L'Amour comme pansement des plaies du monde

Avis sur Terminator

Avatar FloBerne
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Cette critique risque de vous révéler de nombreux éléments de l'intrigue du film.

Il aura suffit d'une phrase, d'une seule réplique déclamée par un Michael Biehn au charisme de loup blessé pour que je tombe amoureux de l'univers de Terminator, de ses acteurs et de ses personnages, et que je comprenne, tout enfant, ce qu'il représentait à l'époque de sa sortie, et représente différemment aujourd'hui : une révolution thématique et cinématographique, un soulèvement des cyborgs au box-office qui se perpétuera jusqu'à ce que la résistance Marvel ne vienne l'en détrôner (et qu'on doive supporter les écarts progressistes d'un ultime épisode au destin funeste).

Tout aussi novateur à l'époque que maintenant, Terminator s'impose à l'écran comme un uppercut de Tyson dans les gencives des amoureux de la critique du cinéma d'action : celui que les élites cinéphiles considéraient alors comme un idiot incapable de jouer autre chose que les gros bras prouvera, avec l'aide de Cameron et de son Colt 1911 argenté à visée laser qu'on pourrait aujourd'hui qualifier d'aussi iconique que la Mini Gun qu'il vide dans T2, que sa carrière à peine débutée donnera l'occasion au cinéma de divertissement de l'époque (qu'il soit d'action, de science-fiction ou fantastique) de se renouveler perpétuellement.

A cette idée géniale d'un Cameron qui, à peine entré dans le milieu du cinéma (étant donné qu'il n'en aura réalisé qu'une infime partie, rappelons que Piranha 2 ne compte pas dans sa carrière comme film à part entière, mais bien comme expérience de tournage désastreuse), aura rêvé de cette machine increvable, armée dans son dessin initial d'un couteau et séparée d'une partie de son anatomie métallique.

A cette mise en scène géniale d'un Cameron qui, élevé dans l'héritage des films noirs et des films d'horreur classiques, mêlera pour son oeuvre thriller, film policier, romance, action pétaradante soutenue par des étincelles jaillissant de toute part du décors (c'était le premier long-métrage à utiliser autant d'effets pyrotechniques superflus) et des principes de film d'anticipation certes inspirés, pour le principe, d'un certain comics, X-Men Days of Future Past, mais aujourd'hui encore ahurissants de réalisme, de modernité et de clairvoyance.

Ce futur dystopique, entre le bleuté crade et l'illumination de la nuit par les lasers de T-800 aux yeux rouges perçants, se compose autant de ruines que de restes humains écrasés par les bases gelées de ces tueurs métalliques, de patrouilles de la mort en pleine surveillance que de survivants résistants parqués dans des souterrains poussiéreux, sans autre occupation que celle de regarder les flammes s'agiter dans un téléviseur éventré, ou de jouer à la guerre avec ses amis en bas âge pour scénariser inconsciemment la manière qu'on aura de mourir plus tard.

Il entre parfaitement en représentation futuriste de cette Amérique des bas-fonds, de ses rues pleines de journaux voltigeurs et de ses clochards sans pantalon, de ces ouvriers qu'auraient pu y rester sous ces éclairs tirés de nul part et de punks robustes bien maltraités par la silhouette Herculéenne d'un Schwarzenegger avec supplément prothèses de sourcils : le char autrichien n'aura jamais si bien porté son surnom que lorsqu'il entre valser dans des boîtes de nuit, ou qu'il vient demander des renseignements aux policiers d'un commissariat pourtant bien armé.

Indestructible, inarrêtable, le Terminator autrichien se pose, dès ses premières secondes d'apparition à l'écran, comme l'un des antagonistes les plus iconiques et influents de l'histoire du cinéma : sa veste en cuir, ses lunettes noires larges et ses gants à clou, son oeil opéré à la barbare, sa manière de virer les gens qui téléphonent et de tirer dans le tas quand il faut chopper une seule cible, de réceptionner les balles en terminant sa course au travers d'une vitre, et surtout celle de se relever comme si de rien n'était, presque sans aucune blessure après s'être pris un chargeur entier entre le coeur et les poumons font de ce personnage fascinant l'un des méchants les plus charismatiques et impressionnants du 7ème art en général.

Qu'il parle si peu sous le visage dur et le regard perçant de Schwarzy ajoute à son inhumanité : les seuls mots qu'il prononcera, tous essentiels car annonciateurs d'un danger imminent, seront si bien choisis que nombre d'entre eux deviendront cultes. A contrario, Kyle Reese, tenu par le fantastique mais trop rare Michael Biehn, passera son temps à expliciter la situation à Sarah Connor et donc au spectateur, lui qui incarne le lien entre le réalisateur, son film et le public.

Si faible en comparaison de l'autrichien, il incarne la majeure partie des enjeux qui ne concernent pas Sarah Connor, nous offrant un aperçu d'à quel point la résistance sera, à l'avenir, désespérée, seule, fragile et torturée. Mené jusqu'au bout d'une guerre par un dirigeant en lequel il croit, Reese incarne les valeurs et vertus de l'honneur, du courage à toute épreuve, de la loyauté sans faille, et de la foi en une mission qui partait dès son départ dans la direction de la faillite totale.

Étranger, garçon d'une vie future qu'il tentera d'anéantir en changeant le cours de l'histoire, Reese nous surprendra lorsqu'il sortira cette phrase, cette unique phrase qui changera le cours de plusieurs vies : celle de Sarah Connor, la sienne, celle de John Connor et la mienne, enfant découvrant le cinéma de genre des années 80, ses prouesses et ses paresses, ses oeuvres cultes, fondatrices et ses daubes infâmes qu'il aimât presque tout autant.

J'ai traversé le temps pour toi Sarah. La bombe est larguée, l'amour consommé (scène incroyablement filmée, d'un romantisme et d'une sensibilité dignes des plus esthétiques tableaux intimes) et la fin déclarée : Reese et Sarah viennent de donner naissance à l'embryon de John et de signer l'arrêt de mort de Kyle, et l'intrigue de s'alambiquer de façon géniale dans une boucle temporelle éloignant l'idée de base de la simple dystopie en l'inscrivant du côté des drames Shakespeariens : le fils envoie le père dans le passé pour qu'il aime sa mère le temps d'une nuit, amour qui sauvera l'humanité, en sachant pertinemment qu'il y perdra la vie par courage, par devoir, et surtout par amour.

C'est qu'on se croirait presque John Connor en le revoyant à chaque fois, sachant tout aussi bien où voulait en venir Cameron dès les premières secondes de sa bobine : et le drame, toujours plus intense à mesure qu'on prend en compte toutes les pistes de réflexion et les directions prises par une intrigue superbement ficelée, de ne jamais perdre de sa portée émotive. Les larmes montent toujours au même moment, et la mentalité de l'enfant d'autrefois reprend le contrôle de mes esprits, empêchant le sublime Terminator de perdre de son efficacité, de son éclat particulier, gardant cette tragédie au sommet de mes films préférés.

Terminator, où Shakespeare écrivant sur les destinées tragiques de nos technologies.

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