Un plan? Quel plan?

Avis sur Star Wars : Les Derniers Jedi

Avatar Anilegna
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Pour être tout à fait franche, j'étais inquiète.
L'épisode VII, bien que distrayant m'avait laissé un goût de cendres dans la bouche tant la situation mise en place était un reboot (honteux) de la trilogie originelle et n'augurait rien de bon pour les futurs épisodes en termes d'inventivité.
Mais tout n'était pas perdu malgré les poids aux chevilles imposés par des choix scénaristiques assez pourris (et je ne parle pas QUE de la mort de Han).

Et donc, me voilà devant l'épisode VIII. Comme d'habitude, l'ouverture, la musique, le titre et les petites étoiles me mettent en apnée pour quelques minutes tant j'ai développé un réflexe pavlovien d'excitation et de joie à l'écoute de la musique de John Williams couplée au STAR WARS jaune et lumineux qui s'enfuit dans l'infini.

Le résumé me semble familier "Les rebelles fuient leur base découverte par le Premier Ordre". Ok, donc s'il y avait eu de la neige sur la planète, j'avais décidé de m'arracher un doigt avec les dents.
D'autre part, on reprend donc juste à la fin du précédent épisode, et le Premier Ordre est DEJA en contrôle de la galaxie?
Alors excusez moi d'intervenir, mais ils ont fait exploser la planète de la république il y a 2 jours! Ca me semble un peu prématuré de dire qu'ils ont pris le contrôle! Mais nous avons besoin d'avoir un pouvoir oppresseur en place pour avoir une Rébellion (qui était une Résistance (à quoi on se le demande) dans l'épisode précédent). Passons.

Mais tout va de mal en pis à partir de là.
Ils fuient mais lentement, tout le monde fait encore des plans dans son coin sans en parler aux autres, donc ça marche pas (évidemment), on lance des missions avec des objectifs clairs mais personnes ne les accomplies.
Point positif, le personnage de Po, survendu dans l'épisode précédent alors que totalement absent, prend enfin sa place de héros, fait des trucs, réfléchi plus ou moins correctement

sauf quand il décide de lancer une mutinerie en pleine fuite face à l'Empire, pardon, le Premier Ordre

il est charismatique et sympathique, une vision bienvenue dans un monde de tanches et de flétans (désolée Rey et Fin, mais c'est vrai).

Et donc, la Rébellion fuit pendant 12h (je passe sur le voyage ridicule à Monte Carlo et les tentatives maladroites d'avoir un propos social et un tant soit peu profond (pourtant il y avait de l'idée, mais non)) pendant que Rey, qui on se le rappelle a trouvé Luke sur une île déserte, passe plusieurs jours à essayer de le convaincre de revenir et d'aider la Rébellion.
Consistance de la narration : 0

Donc Rey retrouve un Luke reclus et aigri (Mark Hamill sauve le film des turpitudes infernales auxquelles j'aurais pu le vouer : charismatique, subtil et habité (malgré ses désaccords sur le personnage et sa trajectoire), il présente un Luke meurtri et désillusionné passionnant). En effet, suivant des évènements dont on découvrira la teneur au cours des 2h30 que dure le film, Luke a perdu la foi. Malheureusement, ces scènes pour le moins intéressantes sont entrecoupées de la Rébellion qui fuit à la vitesse d'un escargot sous prozac alors que ces évènements se sont déroulés des jours voire des semaines plus tôt.

Pour finir, quand tout le monde arrive enfin au même endroit au bout de 2h (mais ça fait 12h pour les 1 et 15 jours pour les autres!) soudain donc, enfin, le scénario décide de faire bouger les choses. Arrivés sur cette planète blanche et rouge, la Rébellion retrouve son cerveau et le Premier Ordre pédale enfin un peu plus vite.
De scènes épiques (la bataille est visuellement magnifique, inventive, tendue, bref, c'est bien) en retrouvailles de légendes, de créatures inutiles qui deviennent utiles (enfin) en duel de l'esprit, la dernière demi-heure apporte enfin une âme à toute cette course en rond.

