L'insulte

Avis sur Suspiria

Avatar Baybrick
Critique publiée par le

Ça va faire bientôt deux mois que je me tape presque que des merdes au cinéma et si je l'ai bien cherché pour Venom je commence à croire que je deviens une boussole vers le sud, comme ce bon vieux Durendal, je n'ai pas envie de vivre tout le temps mon Vietnam au cinéma, et je pensais sincèrement avoir un film à minima intéressant...

Et en fait j'ai été insulté pendant deux heures trente, j'ai d'abord pensé à Mother ! mais en fait ce n'est rien à côté de cet étron, car on peut croire aux vingt premières minutes de Mother !

Mais là c'est la catastrophe intégrale prétentieuse et veine, qui n'a pas uniquement l'audace de se réclamer du premier film et de le saccager mais de faire ça avec tout le genre horrifique, si ce n'est le genre cinématographie tout cours, dans un but surement, mais je me demande encore ou se trouve l'intelligence et la pertinence dans cette chose.

C'est bien simple absolument rien ne fonctionne, tout n'est qu'artifices, esbroufe, c'est un film d'adolescent pour nostalgiques naïfs peut-être...

La première heure, c'est assez indigeste, tu laisse ses chances au spécimen, pour voir ou ça va réellement, mais ce qui gonfle déjà c'est le montage, qui ne coupe jamais quand il faut, qui ne laisse aucune intensité, aucune séquence respirer et donc fonctionner, qui ruine tout début d'ambiance, mais ce n'est pas encore spécialement mauvais c'est juste bancal. Vient s'ajouter un contexte historique qui peut sembler intéressant pour traiter de l'horreur (mais qui va s'avérer d'une lourdeur indécente), et pour ce qui est de la fameuse esthétique, les zooms et changements d'axe paraissent assez forcés, tu penses à une volonté de reconfiguration des codes du giallo, mais en fait c'est juste de la merde prétentieuse, bourrée de racole, d'excédents et de fausse complexité.

La photographie à ce défaut des productions récentes qui se veulent indépendantes, c'est de faire surgir son artifice du modèle Instagram, dans ce côté faussement vintage qu'on retrouvait notamment dans A Ghost Story.

Mais là ce n'est que la surface, c'est frustrant, il y'a une séquence pas trop dégueulasse de danse en montage alterné qui arrive à ne pas être trop débile mais qui est très mal monté, les raccords montrent déjà des signes de faiblesses, il y'a déjà cet aspect artificiel dans cette volonté de faire son giallo, son expérimentation du montage, mais c'est juste n'importe quoi et grossier.

Et grossier le film le devient totalement dès le moment ou un personnage se tue de manière aléatoire, gratuite et grotesque (et je ne parle pas des séquences de rêve, qui sont un patchwork de tout ce que t'as pu voir dans un rêve au cinéma depuis 20 ans, sous forme de clip), toute l'esbroufe prend de plus en plus de place, ça ne raconte absolument rien, ça case des références grossières ou évidentes à la guerre, une phrase pseudo féministe bien de son temps qui ne veut rien dire et ça sombre dans l'hystérie totale teinté d'une prétention scénographique comme j'en ai rarement vu. C'est un film qui se regarde filmer plus qu'autre chose et qui est absolument ridicule, il ne s'en dégage aucune grâce, efficacité ou un réel travail expérimental, que de la racole de film d'auteur, quand on imagine le hipster dans tout ce que ça implique de plus cliché, ce film devient la référence, il est ultra hystérique mais veut se la jouer contemplatif, ça devient juste chiant, boursouflé et donc hystérique à la fois, c'est une prouesse oui, mais ça n'a rient de subtil ou de pertinent.

C'est aussi fou de rater à ce point toutes tes séquences qui se veulent "posseuses" et "composées", aucune séquence de danse ne marche, parce que rien n'est cadré correctement, il n'y aucune composition de l'espace, tu sens que rien n'est réellement pensé, et que faire un montage pseudo expérimental mais surtout très grossier et aucunement pertinent est la seule gageure, et vue qu'il y'a vaguement les mêmes couleurs que dans le Suspiria original ça passera et ça sera "un partie pris esthétique" et un "hommage".

D'ailleurs parlons en du premier Suspiria, il est vrai que le 2018 est avant tout mauvais dans son entité même mais il se permet aussi de tout refaire en moins bien et grossier, parce qu'au final l'angle de la guerre froide n'est pas traité et ne fait que rajouter une heure à ce supplice, mais on voit très bien Guadagnino n'a pas compris ce qui faisait l'efficacité du premier film. C'était un film somme toute simple, un thriller avec des éléments fantastiques qui mettaient du temps à surgir et donc il y'avait un vrai travail de tension, ça ne s'embourbait pas à vouloir avoir un quelconque propos politique (en fait ici ce n'est qu'une lapalissade), c'était bien plus simple, humble et Argento sait quand même mieux penser sa mise en scène cela va de soi, surtout qu'il réussissait sans vraiment trop en montrer à en faire un film à la limite de l'érotisme, qui traitait réellement de la figure du corps féminin meurtri, il ne faisait pas du clip, ce n'était de toute façon pas la mode, il ne faisait pas surgir le fantastique de façon ridicule dès le début, bref il pensait son rythme, ne s'égarait pas...

Et le ridicule de l'ensemble n'aidant pas, j'ai commencé à crier lorsqu'ils t'on ressorti Jessica Harper un peu avec la même véhémence que lorsqu'on te ressort Carrie Fisher dans SW8. Il y'a un réel malaise extérieur au film dans ce travestissement du personnage et de la personne, tu sens que c'est pour titiller une fibre nostalgique, et au final c'est juste vulgaire et inutile, comme tout ce putain de film en fait.

Pour ce qui est de la fin, qui est un supplice et qui en plus ne veut pas finir, tu apprend donc que le vieux qui vient ruiner tout début de tension dramatique en entrecoupant tout le film à perdu sa femme dans les camps (ce qui est absolument prévisible, en fait je me demandait même pourquoi on faisait de la fausse dramaturgie sur ça tant ça semblait évident), tu as une séquence gore ridicule, ou on te fout un filtre rouge pour te rappeler que quand même t'es devant un remake de Suspiria, avec des ralentis moches, j'avais l'impression de voir le remake d'Evil Dead en pire, et tu apprend que le personnage principal qui est abandonné pendant plus d'une heure de film était le méchant, ce n'est rien d'autre que de la paresse d'écriture et du foutage de gueule, et ça se cache derrière une pseudo esthétique expérimentale pour justifier sa stupidité.

Mais ce n'est pas finis, et tu as un épilogue pénible ou tu comprend très bien ce qui c'est passé mais ou te sur-explique bien, jusque dans un plan indécent ou on te filme en gros plan un coeur avec des initiales introduit plus tôt, plus racoleur ce n'est pas possible...

Je dois être trop vieux pour ces conneries comme on dit, j'ai besoin d'autre chose que de l'esbroufe, une film qui se regarde filmer et qui ne filme pas, tout dans l'effet de style et rien dans la mise en scène, que de l'outrance, tout le champ lexical du film d'horreur débile est convoqué, en même temps que celui du film d'auteur pour venir se prostituer devant les Hipsters, c'est d'un consensuel, c'est faussement rebelle, subversif, c'est vraiment pire que du Aronofsky.

Je crois que le Halloween de Gordon Green s'est moins foutu de ma gueule...

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