Darkness Falls

Avis sur The Dark Knight Rises

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"It’s not who I am underneath, but what I do that defines me". Empruntée à Begins, cette ligne de dialogue entre Batman et Rachel Dawes (à l’époque Katie Holmes), définissant le justicier masqué comme un symbole immortel, offre un angle d’attaque intéressant à l’aune de la conclusion de Christopher Nolan, devenu géant parmi les géants. Car, le succès de The Dark Knight a fait de son réalisateur un démiurge intouchable. Il faut dire que le Caped Crusader revenait de loin, abandonné une dizaine d’années plus tôt aux mains baladeuses et aux délires gogo-fluo-comico décomplexés du fion de Joël Schumacher. Si, avec son traitement résolument sérieux (louchant sur Year One), Begins remettra la franchise sur de bons rails, The Dark Knight de s’imposer comme l’une des meilleures variations autour de la chauve-souris (aux côtés de celles de Miller, Moore, Morisson, Timm ou encore Arkham Asilum). Film somme, très gros morceau de cinéma magnifiant le(s) personnage(s), son univers, TDK s’offrait au spectateur tel un grand thriller urbain mâtiné de vigilante, habité par le chaos, foisonnant de thématiques (pouvoir, justice, criminalité, esprit humain, terrorisme…), mais ne s’écroulant jamais sous leur poids car écrit avec rigueur et parcouru de purs moments de grâce (l’ouverture, Hong-Kong, la course poursuite, l’interrogatoire, etc.).

Comme tout le monde, The Dark Knight Rises, on y croyait dur comme une bite en bois !
Un héros populaire, des ronds en pagaille récoltés au box-office, un Joker à jamais parti, pas difficile de comprendre l’attente paroxystique autour de ce 3ème volet. D’autant que Chris préfère prendre son temps plutôt que de replonger dans les dédales de son Gotham et s’en va tourner un truc avec quelques potes. Divertissement haut de gamme, noyé des obsessions de son auteur, Inception se muait en une ingénieuse cash machine mais n’en laissait pas moins apparaître quelques lézardes sur la façade de la baraque : direction d’acteurs à la ramasse, tunnels de dialogue, incapacité à gérer le beau sexe, etc. Pas grave, pas rancunier pour un sou, on était prêt à tout oublier (et puis, faut pas déconner, le thriller science-fictionnel du british se laissait mater quand même), pensant qu’il en gardait sous la pédale. Comme tout le monde, The Dark Knight Rises, on y croyait dur comme une bite en bois ! Idéalisé, survendu depuis 1 an et demi par le rouleau compresseur marketing de la Warner, entraîné malgré lui sur le terrain du fait divers par quelques canards racoleurs depuis la tuerie d’Aurora, TDKR s’est vu couvrir de louanges par les plumitifs de tous bords. Impossible d’émettre la moindre réserve sans déclencher l’ire des fans et passer pour un troll aigri sodomisateur de chatons et dépeceur de chinois. Nolan et son film ne supportent pas la critique. Pourtant, force est de constater que si Christopher n’était pas Nolan, l’anglais aurait fini pointé du doigt au fond de la classe, parmi les cancres, le caleçon remonté dans la raie. Car oui, TDKR - au-delà de porter en son sein toutes les tares d’Inception – n’est pas seulement une déception à la lumière de l’attente démesurée engendrée par le second volet, non, c’est tout simplement un mauvais film. Et ça, ÇA, on ne n’y attendait pas…

Partant du principe que vous vous êtes tous pressés en salles (plusieurs fois peut-être même) pour voir la bête, on ne va pas trop se gêner pour dévoiler des pans entiers de l’intrigue. Enfin si on peut vraiment parler d’intrigue…

RAS (AL GHUL)

TDKR n’est pourtant pas dénué de bonnes idées. La première d’entre-elles et pas la moindre : Bane. De l’ouverture spectaculaire sur son personnage à son combat (rendre Gotham aux petites gens ; détruire la ville aussi dans un second temps, c’est vrai), Tom Hardy (galbé comme un catcheur au régime blancs de poulet et amphets) succède de belle manière au Joker. Le pari était loin d’être gagné, mais la gestuelle, le style brutal de l’acteur et la voix déformée à la limite du compréhensible font le reste. Si, comme sur les précédents, la Némésis fait de l’ombre à Batounet, ici le spectateur prend carrément fait et cause pour elle. C’est qu’entre un révolutionnaire anticapitaliste redonnant les clefs du pouvoir au peuple (alors ouais la vindicte populaire c’est pas tout le temps franchement ragoûtant, on vous l’accorde) et un bourgeois capricieux volant au secours d’autres bourgeois dans leur tour d’ivoire, le choix est vite fait mon salaud. Pas de pot, malgré le charisme (et le fait qu’il soit le perso le plus intéressant du machin), Bane sera sacrifié comme un vulgaire second couteau en fin de métrage au profit d’un twist flétri d’incohérences érigeant Cotillard en bad guy ultime dans le seul but de raccrocher les wagons avec Batman Begins. Ouch. Peu importe que la frenchie joue comme une savate (elle est encore plus imbuvable que dans Inception ou le truc sur Piaf…). Clairement pas (bon) directeur d’acteurs, Nono s’est toujours reposé sur de bons performers. Sauf que du coup, les erreurs de casting (Marion, bien sûr, mais aussi Joseph Gordon-Levitt aka le nouveau Keanu Reeves et ci-après dénommé « Tête de cul », ou encore Anne Hathaway) se font visibles comme le nez au milieu du masque. Mais, Chris s’en branle, de toute façon il fait ce qu’il veut.

