Elle est où la tortue ?

Avis sur The Green Inferno

Avatar Lucas Hueber
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Impossible de passer devant ce film et ses diverses bande-annonces sans se dire que, bordel, ça ressemble quand même vachement à Cannibal Holocaust, ce film. Les protagonistes qui partent dans la jungle et qui se demandent, en tout bien tout honneur, qu'est-ce qu'on va faire de cette putain de civilisation qu'on vient de découvrir ?

En dehors du fait de se faire bouffer, pas grand chose. C'est con parce que ce film est vendeur. Y'a un truc. Le pitch est facile. La réalisation aussi. Mais j'sais pas, y'avait un truc qui m'avait attiré et j'avais toujours voulu voir ce film sans jamais pouvoir le faire. Chose faite et...

Je suis satisfait d'avoir vu ce film. Même s'il n'est pas faramineux à des niveaux pour lesquels on attend un film (scénario, photo, réal, musique, dialogue), il y a une force dans ce film. Déjà, perso, c'est très rare que j'ai des nausées en voyant des scènes trash, mais là, j'ai dû mettre le film sur pause pour détourner les yeux. Et ne rien rater, paradoxalement.

Je dois vous avouer que la scène de découpe de Jonah est particulièrement dérangeante parce qu'elle semble tellement vraie. C'est pas comme dans d'autres films où on voit clairement que c'est pas pour de vrai, là, c'est... dérangeant à l'extrême.

Ce film met aussi en avant la perspective du leader sympa qui ne l'est pas vraiment. A l'instar du Ché (désolé les ados, mais c'est la triste réalité), le leader du groupe, dont j'ai oublié le nom, est juste un gros connard qui veut faire de la figuration pour se faire voir. C'est là que le film est intéressant, dans la façon dont les rapports de force se jouent, dans la façon dont un sous-groupe se constitue à l'intérieur d'un groupe jusqu'à en tirer un individu. Un peu à la Koh-Lanta, ouais.

Mais ce film. Mon dieu ce film. On étale du cliché comme un ado obèse américain étale du beurre de cacahuète sur son pain de mie même pas grillé. Il y a le leader beau gosse sur qui l'héroïne a un crush, mais qui est déjà maqué avec une passable connasse. Il y a le sidekick du leader beau gosse, un mec assez balèze pas trop bien dans sa peau et qui a un crush sur l'héroïne sus-mentionnée. Et y'a un tas de nanas qui se ressemblent un peu, elles sont toutes blondes et le regard un peu perdu. Y'a le pothead qui demande au guide de la bonne en mode "if you know what I mean" et le guide qui lui répond, en lui tendant un sachet "It's gonna blow your mind", ou une connerie du genre. Et la végétarienne de service, qui est juste là pour donner un os à ronger (ahah) au spectateur. Perso, ça me tue de voir que les végétariens sont seulement utilisés pour un ressort "tragicomique" et de les voir être obligés de manger de la viande. Au final, tous ces personnages se retrouvent dans un joyeux bordel qui n'est plus vraiment un groupe homogène mais des individus qui ne se connaissent pas et qui se retrouvent autour d'une cause commune.

On se retrouve aussi confronté au vieil écueil sociologique qui pousse à juger une civilisation à l'aune de ses propres croyances, savoirs, connaissances et ce genre de choses que tous les sociologues vous diront que ça va pas pour analyser correctement une civilisation étrangère à la vôtre. Même si, pour ce genre de cas, c'est plus des anthropologues que des sociologues. Mais la question n'est pas là. Là, on est typiquement dans le film qui juge une civilisation indigène à l'aune de principes et présupposés américains, ou, plus largement "civilisés" (ugh). C'est moche, hein, mais c'est aussi grâce à ça que le film fonctionne (cf. la scène finale).

Bref, ça ressemble beaucoup à Cannibal Holocaust. Mais elle est où la tortue ?

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