Ou l'histoire du roi de la jungle sans les animaux

Avis sur Tarzan

Avatar ElCaracol
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Je vois déjà vos regards affligés. "Tu es allée voir ça?!". C'est sûr que ça ne présageait rien de bon. Mais le fait est que je m'ennuyais à en mourir. Et ce film m'a fondamentalement distraite : j'ai en effet été très occupée, tout du long, et plusieurs heures encore après la fin, à réfléchir à la façon dont j'allais tourner ma critique.
Par où commencer, en effet ?

Assez aléatoirement, mais finalement c'est ce que je retiendrai de pire de ce film, ce qui l'achève totalement, et l'empêche d'acquérir même le pitoyable statut de "film qu'on s'amuse à regarder en mettant absolument tout son bon sens et son bon goût de côté". Et ce défaut, c'est :
qu'est-ce-que c'est MOCHE !
J'avais été assez déçue par l'aspect plutôt raté et peu crédible des gorilles dans la bande-annonce. Mais le film, loin de démentir la laideur de ces quelques plans, plonge dedans avec allégresse et nous tartine la rétine du bestiaire africain le plus mal créé par ordinateur jamais vu. Ça fait que l'émotion censée être ressentie quand Tarzan fait un câlin à un lion se transforme en ricanement parce qu'on s'imagine immanquablement le pauvre acteur obligé de câliner une grosse saucisse verte ou à un pauvre autre acteur recouvert de capteurs. Et "toute la sagesse du monde" qu'on peut lire dans les yeux de l'éléphant ? On est à deux doigts de voir les 0 et les 1. On se demande si l'air dépité de Samuel Jackson est uniquement dû à son interprétation du personnage.

Ce point décrédibilise déjà terriblement un film qui se veut (euh... je crois?) un tant soit peu "réaliste" enfin disons plus sombre. Malheureusement, le scénario ne fait rien pour améliorer cela, et même fait tout son possible pour sauter à pieds joints sur le spectateur en train de se noyer dans la débilité de la projection.
Déjà, on nous colle un scénario historico-politique relativement complexe, à coup d'intros qui nous présentent des cités légendaires dont on ne verra jamais la couleur, de personnages secondaires qui viennent vous expliquer un arrière-plan politique pas franchement simple, et qui finalement n'aboutit, après moult circonvolutions aussi inutiles que lourdingues, qu'à l'incroyable plot du "Jane se fait enlever, Tarzan doit la sauver et les méchants sont de vilains esclavagistes". Admettons-le : le reste, le roi de Belgique qui a des dettes, veut choper des diamants, créer une armée (mais pour attaquer qui?!), voire tuer tout le monde (ou le réduire en esclavage?), le méchant qui a soif de gloire/immortalité/vengeance/ on sait pas trop trop, et l'autre méchant-pas-si-méchant qui veut aussi tuer Tarzan, et qui déclenche toute l'histoire, ben on peut l'oublier aussi, après une résolution de son conflit vieux de dix ans en moins de trois répliques. Chapeau !
Bref, une fois qu'on s'est rendu compte que les efforts qu'on a consenti à faire pour comprendre l'arrière-plan et les tenants et les aboutissants du scénario ne finiront que dans une purée immonde de demoiselle en détresse et de musclor qui court dans la jungle, on se sent déjà un peu blasé. Mais après tout, on est là pour voir du musclor et de la demoiselle en détresse, non? Ben on va être servi !
Mais là encore, c'est moche. Des plans iconiques de Tarzan qui saute de liane en liane, qui détourne quasiment un train à lui tout seul, sauve Jane en lui roulant une pelle au passage (véridique - après tout, quelle concentration ça demande de se balancer de lianes en lianes au milieu des explosions, hein?), ou encore se bat avec des gorilles numériques sont tellement estampillés "virtuels" que ça en devient risible.

J'en viens maintenant au personnage de Jane. Oui, car ils ont visiblement, dans la tendance actuelle du "soyons féministe, au moins jusqu'à ce qu'un homme rappelle les femmes à l'ordre", tenté de rendre le personnage de Jane un peu plus combattif. Eh bien, disons qu'on repassera, en effet. Et le fait de faire dire au personnage sur un ton ironique "Je suis une demoiselle en détresse" n'empêche pas le film de se vautrer dans le cliché de la femme qui a une personnalité uniquement jusqu'à ce qu'elle voit des abdos bien dessinés, ou qui se rebelle seulement jusqu'à ce que les méchants la corrigent. Et après elle se contente de regarder le spectacle en attendant Tarzan avec des yeux larmoyants. Enfin, pour une femme qui est née et a grandit à 50 mètres de la jungle, s'étonner de tomber sur un gorille quand on se met à courir en gueulant dans la jungle toute seule... comment dire? Ça n'aide pas à être crédible.

En parlant de méchant, eh bien parlons-en. Je ne peux même pas dire qu'il aurait pu être bien, parce que Christopher Waltz fait de son mieux avec ce qu'il a : le même rôle que d'habitude, en bof. De raffiné à cruel en passant par juste lâche, il a toutes les qualités pour être un méchant prévisible. Mais je ne résiste pas à l'envie de vous parler de sa fin - oups, incroyable spoil-, qui est mémorable. Attention, cette fois ça va "vraiment" spoiler.

Que dire, en effet, quand le méchant tente d'étrangler le musculeux Tarzan avec son chapelet en soie d'araignée exotique (j'ai rien retenu, trop occupée à lever les yeux au ciel), et qu'il ricane tel un méchant, pendant que Tarzan attire discrètement les crocodiles en imitant leur cri nuptial (sic) ? Et QUE DIRE lorsque Tarzan s'en sort BRILLAMMENT en... attendant, je vais sauter une ligne tellement j'ai besoin de prendre mon élan pour rapporter cette énormité...

... en contractant les muscles de son cou pour casser le chapelet?

Eh oui, sauvé par son body-building.

Ceci ne résume cependant pas le film, qui ne sera PAS sauvé par l'étalage de pectoraux d'Alexander Skarsgård. Non, je m'ennuyais, mais je n'étais pas désespérée à ce point.

Bref, je ne vais pas continuer, et pourtant il y aurait des choses à dire. Sur le vague effort qu'ils ont fait de dénoncer les discriminations (s'il y avait un message plus subtil, je ne l'ai pas trouvé), ou bien sur les problèmes de rythme qui rendent les climax mous du genou, ou l'élément comique de Samuel Jackson. Mais je vais m'arrêter là, parce que l'image d'une autruche numérique en gros plan en train d'attaquer la caméra m'est subitement revenue, et mon cœur va bientôt lâcher.

Attendez le DVD pour ne pas le regarder. Sauf si vous voulez vraaiiiment rigoler de la personne qui l'a acheté en vous le faisant prêter.

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