"I have a dream"

Avis sur Taxi Driver

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Cette semaine, le KingRabbit a pioché dans son chapeau magique TAXI DRIVER, pour ma pomme.

Je commence ce petit billet pour dire que je n’avais jamais vu ce film dans son intégralité, juste quelques séquences ici et là – et la fameuse scène du « You talking to me » – en me disant que « ouais, ça m’a l’air pas mal », cependant sans jamais avoir l’envie particulière de suivre les aventures de ce chauffeur de taxi.

Pour moi, le cinéma de Scorsese, c’est d’abord Les Affranchis. Tout comme le cinéma de Verhoeven était Robocop, Total Recall et Starship Troopers, en boucle, avant que le KingRabbit ne m’initie aux joies (ou au dégoût pour l’un par moment) du Le choix du destin, La chair et le sang et « SPETTERS !!! ».

Le film commence comme il se termine, par la nuit, de la fumée, des néons, des rues bondées, voir mal fréquentées, des putes et des petits malfrats. Un chauffeur de taxi insomniaque (ex-marines) un poil névrosé qui dépeint ses journées et celles des autres dans un « journal intime » en voix-off. A vrai dire, je me sens presque à la maison, en terrain connu, mon film type. Les films que j’aime et c’est le cas. Ajouter à tout ça une bande originale jazzy et je dirais que ce film est fait pour moi.

Les 15 premières minutes sont assez grisantes. Le décor, l’ambiance, l’imagerie maitrisée, un assemblage quasi parfait d’introduction.

Arrive ensuite la séquence de Betsy et tout ce que cela implique, notamment sa proximité par son travail et son utilité pour le spectateur à la présentation du Charles Palantine, personnage fil rouge.

La confrontation de deux mondes opposés, la contradiction même d’un mec paumé et névrosé faisant le taxi dans un monde totalement crasseux et pourri, la nuit, et Betsy, la belle Betsy, rayonnante, travaillant en pleine lumière, dans des locaux bien éclairés, bien rangés, formatés. Pour la société un signe de réussite.

Travis voit Betsy comme une porte de sortie, donc une possible réussite dans sa misérable vie. Le voile de « l’échec » de la guerre du Vietnam en fond et son retour à la vie de tous les jours comme chauffeur de taxi raté « n’importe où, n’importe quand » doivent être effacées par l’arrivée et la conquête de Betsy. C’est d’ailleurs certainement pour cette raison que Travis s’accroche désespérément, à ce moment-là du film et après la malencontreuse scène de leur rendez-vous cinoche, à la retrouver et à épier les locaux dans lequel elle travaille, sans jamais la voir.

C’est aussi le début de sa lente descente (et le seul gros défaut à mes yeux du film, sa lenteur). Il est à la fois victime et prisonnier. Victime de son parcours militaire qui lui a valu névroses et insomnies. Puis prisonnier de la société dans laquelle il vit, pas plus reluisante, représentée par les excès du décor et de la ville New-Yorkaise (tenter de guérir ses insomnies et ses névroses par la vue d’images pornographiques et passivement par la vue d’un monde vicieux) dans laquelle il doit pour continuer de vivre, survivre. (L’entrainement intensif)

Travis est un taulard dans les ruelles de la mort qui aurait bien vu, par l’entremise du personnage de Betsy (venant de l’extérieur), une remise en question de sa peine carcérale dans cette prison à ciel ouvert.

Charles Palantine dans le rôle de politique joue le double-face, le visage d’une enflure de première à l’écart des regards (le passage dans le taxi de Travis et son discours de faux-cul) et celui du sauveur mettant fin aux souffrances lors de ses discours en public. Son intérêt premier est la présidence, qu’importent les manières, qu’importent les beaux-discours. Il vient de l’extérieur, comme Betsy. Il dépeint et se sert de la misère de Travis et de ceux vivant dans le monde de Travis pour atteindre son objectif. Il utilise le « nous » dans ses discours, « nous avons souffert au ViêtNam… » « Nous le peuple », alors qu’avant de se décider à monter dans le taxi de Travis, son assistant lui rappelle qu’il aurait été mieux d’attendre la limousine. C’est ainsi qu’il apparait aux yeux de Travis, plus tard, comme un bourreau, l’homme politique dans sa globalité, à l’origine de tout ce désastre. Pour Travis, Palantine devient de fait, l’homme à abattre.

Les personnages de Betsy et Palantine ont servi à mettre en exergue les désillusions de Travis quant au monde extérieur à sa prison qui se trouve être tout aussi pourri et tout aussi envahi de requins. La porte de sortie que Travis cherchait auprès de Betsy, il la trouvera finalement avec l’arrivée du personnage de Iris (Jodie Foster), la jeune prostituée, qu’il a déjà entrevu à plusieurs reprises succinctement tout au long du film.

Cette porte de sortie voulue par la voie de l’apaisement par le biais de Betsy dans le premier tiers, finie par devenir dans le dernier tiers une voie mortifère, le couloir de la mort inévitable.

Travis en est conscient, quand il dit à Iris qu’il lui enverra de l’argent pour qu’elle puisse s’enfuir, mais qu’il ne pourra pas la suivre car il sera sans doute mort (par le biais de la lettre notamment). Tout comme le fait de brûler les différents bouquets de fleurs représentant sa relation envers Betsy y met un terme définitif. La métamorphose névrotique de Travis, sa mue tant morale (son expérience à travers les barreaux de sa prison sur roues à voir la crasse chaque nuit) que physique (le corps ayant subi un entrainement intensif et la coupe iroquois punki-esque du rebelle), lui permettront à terme de mettre symboliquement fin à la pourriture (Keithel et les maquereaux) qu’il voulait tant voir nettoyer de sa prison.

Travis le névrotique, à la fois victime et prisonnier, fini sa course endiablée au bout du couloir de l’immeuble, cherchant à se donner la mort puis à demander par le geste final avec sa main à ce que les flics l’achèvent. Une mort qu’il trouvera symboliquement par le coma.

La scène finale nous montre le « nouveau » Travis, acclimaté, nous rappelant le discours de son collègue Sorcier. Il laisse, comme signe de guérison, sur le bas-côté la belle Betsy dans une dernière course. Elle n’est plus pour lui la porte de sortie.

Le seul reproche que je puisse faire à ce film et après un certain recul, c’est sa lenteur. Le film prend tellement le temps de poser son univers qu’il en devient (peut devenir) par plusieurs moments ennuyant. On ressent des lourdeurs. Peut-être aussi est-ce dû au fait que je suis habitué à ses autres films. Les Affranchis et Casino entre autres.

Cela n’empêche que l’on ressent aussi, déjà la patte Scorsese. Le 6/10 initiale est un peu dur, je rajoute un petit point.

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