Peut être a-t-il fallu au réalisateur 2h pour se débarrasser du poids d'un épisode VII plein de scories à nettoyer. Peut être. En tout cas c'est ce qu'il fait :
Exit le casque de Kylo Ren : on est d'accord, il n'en a pas besoin et même si je ne suis pas impressionnée par la capacité de jeu d'Adam Driver, il s'en sort mieux sans

Exit Snoke, de façon maladroite et pressée. Aucune explication, aucune raison, aucune présentation pour ce personnage inutile mais qui le devient d'autant plus avec cette scène certes visuellement intéressante mais qui sur le plan de la relation Rey/Kylo revient à son point de départ
Exit Phasma dont personne n'a jamais su quoi faire et à qui réellement l'opposer

Exit le mystère de la naissance de Rey - je ne spoilerais pas ici mais je suis, pour ma part, assez satisfaite de cette résolution qui reste cependant très sujette à caution.

Certes, le nettoyage a du bon mais en attendant, il ne se passe rien et les éléments requis pour continuer l'histoire sont, eux, totalement bâclés : Rey devient Jedi sans entrainement par exemple.
Mais on passe un trop long moment sur cette planète casino pour rien (et vraiment pour rien en plus), on fait monter en puissance le personnage de Laura Dern pour rien. Bref tout ça pour ça.

Conclusion : ont-ils vraiment réfléchi leur trilogie?
Et bien je ne pense pas.
Comme les personnages qui partent bille en tête et sans réfléchir, sans plan, nos producteurs (oui c'est une trilogie de producteur, de commande et pas de réalisateur) filment à l'aveugle. Le premier film a été écrit sans penser au second (je ne parle même pas du troisième) et celui-ci ne sait clairement pas où il va, handicapé par l'opus précédent dont il n'a pas su prendre les qualités tout en éliminant les défauts, il manque clairement d'anticipation et présage d'une résolution qui s'annonce laborieuse.
Georges Lucas a été beaucoup critiqué, par moi aussi, quand il a commencé à défigurer la trilogie avec des bestioles envahissants et a pondu une prélogie aux personnages falots et inconsistants mais au moins, il a une trame générale qui va d'un point A à un point B. S'il n'a pas tous les tours et détours des péripéties, il sait où il voulait en venir, qu'on soit d'accord ou pas, qu'on apprécie les intrigues politiques ou pas (personnellement, ce n'est pas ce que je reproche à la prélogie). Et je ne fais pas dans la nostalgie et le "c'était mieux avant" et "les nouveaux ne peuvent pas faire aussi bien". Ce n'est pas le propos. Je n'ai rien contre les changements de ton, les idées nouvelles au contraire. Je n'ai pas besoin qu'on me raconte la même histoire, j'ai besoin qu'on me raconte une nouvelle histoire qui soit compatible avec l'univers dans laquelle elle se déroule. Et franchement, c'est plutôt libre comme univers. Et surtout qui soit cohérente! Mais non, j'ai droit à du réchauffé et à des maladresses scénaristiques honteuses pour qui sait lire (est ce quelqu'un lit les scripts?).

Restent à sauver tout de même quelques beaux moments pour Carrie Ficher (à part une ballade dans l'espace qui restera dans les annales du ridicule, franchement!!!) pleine de force et de confiance, qui fait un excellent duo avec Poe, mais quoi de plus étonnant, elle aime les gentils vauriens; une idée géniale pour le dernier duel; un Luke débordant de charisme (plomber par une ménagerie de créatures toutes plus inutiles les unes que les autres, voire dégoutantes), une relation Rey/Kylo au prémisse intéressant et trouble (mais comme dit plus haut, retour à la case départ), un Poe avec la carrure d'un héros malgré ses erreurs flagrantes, une ou 2 visites de vieux amis utiles ou pas mais bienvenues et une musique toujours parfaite.

Malheureusement, la force n'est pas puissante dans celui là.

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