Je hais les trains.

Avis sur Snowpiercer, le Transperceneige

Avatar Petitbarbu
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Une fois n'est pas coutume – parce que je ne raconte pas souvent ma vie – je vais commencer par vous parler un peu de moi. Et pourquoi ?
Et pourquoi pas ? C'est ta critique, d'abord ? Alors bon, quand même. Puis comme d'habitude, si tu veux passer à l'avis sur le film, repère le lien musical et c'est en dessous.

Je voulais aborder ce petit billet en criant ma désaffection des trains, des locomotives, des gares et tutti quanti.
Oui, n'en déplaise au lobby SNCF qui domine Sens Critique en coulisse, me voilà, Che Guevara des temps modernes, hurlant contre l’infâme domination du rail qui m'asservit dans ma condition de citoyen-esclave depuis ma plus tendre enfance.
Innocent, en effet, j'adorais les pernicieuses machines qui se présentaient à moi sous leurs beaux atours, subjuguant le gamin que j'étais avec leurs locomotives à charbon rutilantes et leurs TGV modernes et pimpants.
Embrigadé au dernier degré, je me fis offrir un jeu, après avoir tanné père et mère inlassablement, un jeu sur le bel ordinateur équipé d'un Windows XP – ou était-ce 2000 – dernier cri.
Par force de persuasion je finis donc par obtenir l'objet vidéo-ludique convoité. Un jeu de gestion de rail, ma compagnie à moi pour conquérir la plaine et devenir le nouveau magnat du train.

Quelle ne fût pas ma surprise quand je vis de multiples fenêtres recouvertes d'incompréhensibles hiéroglyphes, moi qui pourtant était un amateur éclairé du STR compliqué.
Quel ne fût pas le drame lorsque ma première compagnie s'écrasât lamentablement, banqueroute inévitable d'un empire du rail bancal dirigé par un enfant-président. On m'avait promit des heures de joies inconnues, de trains fendant le vent, on m'avait vendu du FUN !!
Nenni, j'étais l'esclave des tableurs, regardant les yeux embués de larmes mes profits diminuer et la banqueroute me foutre sur la paille avant même que ma première locomotive ne termine son trajet inter-cité pathétique.

Ce jour funeste fût le début d'une haine féroce, d'une bataille sans fin entre moi et le cheval de fer. J'allais de déconvenues en déconvenues, me voyant retardé par une grève à tel moment, embêté par un employé zélé au guichet à deux minutes du départ de mon train, pincé dans mes tentatives de fraudes à deux reprises là où mes camarades réussissaient avec succès à zigzaguer entre les contrôleurs. Esclave du bon vouloir d'employés mesquins, de gréviste intempestifs, d'odeurs de transpirations dans les RER bondés. J'enrageais.

J'ai juré la perte du rail et depuis lors ne fréquente plus ni gare, ni train, ni même petit train touristique. Je fais des crises d'urticaires violentes lorsqu'on me montre une image de locomotive.
Soigneusement, je choisis des films où cette machine diabolique se fait attaquer et déglinguer par des hors-la-lois ou des indiens que toujours j'encourage, jouant et rejouant avec délectation les scènes de destruction, l'ignoble machine quittant les rails de sa tranquillité pour venir s'écraser avec fracas dans la plaine. Douce musique à mes oreilles que l'explosion retentissante du moteur, cœur de la bête qui en un ultime sursaut s'arrête pour mourir là, stoppée net.

Musique pour la suite, Yona Lights.
Alors tu penses bien que lorsque j'ai posé les yeux sur le scénario d'un film Coréen proposant un train qui parcourt une terre gelée et rendue inhabitable par une nouvelle ère-glaciaire, j'ai eu un peu peur.
Puis très vite, on découvre ces parias en queue de train, nourrit à la chaîne, exterminés sans humanité qui fomentent une révolution, bouffant le train de l'intérieur, remontant les chaînons de la domination outrancière pour briser la tête et prendre le contrôle.
Merde quoi, c'est beau. J'en avais les larmes aux yeux, les encourageant d'un « vazy petit, pour tous les fraudeurs du monde ! » en trépignant sur mon canapé. Et bim, mort lui l'oreille, à ce contrôleur du futur armé de sa hache ! Mon internationale à moi, fichtre, j'étais tout empli d'émotion(s).

