Pica… chu(t)

Avis sur Swallow

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Hunter (la délicieuse Haley Bennett) est la charmante épouse de Richie (Austin Stowell). En ouverture du film (voir la bande-annonce), son père (David Rasche) annonce au cours d’un dîner que Richie lui succède à la direction de son entreprise. On ne saura jamais l’activité de cette entreprise. Peu importe puisque c’est une affaire qui marche au vu du milieu dans lequel évolue la famille.

Bientôt Hunter révèle à Richie qu’elle est enceinte. Excellent nouvelle : un héritier qui pourra un jour lui succéder. La future maman n’a plus qu’à s’occuper des préparatifs avant la venue au monde du bébé : couleur des rideaux de la chambre et autres détails dans ce genre.

On apprend alors à mieux connaître Hunter, car Richie passant ses journées au boulot, la jeune femme occupe seule une grande et belle maison moderne, sur les hauteurs en bord d’une rivière (magnifique vue d’une terrasse avec balustrade en verre immaculé, au point qu’on peut un instant se demander ce que va donner son geste quand elle vient s’y appuyer).

A l’occasion Hunter retrouve sa belle-mère qui, incidemment, lui demande si elle est heureuse ou si elle fait semblant ? Que penser de l’hésitation de la jeune femme avant sa réponse ? Probablement se dit-elle qu’à vrai dire, elle ne sait pas (son refrain, à toutes les questions qu’on lui pose). Les scènes d’intimité du couple Hunter-Richie révèlent une entente basée sur la réussite sociale et donc essentiellement sur l’argent que Richie étale sans complexe. Rapidement, on réalise que, sous ses airs de bel homme à l’avenir prometteur, Richie est un macho de la pire espèce. Il faut le voir essayer et commenter une cravate que Hunter a eu la malencontreuse idée de repasser.

Hunter n’est pas si épanouie que ça, malgré son apparence physique soignée de jolie blonde aux yeux de biche et aux délicieuses formes féminines. Même si au lit, elle s’arrange pour que Richie y trouve son compte, on sent bien qu’elle ne connaît pas la véritable tendresse. Arrive ce qui devait arriver, son malaise se manifeste sous la forme d’un TOC (trouble obsessionnel compulsif), méconnu mais désormais identifié (et nommé Pica). Quand personne ne risque de la déranger, Hunter est prise d’envies irrésistibles : avaler (to swallow) des objets aussi divers qu’incongrus voire dangereux pour son corps (surtout de femme enceinte). Son but semble être du type défi et elle va jusqu’à récupérer ces objets dans les toilettes quand son corps les évacue. Bien nettoyés, ils constituent une sorte de collection.

Bien entendu, son secret ne résistera pas aux divers examens qu’elle passe pour surveiller sa grossesse et son mari découvre le pot-aux-roses ! Furieux mais impuissant, Richie hurle « C’est le genre de choses qu’on dit avant de se marier ! » Désormais surveillée de près, Hunter va devoir consulter une psychothérapeute. Le but : tenter d’obtenir une réponse à la question du pourquoi.

Dans ce film globalement assez lent, Carlo Mirabella-Davis (réalisateur et scénariste) prend le temps de détailler le comportement de Hunter, pour laisser aux spectateurs le temps de se faire leur opinion sur les raisons profondes du trouble de la jeune femme. Soucieux des détails et s’inspirant de l’histoire de sa grand-mère, le cinéaste a consulté l’experte reconnue mondialement du Pica. On réalise progressivement que la très effacée Hunter vit comme dans une prison, certes dorée, mais une prison quand même. Elle ne peut sortir que sous surveillance et les séances de psy pourraient virer aux séances de torture. Soumise à la question (pourquoi ?) elle ne comprend pas ce qu’on veut lui faire dire.

C’est presque par inadvertance qu’elle avancera que son passé pourrait avoir une certaine importance.

Pour le spectateur, l’aspect jubilatoire du film est d’observer le TOC de cette insignifiante jeune femme menacer le pouvoir de l’argent dont cette famille portée vers la réussite matérielle use à l’envi. Le soin apporté aux décors, aux costumes, ainsi que les couleurs et l’éclairage permettent de faire sentir le milieu que Hunter a intégré en épousant Richie. Les cadrages (dont pas mal de gros plans sur Hunter), les attitudes, le dialogue et les échanges de regards en disent long sur la relation entre le mari et la femme.

Curieuse (autant que nous spectateurs qui ne savons à peu près rien sur elle), sa belle-mère finit par demander à Hunter comment elle gagnait sa vie avant d’épouser Richie. Maladresse scénaristique : comment imaginer que Richie ait pu l’épouser sans donner un minimum d’informations à ses parents ? Ce qui ne dit pas comment Richie a choisi Hunter (et réciproquement). On peut tout envisager : amour, séduction, intérêt, opportunisme. Sur son milieu familial, on devra se contenter de ce que dit Hunter : enfance banale.

Pour résumer, il faut bien dire que Richie a tout simplement acheté Hunter. D’ailleurs, il se comporte en propriétaire, lui dictant ce qu’elle doit faire, racontant ce qu’il veut sur elle et à qui il veut. Réalisant la gravité de la situation et son potentiel dévastateur pour ses ambitions personnelles, Richie voudrait assister aux consultations avec la psy. Il y renoncera à une condition qu’il achète là aussi...

A la suite de quoi, deux points émergent. D’abord l’influence des origines de Hunter. Autre élément fondamental, pourquoi ces crise de Pica se sont-elles déclenchées une fois Hunter enceinte ? Sans donner d’explication rigoureuse, le film laisse entendre que Hunter cherche (maladroitement) à rejeter cet enchainement par la maternité à un milieu familial qu’elle a appris à redouter.

Si le personnage de Hunter est très étudié, par opposition Richie est caricatural : beau gosse à l’avenir doré, mais obnubilé par la réussite matérielle. A quoi s’intéresse-t-il ? Aucune idée, peut-être à rien d’autre que construire son personnage. Malgré sa réussite matérielle évidente, il n’affiche aucune référence culturelle, alors que son intérieur et tout ce qui l’entoure manifestent plutôt du bon goût.

Il faut attendre la dernière partie pour voir Hunter enfin mériter son prénom (chasseuse) en disant face à la personne qui le mérite « Maintenant, c’est moi qui commande ! » d’un air si convaincu qu’il en devient menaçant.

Finalement, elle va trouver le moyen radical pour fuir sa condition et le dernier plan laisse espérer qu’elle va enfin prendre son envol, comme un oiseau (swallow = hirondelle). Cet ultime plan (caméra fixe) court jusqu’au générique de fin qui montre à sa façon la réalité de la condition féminine.

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