Ta gueule, c'est magique.

Avis sur Star Wars - Les Derniers Jedi

Avatar Kane Banway
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Sortir de la salle après un film émotionnellement lourd, je connais. Sortir après un navet déjà oublié après les premières notes du générique de fin, idem. Sortir tellement indécis qu’il m’a fallut une bonne heure avant de réaliser que oui, j’avais bien vu un Star Wars, c’est maintenant aussi dans mon CV.

Je ne vais pas aller bien loin dans la critique sans spoil, donc faisons bref pour les retardataires qui ne l’ont pas encore vu : Si vous êtes un fan Hardcore de la saga, que vous avez haï le 7, je pourrai vous dire de passer votre chemin. Mais voilà, vous êtes un fan. Et dans la bible du fan, on regarde tout. Même le pire, quitte à beaucoup pleurnicher par la suite. Si vous êtes un « suiveur » non religieux de la saga, cet épisode 8 se regarde sans problème. Si Star Wars avait une check list, celle-ci est parfaitement complété par ce dernier film. Nouvelles créatures, nouveaux décors, rebondissements à foison, situations désespérées, sabres laser, Force, méchants très méchant et combat spatiaux...
Un film popcorn que vous pouvez regarder... car cela reste après tout un très bon divertissement ! D’où l’une des deux étoiles que je lui ai mis : j'ai rentabilisé mon pop corn.

Voilà, j’ai été gentil et aimable. Maintenant pour ceux qui l’ont vu et qui se demande quelle nouvelle ânerie un « pseudo-fan » va sortir pour démonter ce bijoux de « prise de risque » ou d'audace, le spoil commence ici. Et je vais m’étendre, car j’ai le temps, c’est les vacances !

On s’en bat les couilles.

Si dans le 7 je m’étais dis que JJ Abrahams ne s’était pas foulé, et avait finalement refilé au prochain réalisateur tout risque de se faire étriper par les fans en osant quoique ce soit ; je ne peux clairement pas reprocher à R. Johnson d’avoir fait de même.

A mes yeux, la vision de son film se résume à une scène : Luke jetant le sabre laser que lui tend Rey, comme une vieille chaussette. Pour simplifier la lecture des paragraphes suivant ( et m’épargner du copier coller), je vais utiliser « LSO » pour « Lancer de sabre aux oubliettes. » ou pour résumer l’idée principale qui en ressort : On s’en bas les couilles. Admettez que LSO « Lancer de Sabre aux Oubliettes » c’est plus poli.

Tout le propos est là. Tout le contenu du film est dans cette scène : on jette tout à la poubelle, car on s’en contrefiche. Oui, tout. Même le 7. Pendant plus de deux heures, Star Wars VIII va s’efforcer de fermer de manière chirurgicale toutes les portes qu’Abraham avait ouvert dans le VII. Origine de Rey ? LSO. Origine de Snoke, construction de celui-ci ? LSO. Kylo Ren en adolescent rageur qui tourne définitivement du côté obscur en prenant le choix irréparable de tuer son père ? LSO : il reste un adolescent rageur qui n’a donc pas changé d’un iota ( ce qui rend la mort de Han relativement inutile puisqu’il reste indécis.) Capitaine Phasma : la plus grosse blague de cette nouvelle saga... LSO (en même temps, j’admets que ce n’est pas une grosse perte, tellement ce personnage a été pauvrement introduit – et utilisé.). La vision de Rey en touchant le sabre ? LSO. Le sabre lui même en fait ? devinez quoi ?...

Il n’y a rien d’audacieux à claquer des portes pour le plaisir de
faire du bruit

Bref, tout le film répéte à l’envie, ad-nauseam que le passé doit être oublié, qu’on doit aller de l’avant sans rester accroché à ces stupides gardiens de temple qui crient dès qu’on touche à leur culture pop préférée... Problème, à force de fermer des portes, on en oublie qu’il faudrait peut-être en laisser ouvertes quelques unes... pour s’assurer un futur.
Or mis à part la trame des personnages (la future confrontation Ren/Rey) il n’y a rien. Poe n’a jamais eu d’adversaire si ce n’est lui-même, et Finn a fini son arc avec Phasma... sans grand éclat autre que celui de la montée en charge des ordinateurs de CGI.

On peut trouver ça audacieux. Personnellement, j’ai trouvé ça triste. Il n’y a rien d’audacieux à claquer des portes pour le plaisir de faire du bruit, de choquer son audience, et ensuite de camper mains sur les hanches et de clamer « Ah, c’est MOI qui ai fermé cette porte ! ». Super. Et après ? Ou est l’audace dans un univers profondément binaire (Sith/Jedi) où l’audace aurait plutôt été de s’attaquer de front au manichéisme de la saga ? Luke en héritier des Jedi, et Ren en héritier certes maladroit mais obstiné des Sith, et Rey qui aurait pu intervenir entre les deux pour leur montrer une troisième voie ? Or en lieu et place d’audace, on voit les personnages retomber dans leur position standard des héros des années 80 : le méchant très méchant et La gentille, très gentille... On est loin de Rogue One avec ses rebelles borderline extrémistes et lâche...