Indépendamment de mes humeurs, et si tu n'es pas dans la haine du train, tu pourras quand même te contenter de ce film qui, à mon humble avis est une réussite torpillée sur Sens Critique par les compagnies ferroviaires haineuses, SNCF en tête de file.

Car oui, camarade trainvolutionniste, Snowpiercer est une énième réussite du camarade Bong Joon-Ho qui nous immerge dans un futur post-apocalyptique original, embarquant son spectateur dans cette arche mécanique qui dévore les kilomètres sous l’œil impassible d'immenses montagnes neigeuses. Par une mise en scène soignée qui ne manque pas de folies et une ambiance de fin du monde plus vraie que nature (jusque dans les costumes, les détails d'un lit crasseux ou les plans d'extérieurs magnifiques et trop rares, on y reviendra). Luminosités crasses des voitures de queue, ambiances des wagons qui immergent directement et transporte le spectateur à travers une foulitude d'univers, la photographie est appréciable. Marque coréenne oblige. Les scènes de combat sont hyper-soignées, aux petits oignons, ralentis et silences au poil pour te laisser apprécier toute la violence en complet décalage ce qui te rends l'immersion totale.

Un ralenti, quand c'est bien fait, y a pas à dire ça envoie.

Bref, l'intégral est chiadé, le casting paie entre les acteurs fétiches du réalisateur, Song Kang-ho impérial comme à son habitude en expert de la sécurité tantôt fantasque et tantôt mortellement sérieux et Ko Ah-sung ( cette dernière incarnait la petite Park Hyun-seo dans The Host) qui délivre une performance très honnête. Le personnage incarnée par Song Kang-ho est le fil qui nous relie à la filmographie du réalisateur, souvent en décalage et amenant une touche d'humour qui nous est familier.
Progressivement, le réalisateur agrège autour de lui une équipe de choix, Chris Evans en tête, fort convaincant en leader torturé, notamment au détour d'une scène, cigarette à la main et larme à l’œil, accroché au plus près par la caméra . On notera la prestation d'une Tilda Swinton qui confessera s'être beaucoup amusé sur le tournage, ce que l'on voit à l'écran, et dans l'ensemble, la prestation convainc, l'ensemble des acteurs étant bien dirigé et en véritable synergie.
On se félicitera de la cohérence de l'univers, où chaque langue est traduite et où la communication entre les différentes nationalités ne se fait que par le prisme d'un appareil ou d'un traducteur maladroit.

Et un mot sur Ed Harris, the méchant of the film. Je n'avais pas vu le casting et lorsque la porte s'ouvre sur sa tronche narquoise, j'ai juste été subjugué. Il est parfait dans la peau de ce cynique leader prenant son rôle de guide messianique très au sérieux tout en étant très terre-à-terre. Puis son petit mot final. Parfait.

Le propos est classique, certes mais bien traité. Dans cette ambiance de fin du monde chaotique, orgiaque, les plus démunis ne sont pas conviés et mis à l'écart de toute cette jouissance apocalyptique lancée à 200 à l'heure, ils en ont gros et viennent réclamer leur part. Fuite oppressante à travers les wagons, on confine jusqu'à l'étouffement amenant chez le spectateur un désir de fuite partagé par les protagonistes qui se traduit par une échappée furieuse, fuite en avant dans autant d'écosystèmes uniques qu'il y a de wagons.

Puis d'autres considérations écologiques visibles, réflexions sur l'être humain dont je ne parle pas ici, parce que ça vous gâcherait un peu la fin et que franchement, l'effet pour cacher, effet « spoiler » sur Sens Critique je le trouve hyper-laid.

Comment ça je l'ai déjà utilisé dans cette critique ?
Non mais vois-tu, il y a une explication parfaitement logique et...

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