Excusez le titre, j’étais aussi peu inspiré que le montage de Clouds of Sils Maria. Les multiples cassures dans une même scène sont bien trop marquées à mon goût. Si ce n’avait été de cela, j’aurai pu attribuer un point supplémentaire au film du parisien Olivier Assayas ; connu récemment pour Carlos. Et ce malgré la présence de Kristen Stewart dans le second rôle. Qui pour une fois ne m’a pas donné envie de gerber.
Permettez que je contextualise un peu Clouds of Sils Maria avant de reprendre ou non mon champ de reproches et de louanges – peut-être, qui sait. Maria Enders a été repérée par le metteur en scène et écrivain Wilhem Melchior. Choisie par Wilhem pour interpréter un des personnages de sa prochaine pièce, sa carrière décolla. Des années plus tard, Maria Enders et son assistante Valentine sont conviées en Suisse pour récupérer une récompense de son mentor qui souhaite à tout prix éviter toute mondanité. Elle doit ensuite retrouver Wilhem à sa résidence de Sils, proche de la frontière italienne. Bien entendu, rien ne se déroulera comme prévu…
Cette relation entre Maria Enders (Juliette Binoche) et Wilhem Melchior est inspirée de celle qui unit l’actrice et le réalisateur. En effet, Juliette Binoche obtint son premier premier rôle dans Rendez-vous (1984), co-écrit par Olivier Assayas. Elle y jouait alors déjà une actrice.
Dans Clouds of Sils Maria, Assayas joue sur tellement de tableaux que je ne suis pas certain de pouvoir tous les évoquer. On notera surtout le traitement de la carrière d’acteur et du temps, magnifiquement mis en relief par le duo Binoche-Stewart et bien complété par Hanns Zischler et Chloë Grace Moretz, respectivement Henryk Wald et Jo-Ann Ellis dans le film.
En outre de ce thème, la région de Sils-Maloja est habilement détournée du simple rôle de carte postal. En s’intéressant au phénomène appelé le serpent de Maloja, un banc de nuages s’étirant tel un boa sur plusieurs kilomètres le long de la vallée, Assayas trouve prétexte à sa mise en abyme du concept d’hommage. On retrouve par ailleurs cet aspect majeur de Sils Maria dans la situation autour du personnage Wilhem Melchior. En réalité, Melchior était un poète et botaniste allemand naturalisé suisse qui avait filmé le serpent de Maloja.
Un trait moins perceptible de cette œuvre réside dans l’analyse qui est faite de l’image. Au théâtre, les comédiens renvoient l’image qu’ils ont d’un personnage. Cette notion d’interprétation est de fait la source de disputes entre les protagonistes de Clouds of Sils Maria. De surcroît, certains dialogues posent la question de la perception souvent erronée de l’autre au travers des médias.
Réunis, ces éléments contribuent à créer une atmosphère que je caractériserai d’envoutante et parfois trompeuse. Peut en découler un sentiment d’appréciation ou de rejet assez étrange de Clouds of Sils Maria. Il dépendra également de votre façon de gérer la montée du rythme.