, qu’il s’agit de sortir les crocs ou les seins pour se retrouver en haut de l’affiche.


Trop long, peu clair dans sa charge dénonciatrice, irritant, d’une vulgarité effroyable, Showgirls est pourtant le miroir fidèle du milieu qu’il dépeint, d’une époque dépourvue de toute élégance. Un marécage nauséabond qu’on s’entretue pour dominer :



There's always someone younger and hungrier coming down the stairs
after you.



(6.5/10)


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Sergent_Pepper
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le 25 mai 2016

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Sergent_Pepper

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