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Spring Breakers par Voracinéphile

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Oh, sainte putasserie, sois louée ! Dès l’ouverture du générique, le film a le mauvais goût d’aligner débauche sur débauche, filmant le spring break comme si c’était un catholique qui avait tourné Projet X. Sur fond de bouillie électro, des nichons, de la fumette, l’intégralité des figurants qui nous font des doigts d’honneur en gueulant « spriiiing breeeaaaak ! » (oh, notre ami le doigt comme nouveau signe de salutation), on est déjà dans le bain. Et c’est alors que s’ouvre le bal. Portrait qu’on nous annonce comme vitriolé, les étudiantes que nous allons suivre n’ayant véritablement que l’orgie à l’esprit (mais attention, sans sexe parce qu’on n’est pas des sal*pes). C’est probablement pour ça que le film se paye une aussi sale réputation sur le net. Il insulte le public qui serait intéressé par ses arguments (en les assimilant à des inconséquents amoraux capables d’enfreindre la loi simplement pour se payer de la bière au soleil), et pour les autres, c’est une débauche d’orgie anesthésiée (en gros, c’est piranha 3D sans les piranhas). Si la singularité de la démarche paye gentiment (et, avouons, la putasserie morale de l’objet réjouit un petit peu en montrant l’envers du décors des individus « cool » dans notre jeunesse), le film peine toutefois à tenir sur la longueur. Il se regarde très facilement (et pour le coup, il cerne très bien ses protagonistes (notamment la jeune catho (Selena Gomez), qui s’ennuie ferme en plein cours de catéchisme et qui part finalement pour rompre avec l’ennui, avant de vite déjanter), mais plus nous progressons dans son intrigue, plus les enjeux se réduisent à peu de choses. D’une charge morale contre les spring breakers, on passe à une initiation au monde de la délinquance, menée par un James Franco méconnaissable dans son rôle de rappeur qui deale de la beu et s’est lancé dans le dépouillage des spring breakers pour arrondir ses fins de mois. Un excellent personnage dont le film cerne bien le vide de la personne (il étale toutes ses possessions matérielle pour se persuader de sa réussite), dont on suit là aussi le parcours émotionnel avec un certain intérêt. Mais là encore, on ne va finalement pas très loin, car le film dévoile trop rapidement ses intentions. La charge morale est claire, peut être trop, et très vite, on tourne en rond. La bande annonce devient à ce titre un excellent résumé, car au final toutes les séquences fortes y sont spoilées. On peut toutefois rajouter un mot sur l’esthétique, très colorée pour l’occasion (couleurs saturées, éclairages fantaisistes, le film ne résiste pas à l’envie de faire une œuvre fantasme). A défaut de convaincre sur sa seconde moitié criminelle, Spring Breakers est une illustration chargée moralement de la débauche étudiante, qu’elle n’attaque pas toutefois sur un angle très objectif. Il aurait sans doute été plus pertinent de se focaliser sur les gueules de bois, les bad trips et autres réjouissances, et cerner davantage la vanité du phénomène (plutôt que de faire passer ses participants pour des criminels en puissance). Mais le potentiel étant toujours là, Spring Breakers fait office de petit film trash amusant à découvrir, et qui nous prouve une fois encore que James Franco est quelqu’un de très sympathique, qui n’a pas peur de mettre son image en jeu.

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