THE RIDDLER SCRIPT DOCTOR

Narrativement on n’est pas loin de la catastrophe. The Dark Knight est nié (tout au plus une photo de Dent). 8 ans se sont écoulés depuis que le Joker a mis Gotham à sac. Bruce a disparu pendant 7 ans et se trimballe maintenant avec un look d’ermite « Hefnerien » (la robe de chambre, la canne, le manoir, manque plus que la pipe…). Qu’est-ce qu’il a bien pu foutre pendant tout ce temps ? On s’en fout (enfin nous non mais les auteurs si), il aurait tout aussi bien pu cueillir des melons en Charente. La magie du cinéma le remet sur pieds en 5 minutes et il repart à la filoche comme au bon vieux temps. Enfin, taper le carton avec la myriade de personnages qui traversent TDKR. Pire qu’un final de concert de rap, tout le monde est convié sur scène. Bane, Talia, Selina, Alfred, Lucius, Gordon, Blake, on en passe et des clins d’oeil pourraves (coucou je suis Cillian Murphy, tu m’as reconnu ?). Sorte de fan film mal dégrossi, TDKR turbine à l’ellipse (bah ouais, difficile de montrer tout ce beau monde sur moins de 10 heures, faut bien trouver une parade) et aux échanges verbeux interminables. C’est pas dur, un peu plus, on était dans un film français. Et pas un bon. Chaque personnage se croit obligé de raconter ce qui se trame à l’écran afin que le péquin lambda pige bien de quoi il retourne et comment Christopher bah c’est trop un mec intelligent. Débarrassé de David Goyer (Blade 2, Begins, TDK, Dark City), les frangins Nolan enquillent les passages embarrassants : le monologue de Blake (Tête de cul) débarquant chez Wayne et lui avouant qu’il a toujours su qu’il était de Batman, d’une manière générale TOUS les passages avec Tête de cul ou Cotillard, Wayne dans la prison, etc. Et puisque tout se passe et se résout par le verbe, inutile de vous dire que visuellement, c’est quand même plutôt dégueulasse. Mais, Chris s’en branle, de toute façon il fait ce qu’il veut.

EPIC FAIL

Coutumier du fait, Nolan cadre ses combats en plans serrés. C’est pratique on n’y voit que dalle. Le découpage est d’un dilettantisme affligeant (grosso merdo plans de taille et plans américains, partout, tout le temps), la mise en scène à l’avenant. Pour l’épique, faudra repasser. Chris avait mieux a foutre. En guise d’affrontement final, un climax castré, et ce qui devait ressembler à une guerre civile de prendre les allures de B hongrois avec figurants sous alimentés (non mais faut les voir se passer une peignée pour y croire), dans lequel Batman échange deux trois politesses avec Bane avant que le second ne se fasse sommairement dézinguer tel un pauvre sparring partner de seconde zone (voir plus haut) par Catwoman. Anne Hathaway, qui se demande un peu ce qu’elle fout là. Nous aussi. Pas grave ça servira à alimenter une bonne vieille love story sous-jacente complètement pétée du bulbe, et un final refoulant de mièvrerie et de renoncement narratif, piétinant sans honte la thématique sacrificielle inondant le métrage (et qu’on s’est quand même bouffé 3 heures durant les copains). On n’était plus à ça près… Et encore, par décence, on n’insistera pas sur les twists et métaphores écrits un lendemain de pétage de coin a l’ether. Non parce que sinon on risquerait de se prendre la tête à deux mains mon cousin… Mais, Chris s’en branle, de toute façon il fait ce qu’il veut.

Formellement amorphe, grandiloquent, gavé de thématiques mal digérées, farci d’incohérences, film raté, dévoré par la suffisance et la toute puissance de son auteur, TDKR devait enterrer Batman dans un final crépusculaire. Ce sera la fosse commune, aux côtés des Blade 3, X-Men 3, Wolverine, et tout un tas d’autres gus drapés de latex. C’est con, car avec un peu de rigueur a l’écriture, un real qui arrête de se regarder le nombril, des acteurs (seul Caine émerge et vu les lignes de dialogue, fallait le faire) et un directeur photo (mes dieux que c’est laid), on tenait là un film. Un vrai. Ouais ça fait beaucoup. Ultime affront, TDKR se la fait coller sur le front par le médiocre Avengers. Et ça, ÇA, on ne s’y attendait pas… « Why do we fall sir? So we might learn to pick ourselves up ».

*Chronique rédigée à l'époque de la sortie en salles

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