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Suspiria par Loïc Guimard

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Suspiria, premier du nom est un film culte réalisé par Argento durant les années 1970. Un ovni filmique tellement particulier qu'il en est inexplicable. Une sorte de monument à la fois intouchable et dont le simple fait de parler de remake en insulte l’appellation. Parce que Suspiria c'est avant tout un film dont la forme est in-détachable du fond. Traitant du thème de la folie, de l'angoisse, d'Alice au pays des merveilles et possédant une forte puissance émotionnelle, il est marquant de par ses couleurs criardes et sa bande originale aussi inspirée que perturbante (la musique est volontairement aussi forte que les dialogues des protagonistes, je pensais que c'était un mauvais encodage, mais c'est aussi le cas sur le blu-ray).

Voilà pourquoi en faire un remake est sacrément couillu. A tel point qu'aucun réalisateur ne s'y est attelé à la tache en 42 ans. Mais en 42 ans le cinéma a changé de style, de langage filmique et surtout de convention lorsqu'il s'agit de film d'épouvante. Généralement, les relectures de films d'horreurs sont très bonnes, et il en existe beaucoup.. Cependant Suspiria n'est pas seulement un film d'horreur.

L'intrigue est très similaire même si l'on alterne entre le point de vue de notre héroïne et d'un personnage âgé dont chaque acte ou mot n'a ni queue ni tête. On sent que le réalisateur veut rendre hommage à Argento en y reprenant la thématique et toute cette chromatographie rouge en plus de situer le contexte à nouveau dans les années 70. Vieux bâtiments à l'appui, longueurs inutiles, découverte du sous-sol dès le début pour nous gâcher tout le suspense, héroïne qui ne s'étonne pas de remarquer des choses anormales, apparition de Jessica Harper facilement dispensable (Chloé Moretz aussi d'ailleurs), et enfin final raté.

En bref, le gros bémol de ce remake c'est son personnage principal. En plus de lui avoir inculqué une histoire antérieure des plus soporifiques, elle n'a aucune faiblesse ni même crainte. Par conséquent, on ne s'inquiète ni de savoir son passé, ni de vouloir connaître son avenir. Là où Argento rendait ses femmes attachantes de par leur étrangeté, Guadagnino, lui, développe affreusement mal ses personnages. Et je ne parle pas seulement de son héroïne mais de toutes, d'ailleurs, je n'ai aucun souvenirs d'avoir entendu parler ne serait-ce qu'une de ses camarades de classe.

Suspiria 1977 était avant tout un film d'ambiance (au charme vraiment unique) dans lequel une jeune femme timide et menue, passionnée de danse constatait des choses surnaturelles dans sa toute nouvelle école. Mais il y a avait toujours cette justesse dans le jeu de sorte que l'on doute s'il s'agit bien d'un rêve ou de son imagination : Est-ce l'autorité de sa prof ou bien une vraie entité satanique sous toute cette façade ?

Dans ce remake, l'essentiel a disparu. En plus d'être mal taillée pour le rôle, Dakota Johnson (trop grande donc moins vulnérable) ne se méfie de rien ni personne, elle se contente juste de danser encore et encore, puis finalement apprendre qu'une drôle de cérémonie se déroule six pieds sous terre.

Au final, et c'est très triste à dire, même si aucun plan n'est laissé au hasard, et malgré un vrai effort de mise en scène, cette version 2018 est un travail au cordeau pour ce qui est des chorégraphies fortement réjouissantes. En tant qu'oeuvre cinématographique, il pourrait se laisser regarder, mais en tant que remake il n'est qu'un sous-produit, dont chaque fragment nous donne juste envie de revoir son modèle bien supérieur.

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