Ce film est un cadavre exquis payé la centaine de millions de dollars la demi-heure

Impossible de ne pas voir la plus grosse faille de cette nouvelle saga : aucun plan, aucun scénario écrit à l’avance. Ce film est un cadavre exquis payé la centaine de millions de dollars la demi-heure. Johnson a pondu sa vision, chiant dans la mare avant de se redresser tout fier en montrant son étron du doigt s’exclamant : « C’est le mien, inimitable, et très personnel ».
Je ne peux pas le lui reprocher : c’est le propre d’un artiste de s’approprier une œuvre, pour la faire sienne, et transmettre sa vision au spectateur. Mais je peux sincèrement détester son approche car elle a amené des « choses » d'une pauvreté scénaristique innommable que je ne croyais plus possible que dans une saison 6 de mon petit Poney.

Car Johnson adore ses plot twists autant que Abraham aime ses Lens flare. A tel point que j’ai eu la sensation qu’il avait une liste de twist qu’il voulait faire, et qu’il a ensuite écrit son scénario en fonction de ces twists, saupoudré d’intervention divine ( Deus ex Machina ou plus simplement : Ta gueule c'est magique) pour se sauver de la panne sèche. Ainsi nous avons un scénario de base qui est d’une tristesse presque palpable quand on y réfléchi deux secondes :
Les rebelles résistants fuient en ligne droite faute de carburant, le nouvel ordre au fesse...
En ligne droite. Pendant 18 heures.

Pendant 18 heures, les méchants vont faire « piou-piou » sur le cul des gentils juste pour dire « ohé, on est encore là ! ». On va oublier un instant qu’il n’a jamais fallu 5 heures à un croiseur impérial pour calculer un saut dans l’hyperespace et arriver, au-hasard, en face des fuyards pour les coincer. On va aussi oublier que dès le début, les gentils résistant veulent alerter leurs alliés qu’ils sont dans la mouise pour obtenir de l’aide... et qu’ils ont des vaisseaux dans le hangar capable de saut vers des systèmes lointain (celui utilisé par Rose et Finn) mais vont « oublier » leur existence pour choper la radio la plus proche et envoyer ce signal... sauf à la dernière demi-heure du film, offrant la possibilité d’un sacrifice humain devenu maintenant syndical.

Snoke « Netmeeting » , et Luke « Prue » Skywalker

Non content d’un scénario aussi précaire qu'un intérimaire chez Renault, nous allons subir les aventures particulièrement inutile de Rose et Finn (rappelons qu'ils échouent et provoquent la mort de la moitié des résistants survivant, ainsi que de Luke.) qui vont surtout servir à faire littéralement exploser le compteur de Deus ex Machina.
Besoin d’un Hacker de génie ? Ça tombe bien, ils peuvent contacter un personnage (...que... quoi ? Ils peuvent appeler de l’aide extérieure ?) qui leur donne les coordonnées gps du Hacker le plus proche (Uber Hacker ?ok, je sors...). Ils peuvent quitter tranquillou la flotte traquée par les méchants (aveugle) ni vu ni connu, et s’offrir des vacances à Monaco pendant 15 heures. Coincé en taule ? Pas de problème, Monopoly Hacker : fourni avec une carte :« je peux sortir de prison quand je veux, mais j’attendais les héros sur ma couchette ». Je suis poursuivi ? Chevauchons ces créatures que nous n’avons jamais vu et sans doute jamais monté (quitte à ce que les gosses en charge ne se fassent massacrer plus tard, LSO)... et ainsi de suite. Ne parlons pas des nouveaux super pouvoir de la Force : Snoke « Netmeeting » , et Luke « Prue » Skywalker, ou de Yoda Konoha-« je suis un fantôme mais j’invoque la foudre » au diable la logique, après tout. Ou plutôt, ta gueule c'est magique.
Mais maintenant j’attend Star Wars X : Avengers avec une impatience proche de l'hypothermie.

Un type qui n’a absolument rien à voir avec le Skywalker qu’il aurait
dû être

Et enfin, la mort de Luke dans tous les sens du terme. Oui, la scène du duel est badass. Oui, j’ai aimé la réaction de Kylo Ren qui au lieu de descendre lui faire face directement comme on aurait pu s’y attendre, préfère lui atomiser la tronche. Car c’est une réaction somme toute logique, de faire feu de tout canon pour annihiler un danger potentiel, plutôt que d’appliquer la page 9 du guide du parfait méchant « j’affronte en un contre un mon ennemi juré », juste après la page 8 « j’explique mon plan machiavélique en détail à mon ennemi juré ».

