Super 8

Avis sur Sinister

Avatar SanFelice
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Attention, cette critique contient des spoils.
J'aime bien regarder des films d'horreur, mais je suis vite déçu aussi. Dans ce genre, plus de 9 films sur 10 sont de sombres idioties mal foutues. Et puis, de temps en temps, il y a la surprise. C'est le cas de ce film.
Si Sinister est plutôt réussi, c'est grâce à deux facteurs importants : d'abord la volonté de traiter l'ambiance et non de choquer avec des litres d'hémoglobine, puis une capacité à ne jamais être là où on l'attend.

En effet, dès le début, quand on voit cette famille typique emménager dans sa nouvelle maison, on se dit que tout est couru d'avance, qu'on peut déjà prédire jusqu'à la dernière minute, tant cette situtation de départ se retrouve dans de nombreux films. Bien entendu, cette maison a vécu un drame terrible. Bien entendu, le père va faire d'horribles découvertes.
Cette découverte consiste en un carton au grenier. A l'intérieur, des bobines de film super-8 et un projecteur. Le père va visionner les films et découvrir que chacun d'eux montre l'assassinat sauvage d'une famille.
Le père va être vite très intrigué. Il faut dire que c'est pour ça qu'il a emménagé ici. Ellison (quel prénom !) est un écrivain qui n'a connu qu'un seul succès. Il pense se refaire un nom en écrivant des livres sur d'horribles crimes. C'est pour cette raison qu'il a organisé ce déménagement dans cette maison en particulier, sans l'avouer à sa femme, bien sûr.
Constamment, le film va nous prendre au dépourvu. Chaque fois qu'on croit deviner la suite, il y a un retournement ou une nouvelle surprise. Un serial killer ? et non ! Un film de fantômes ? Pas vraiment, pas uniquement en tout cas.
Chaque nouveau visionnage des films va resserrer un peu plus le filet autour de la famille. Chaque nouveau visionnage va également nous en apprendre un peu plus sur ces crimes. A chaque fois, un des enfants a disparu. A chaque fois apparaît une sorte de talisman. A chaque fois, on note la présence d'une ombre, presque un personnage... Le film est ainsi organisé en fonction des vidéos et de l'obsession grandissante du père. La réalisation progressera de la même manière au fil du film, les mouvements de caméra ou le montage devenant plus frénétiques.

Cette progression dans l'angoisse est une des grandes réussites du film. Le cinéaste a vraiment pris le temps d'implanter lentement une ambiance glauque, sombre, angoissante. Et c'est quand l'ambiance est là qu'il déclenche vraiment l'histoire, qu'il fait avancer l'intrigue. Nous, spectateurs, sommes comme le père : d'abord curieux, puis angoissés, enfin affolés.
Cette progression est d'autant plus intelligente que le cinéaste évite beaucoup des pièges des films d'horreur. Chaque fois qu'une des vidéos montre un crime, le cinéaste nous cache ces choses. On ne voit quasiment rien. Pas de litres de sang, pas de gros monstres baveux, pas de corps calcinés, etc.
Le scénario se permet même d'être intelligent. Les images constituent un thème central du film. Les peintures des enfants sur les murs. Le talisman. Les vidéos. Quand vient la révélation sur le rôle des images, c'est trop tard : le père est piégé, et nous aussi.
Car le film contient un belle mise en abyme. Le père regarde des vidéos, ce qui cause l'horreur. Et nous regardons un film. L'identification est ainsi facilitée (même procédé que dans Ring).
La bande son est très travaillée et participe beaucoup de cette angoisse également. Pas vraiment de musique, mais des bruits. On peut reconnaître un projecteur, une caméra, des chants incantatoires, etc.
De même, la réalisation joue beaucoup sur les ombres. Pendant une bonne partie du film, les images des vidéos sont déformées, les scènes sont peu éclairées : le cinéaste s'amuse avec les suggestions.
Le scénario m'a beaucoup intéressé également par les rapprochements que l'on pouvait faire avec l'univers de Stephen King : le père qui est écrivain (comme une bonne partie des personnages du romancier), l'influence de l'art sur la réalité (voir Rose Madder ou Duma Key), la volonté de s'ancrer dans la réalité quotidienne d'une famille typique.

En bref, une grande réussite du genre. Un film qui sait prendre le temps de s'installer, de monter progressivement. Peut-être la frayeur de l'année.
N.B. pour moi-même : dire que ce film est réalisé par celui qui a commis Le Jour où la Terre s'arrêta (avec Keanu Reeves) ! Quel chemin parcouru ! Espérons que cette amélioration sera confirmée par la suite.

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