C’était agréable de voir une réaction logique. Qui a du sens. Parce que rien dans le personnage de Luke dans cet épisode n’a de sens. Tout le personnage qu’on voit dans le VIII semble être un type qui n’a absolument rien à voir avec le Skywalker qu’il aurait dû être. Et force est de me dire au vu du reste du film, que si le personnage de Luke a été écrit ainsi c’est uniquement pour surprendre le spectateur. Encore une fois, au détriment de toute logique.

Dans ma tête, j’ai pensé à ce que j’appelle le syndrome Jim Phelps. Certain connaissent la série Mission Impossible, où Phelps est le personnage central, un héro, un type bien, qui protège ou venge les siens. Dans le film éponyme avec Tom Cruise, ce personnage est transformé en raclure de bas étage. Le tout parfaitement justifié par le protagoniste lui-même, bien sûr. Mais ce n’est pas le problème. Forcement, c’est un twist qu’on ne pouvait voir venir. Qu’il soit tué oui, qu’il soit un vieillard aigri, qui trahis toute la logique de son personnage depuis 40 ans, non. Et pourtant si.

Ici, Luke est l’opposé de ce que son personnage aurait dû - en toute logique - être. Il aurait du rester près de sa sœur pour l’aider à surmonter son chagrin. Il aurait du traquer Ben pour le ramener par la peau du cul à ses parents. En Rey, il aurait vu une opportunité d’entrainer un padawan pour foutre une raclée à Kylo Ren... Bref, il n’aurait pas tout laissé tomber pour boire du lait bio en bord de mer en pleurant sur son sort. Luke n’a jamais été un type qui laisse tomber ses amis... et ce depuis l’épisode IV avec son laïus à Han qui se fait la malle, le pognon sous le bras, et le V où il abandonne son entraînement dés qu’il sent un danger pour ses amis. Ou le VI... bref, c’est Luke.

Mais si le but du film est de faire table rase du passé, de ses anciennes icônes, oui, ça se tient. Et si en plus on a un tic nerveux d’écriture qui consiste à vouloir « surprendre le spectateur toute les cinq minutes », on le rend suffisamment lâche et empêtré dans sa culpabilité pour que sa dernière action d’éclat (en wifi) soit plus héroïque que la moyenne. On en extirpe une légende, et quelques images assez jolie.

Il y a les ingrédients, mais la sauce ne prend pas.

Mais c’est si pauvre, en regard de tout ce qui aurait pu/dû être fait. Et si pendant le film je n’avais pas compris pourquoi mes tripes étaient aussi hésitante entre l’immersion complète et le rejet total, maintenant je sais. Il y a les ingrédients, mais la sauce ne prend pas. Il manque le minimum syndical de respect vis à vis du personnage lui-même. Pas un respect intégriste quasi religieux, non. Juste le respect de la couleur du personnage, de son passé visible, de son intégrité et des valeurs qu’il a représenté dans le passé.

Au final, en voyant le VIII, j’ai apprécié certaines scènes, le côté blockbuster décérébré à la Transformers : pas de scénario, juste une fuite en avant avec des explosions, de l’action, et de l’humour en dosette, pour terminer sur une confrontation inévitable. Si on ne regarde pas en détail le scénario, si on se cache un œil, et que ça fait vingt ans qu’on a pas vu les anciens Star Wars, ça peut largement passer avec un paquet de popcorn et une petite bière (ou 8, pour fêter ça).

S’il est ridicule à vouloir retrouver la « magie de la première fois que je vois un Star Wars », je m’attendais au minimum à une certaine dose de respect, déjà bien compris dans le 7,tout en allant de l’avant pour créer quelque chose de nouveau. A ma grande surprise, je me suis dit qu’Abraham n’avait finalement pas fait un si mauvais boulot que ça, et que la nouvelle qu’il allait reprendre les rênes pour la suite n’était pas si mauvaise...

PS : Je ne m’étend pas sur Snoke qui malheureusement n’a jamais été une menace à mes yeux, faute d’élément introducteur. Je vous invite à revoir le début du Retour du Jedi, quand Vador annonce l’arrivée de l’Empereur à son général impérial. Ou de l’art de laisser un type menaçant comme Darth Vader lui-même, expliquer que son boss, il est pire. En deux lignes de dialogue.
Snoke, en deux film, il est juste méchant parce qu’il fait du basket avec la force. Ah et il a un gros hologramme. Dans les deux films. Pfiou, terrifiant.

PS2 : Vous avez vraiment tout lu ? Wow...

Edit : ajout d'une étoile : certain plans sont beaux, et j'ai aimé revoir Carrie Fisher.

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